13.11.2009
L'épuisement des possibles
Dans les bonnes surprises du festival franco-coréen, on pourra très certainement citer le film M de Lee Myung-Se. Celui-ci explique la genèse de son film, au titre aussi énigmatique que le "H" de Rimbaud, par un rêve dans lequel Hitchcock lui serait apparu pour lui remettre un manuscrit sur la couverture duquel se trouvait ce seul "M". Au moment où il s'apprêtait à en prendre connaissance, il s'est réveillé. Il ne lui restait donc plus qu'à en imaginer le contenu.
Sur un synopsis qui ne manquera pas de rappeler Peter Ibbetson, M pourrait être le produit de la rencontre entre Hitchcock, évidemment, mais aussi David Lynch et, plus inattendu, Woody Allen. Mais si les clins d'oeil sont foison, Lee Myung-Se ne se contente cependant pas de flatter les happy-few du monde entier et propose un film véritablement émouvant sur le souvenir. Certains seront peut-être agacés par ce film qui n'en finit pas de finir, les autres succomberont à l'étourdissement de l'épuisement des possibles.
Les amateurs de cette dernière thématique pourront même se donner rendez-vous au théâtre de l'Athénée. La cantatrice chauve reprise dans la mise en scène de Jean-Luc Lagarce depuis 2007, y fait escale jusqu'au 21 novembre. Au programme : tout comme en 1991, même décor, même distribution (c'est la tendance) et une fin qui applique à Ionesco l'épuisement pointé chez Beckett par Deleuze.
20:06 Publié dans Absurde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lee myung-se, hitchcock, ionesco, jean-luc lagarce
11.11.2009
Festival franco-coréen du film
Le cinéma coréen est de plus en plus populaire en Europe pour autant, le festival franco-coréen du film organisé au cinéma Action Christine jusqu'au 17 novembre reste relativement confidentiel.
La première séance de ce 11 novembre présentait A.U.D.I.T.I.O.N., un film réalisé par Kim Seong-Jun et Lee Je-Cheol. Il a été tourné à Pusan, un grand port de Corée du Sud qui voudrait être à Séoul ce que la station balnéaire de Wilmington est à Hollywood. Pour l'instant, ce n'est pas gagné mais peut-être peut-on mieux comprendre, en établissant cette comparaison, l'attrait exercé par le "teenage movie" à Fusan (Wilmington doit en effet beaucoup à la série pour adolescents Dawson's Creek pour son développement cinématographique). Car si le synopsis d'A.U.D.I.T.I.O.N. ne le laisse pas véritablement supposer : la rencontre d'une sourde et d'un danseur de b-boying, le break dance coréen, c'est bien vite dans un teenage movie que l'on se retrouve et ce, sans le moindre soupçon de regard critique sur le genre et ses codes. A l'évidence, le scénario n'est pas encore pleinement maîtrisé et se fait souvent répétitif. En outre, le choix des interprètes principaux semble plus avoir été dicté par leur connaissance de la danse et de la langue des signes que par leurs qualités de comédiens. Le visage de la jeune sourde reste le plus souvent impassible et son corps inerte, tandis que le danseur use et abuse des soupirs.
Reste que vous pourrez y découvrir la langue des signes coréenne et que le film a au moins le mérite de se poser la question de savoir si les sourds peuvent danser. Oui, il existe bien des compagnies de danseurs sourds comme les Wild Zappers. Il s'agit alors évidemment d'une approche très différente de celle que peuvent avoir les entendants, le film l'esquisse mais ne va pas plus loin malheureusement. C'est tout de même déjà un pas parce que ça m'amuse toujours de penser à la facilité déconcertante avec laquelle Gina, la sourde interprétée par Aurore Auteuil dans le téléfilm de Lorenzi Chat bleu, chat noir, s'inscrit, en rythme, dans toutes les chorégraphies du cabaret. On veut bien croire aux miracles réalisés par Karine Saporta mais tout de même...
Enfin, vous l'aurez compris, ce n'est pas A.U.D.I.T.I.O.N. qu'il faut recommander pour une première approche du cinéma coréen. Néanmoins, la sélection du festival devrait aussi révéler de bonnes surprises.
4ème festival franco-coréen du film, jusqu'au 17 novembre 2009
Cinéma Action Christine
4, rue Christine
75006 PARIS
6 euros la séance.
