07.02.2010

Piscine (pas d'eau)

Peu joué en France, Mark Ravenhill est un auteur britannique qui s'inscrit dans la lignée des Edward Bond, Martin Crimp et Sarah Kane. Les amateurs peuvent donc profiter de l'occasion et aller voir Piscine (pas d'eau) au Théâtre-Studio d'Alfortville. Il s'agit d'un texte de la maturité pour Ravenhill, toujours féroce mais moins directement violent.

En est-il de même pour la mise en scène de Christian Benedetti ? Je suis un peu plus réservée. L'absence de profondeur sur le plateau est intéressante mais elle n'évite pas un certain nombre de clichés dont celui, devenu incontournable, de la nudité. A ce titre, le débat qui a suivi la représentation du 6 février était éclairant. A une spectatrice choquée, Benedetti répondait qu'il préférait que la nudité fasse réfléchir, qu'elle choque, plutôt que d'avoir recours à des effets faciles pour faire pleurer le public qu'ils estiments fascisants. Oui, certes, mais la rhétorique barthésienne comme tic générationnel et la nudité comme phénomène de mode éculé depuis 30 ans, ça n'est pas fascisant non plus ?

 

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Et puis, avec ces auteurs britanniques de la génération sida, il y a toujours le risque de tomber dans une certaine complaisance. Ainsi, Benedetti se perçoit comme un "rescapé" de cette époque marquée par le vih et "la daube". Evidemment, quand on prend la peine de penser aux générations qui ont connu le choléra et la guerre, on a du mal à réprimer un petit sourire.

Du côté de l'interprétation : quatre comédiens parmi lesquels on ne peut que remarquer la captivante présence scénique de Christophe Caustier.

 

Piscine (pas d'eau) au Théâtre-Studio d'Alfortville jusqu'au 6 mars 2010

Mis en scène par Christian Benedetti avec Christophe Caustier, Marie-Laudes Emond, Christophe Sauger, Jonathan Waite.

26.01.2010

Faut-il visiter "Générations" ?

Générations, un siècle d'histoire culturelle des Maghrébins en France, tel est le titre de la nouvelle exposition de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Organisée par l'association Génériques, elle se tient jusqu'au mois d'avril. Certains la trouvent émouvante, d'autres, purement choquante.

Les premiers auront retenu que la mémoire et l'émotion en sont le fil conducteur (un peu gênant dans une musée d'histoire), les seconds y auront vu un vagabondage "exotique", une sorte de réminiscence de l'exposition coloniale de 1931 et de son île des Mille et une nuits.

Son message : la célébration d'une "identité nationale nord-africaine". Tiens donc...

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Il serait évidemment superflu de se poser la question des fondements scientifiques, ils sont accessoires. Qui sont les Maghrébins dont on parle ? Vous le chercherez en vain. Ce sont à la fois ceux qui se perçoivent comme tels, ceux qui sont perçus comme tels, enfin, tout le monde si vous le voulez.

Vous aimez la musique ? Vous serez servi. Entre la danse du ventre et le hip-hop à peu près rien. Ah si, j'oubliais, les scopitones avec lesquels vous pourrez vous amuser comme des petits fous. Réducteur ?

Camus ? Ah non, Camus, on n'en parle pas, trop connu. A la place, on vous parlera d'un petit jeune, un parfait inconnu qui fera certainement parler de lui, Zinedine Zidane qu'il s'appelle.

Alors, bien sûr, Générations, on peut y aller mais mieux vaut être prévenu ou le choc sera rude.

15.12.2009

Destinées en miroir

En attendant que ma joie revienne, le 1er avril, j'ai joué un tour à la vie. Ca l'a beaucoup amusée et elle en a profité pour me coller une boîte de sardines dans le dos. Ca paraît anodin mais grâce à ça, je sais que je ne redouterai plus le prochain 1er avril.

C'est au moment où vous alliez reléguer au placard le surréalisme et tout son bric à brac (parce que ça va maintenant, hein, faut être un peu sérieux, s'il y avait de la magie là-dedans on le saurait), qu'une âme aussi écorchée vive que vous vient vous révéler que, malgré tout, elle y croit encore à la magie.

Pfff, encore un grand naïf ! Vous vous répétez cette rengaine les premiers jours, les premiers mois. Non merci, c'est bon, vous n'allez pas redonner là-dedans tout de même ! Vous êtes une vraie dure à cuire qui en a vu et des belles ! Mais qu'importe ce que vous vous dites au fond, il est déjà trop tard. L'autre âme écorchée vive, c'est vous, vous de l'autre côté du miroir.

 

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Au fil des discussions, le trouble vous gagne. Sans même vous connaître, vous avez tout partagé, vécu dans le même temps des situations similaires, vous vous êtes croisés même, la rencontre était près d'avoir lieu mais avant, c'eût été trop tôt, vous n'étiez pas prêts. Il ne faut pas regretter car si vous n'aviez pas vécu chacun ces expériences douloureuses, vous auriez tout gâché, vous vous seriez manqués, vous vous seriez rendu insupportables l'un à l'autre.

Il aura fallu un improbable événement pour que les lignes parallèles qui jamais n'auraient dû se croiser se mettent soudainement à bifurquer pour provoquer le point de rencontre. Et pour provoquer la rencontre, tout est soudainement devenu facile, évident. En hypnotisant tous les maillons de la chaîne, la vie n'aura reculé devant rien. Néanmoins, vous restez libres parce que la rencontre, ce n'est rien, tout est encore à construire et tout dépendra de vous. En bifurquant, les lignes se sont brisées mais pas au même endroit. Vous avez cessé de chanter Barbara mais vous vous mettez à espérer que c'est désormais à vous que l'on chantera un autre refrain :