17.05.2007
Pétion, poète chartrois, maire de Paris.
Madame Elisabeth me fixait avec des yeux attendris, avec cet air de langueur que le malheur donne et qui inspire un assez vif intérêt. Nos yeux se rencontraient quelquefois avec une espèce d’intelligence et d’attraction ; la nuit se formait, la lune commençait à répandre cette clarté douce. Madame Elisabeth prit Madame sur son genou, moitié sur le mien ; sa tête fut soutenue par ma main, puis par la sienne. Madame s’endormit, j’allongeai mon bras, Madame Elisabeth allongea le sien sur le mien. Nos bras étaient enlacés, le mien touchait sous son aisselle. Je sentais des mouvements qui se précipitaient, une chaleur qui traversait les vêtements : les regards de Madame Elisabeth me semblaient plus touchants. J’apercevais un certain abandon dans son maintien, ses yeux étaient humides, la mélancolie se mêlait à une espèce de volupté. Je puis me tromper, on peut facilement confondre la sensibilité du malheur avec la sensibilité du plaisir, mais je pense que si nous eussions été seuls, que si, comme par enchantement, tout le monde eut disparu, elle se serait laissée aller dans mes bras et se serait abandonnée aux mouvements de la nature.
Ceci n'est pas du Crébillon fils mais bien du Jérôme Pétion.
Il n'est pas dans nos habitudes de servir ici les discours sulpiciens et nous laisserons donc de côté le propos sur la presque sainte offensée, sur la pure jeune femme ne songeant qu'à se retirer dans un cloître. Le Vatican ne s'y est pas laissé prendre et nul hypothétique miracle, fût-il enrobé de senteur de rose, ne saura effacer le négligé de la chemise sur le tableau de Vigée-Lebrun ; plutôt osé, vous en conviendrez, pour une aspirante carmélite.
Mais revenons-en à notre Pétion, archétype du Rousseau du ruisseau mâtiné de Mister Bean. On retiendra, dans un premier temps, l'allusion si poétique à l'aisselle de la princesse qui semble n'attendre plus que la référence finale à son déodorant anti-transpirant protection 24h. Ce qui, au coeur du mois de juin, a son importance dans un long voyage.
Pétion, c'est l'autre nuit de Varennes : les moments historiques, la craie des routes en suspension dans l'atmosphère, la chaleur, la violence, ça lui donne des idées. Pour un peu, il nous virerait tout le monde de la voiture, commanderait du champagne et nous emmènerait Elisabeth au septième ciel à défaut de l'emmener à Montmédy.
Quoiqu'ayant peu d'expérience, elle n'est cependant probablement pas si ingénue que cela et sait très bien qu'elle préfèrera toujours Montmédy à quelque autre destination. Aussi, si un battement de paupière bien senti, des gestes délicatement esquissés ont les propriétés de troubler les boussoles, qu'y a-t-il là de répréhensible ?
Quoi, serait-ce un artifice pour m’acheter à ce prix ? Madame Elisabeth serait-elle convenue de sacrifier son honneur pour me faire perdre le mien ?
Ce Pétion a parfois de ces illuminations !
22:50 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Pétion, Madame Elisabeth, Varennes, Louis xvi



Commentaires
Quel guignol ce Pétion... A lire, le récit du Comte de Provence qui, lui, a réussi sa fuite et qui a fêté ça avec un favori.
Ecrit par : Aurélien | 18.05.2007
Jolie note du citoyen Pétion, il suffit parfois de quelques molécules au bout d'un doigt pour resusciter toute une inflorescence.
Ecrit par : Flivo | 18.05.2007
Une pétition dans le but de s'abandonner aux mouvements de la nature? Je signe des deux mains.
Ecrit par : Blog-trotter | 18.05.2007
Mais la grande question, c'est quand même : quel déo utilisait Beth ?
Et "madame", c'est "madame royale" ? Vous faites ça sous mon nez, ben c'est du propre tata...
"-Pétion
-Ben oui, c'est l'ancien maire !
-Mouais... Pfff !!
-Rhôô ! Eh bien, essayez donc de trouver mieux !"
Ecrit par : Julie-Royale | 18.05.2007
Eh bien, je constate que Pétion ne laisse pas indifférent ; il aurait dû tenter l'Académie française.
Oui, Blog-trotter, c'est, à n'en pas douter, avec de telles pétitions qu'il a remporté la mairie de Paris. Y a pas de secret.
Oui, Madame, c'est bien Madame Royale. Mais tu dormais ma chérie, et si ta tante avait réussi nous n'en serions peut-être pas là où nous en sommes. ;-)
Ecrit par : Eurydice | 18.05.2007
Et ça va être de ma faute en plus ! ;)
Vive NOTRE projet, no soucy de mon côté !
Ecrit par : Julie-Royale | 20.05.2007
Elle dormait, elle dormait... c'est ce qu'elle vous a fait croire ! Car non comptant de faciliter le plan drague de tata (allez, mets-toi sur le genou du monsieur et planque nous de ceux d'en face, tu vas voir c'est archi confortable), petite Thérèse se disait en fait "Allez ! Vas y tata ! C'est pour la bonne cause ! Et une fois qu'on sera sortis on lui maravera la gueule et on lui fera bouffer les pieds par les chèvres!"
Et en face, Marie-Antoinette et Barny. "Ouais, sont pas fortiches, vos gars, hein, ils nous ont laissé nous barrer, mine de rien. Si vous voulez, moi, je connais des gens... sisi, l'intégrité même, je vous jure... je peux vous faire passer une petite liste, s'il n'y a que ça... genre, mettons, un ami à moi, Fersen (Axel de), eh ben vous pouvez être sûr qu'on partira pas avec lui, son patron est super content de lui dans la boîte où il bosse en ce moment. Non, il est pas en CDI, il fait des missions ponctuelles, et puis à côté il fait nègre pour des manifestes politiques... un garçon très bien..."
Bon, allez, j'arrête de débiter mes conneries et je vais faire semblant de bosser.
Ecrit par : Maiki | 22.05.2007
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