22:32 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : corée du sud, cinéma, culture sourde, break dance
07.11.2009
Le monde vu par les sociologues
Je me demandais comment certaines personnes pouvaient éprouver une haine viscérale pour les sociologues, j'avais du mal à comprendre comment une catégorie de chercheurs pouvait être exposée à une opprobre aussi universelle et finalement, je crois que je viens de saisir.
Quand on restreint son regard sur le monde au seul regard du sociologue, c'est un véritable cauchemar et certaines situations vous mènent à ce cauchemar.
En ce moment, par exemple, ce sont les "conférences citoyennes" qui sont à la mode. Elles se développent un peu partout en Europe et elles gagnent la France. C'est la tendance démocratie participative. On croit qu'on va ressusciter la Grèce antique en tirant au sort un certain nombre de citoyens que l'on va convier à réfléchir sur la vie locale. Le tout sans langue de bois, cela va sans dire.
Réfléchir ? voire.
On vous promet un débat sans langue de bois mais encore faut-il qu'il y ait débat. Malgré le tirage au sort, le chemin est bien balisé auparavant.
On porte à votre connaissance des réflexions sur le logement, le développement économique, la culture et la démocratie locale menées par deux cercles qui vous ont précédées et l'on vous demande de vous prononcer. Oh non, pas immédiatement ! Il faut d'abord suivre pas à pas les étapes.
Dans un premier temps, vous êtes prié, en petits groupes, de formuler des questions relatives aux réflexions qui vous sont soumises. Pour qui les questions ? Pour les élus et acteurs de la vie associative qui les ont formulées mais aussi et surtout pour les experts censés éclairer votre pensée. Ah, les experts, on aime ça aujourd'hui et on ne voit plus qu'eux sur les plateaux télé ! C'est rassurant, un expert, on se dit que quelqu'un est là qui a réponse à tout. Et là, déjà, c'est le premier postulat qui vous dérange. Mais pourquoi a-t-on besoin de ces experts ? Ne sont-ils pas eux-mêmes des citoyens ? Qu'est-ce qui les qualifie en tant qu'experts ? On ne prend même pas la peine de vous les présenter, de vous expliquer pourquoi ils ont été choisis. Ils sont experts, un point c'est tout. Bref, c'est de la démocratie participative tempérée d'arguments d'autorité et l'on vous fait vite comprendre que vous n'êtes pas en train de poser les questions que l'on attend de vous.
Il n'empêche que grâce à elles, vous en avez appris un peu plus : les experts choisis sont presque exclusivement des sociologues. Au sein des sciences sociales, ils semblent de plus en plus apparaître non pas comme ceux qui savent poser les bonnes questions, les bonnes problématiques, mais comme ceux qui ont les réponses. Et ça, ça plaît, on se dit que c'est enfin une science humaine dont on n'a pas besoin de s'interroger sur l'utilité. A faire se retourner Pierre Bourdieu et Abdelmayek Sayad dans leurs tombes, le sociologue-expert passe son temps à faire du rangement en mettant les gens dans des cases. Il faut surtout que les contours soient bien nets : dans cette théorie des ensembles sociologique, le chevauchement est accepté à condition qu'il reste l'exception. Au final, ça donne des merveilles de communautarisme, l'individu est réduit à son plus petit dénominateur commun : la communauté que l'on voudra bien lui assigner (origine géographique, religion, orientation sexuelle ou, à défaut, mais on trouve que c'est un peu large, sexe).
Une fois la chose bien intégrée, vous êtes fin prêt pour vous prononcer sur les propositions de la commission "vie culturelle". La culture étant entendue comme "mode de vivre ensemble", on vous propose la création "d'espaces de rencontre, des lieux de foisonnement" tout en "affichant positivement les différences". Ben oui, dites donc, il est pas beau le monde ! Chacun dans sa petite communauté et puis de temps en temps, on se donne rendez-vous pour afficher positivement ses différences. Le pied, quoi ! La conversation se finira sur un : "Oui, il faut que les Chinois nous expliquent ce qu'ils sont parce qu'ils n'arrivent pas à s'intégrer."
Remercions donc chaleureusement nos sociologues-experts de nous avoir menés sur le chemin du racisme ordinaire décomplexé. En cette période de débat sur l'identité nationale, ça fait chaud au coeur.
00:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie participative, communautarisme





