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23.09.2007

Un air de folies

Pour cause de rénovation de l'Opéra royal, le Centre de musique baroque de Versailles fête, cette saison, ses vingt ans hors les murs.
C'est presque tant mieux pour l'Air de folies que proposait Béatrice Massin ce samedi au théâtre Montansier. Dégagée de la pesanteur des ors de Gabriel, la folia, ce thème qui traverse l'histoire de la musique depuis le XVème siècle et qui inspirait le spectacle, avait ainsi un peu plus de chance de nous rappeler ses origines populaires. 
 
Nul autre décor que le plateau nu et noir du théâtre sur lequel prennent place, côté jardin, une joueuse de luth et un gambiste. Entre bientôt le chanteur qui allume les chandelles en interprétant quelque air de cour. L'arrivée des danseurs annonce le leitmotiv, les folies d'Espagne de Marin Marais, leur chorégraphie par Feuillet. Les folies de Marais éveillent doucement le spectateur aux différents caractères de la danse puis, peu à peu, ce sont les airs qui lui emboîtent le pas. Soudainement, ils rappellent plus volontiers Rabelais que Racine, les grandes journées Louis XIV regardent vers le passé.
Et la machine s'emballe, les chorégraphies de Massin prennent le relais : les pas sont baroque, la forme générale plus contemporaine, la pastorale frôle parfois le hip hop.
 
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Les corps se mêlent et s'entremêlent, portée par la dive bouteille, la danse retrouve ses racines folkloriques.  
Mais pas plus que dans l'Astrée de Rohmer, rien de grossier, jamais. Rien d'autre que le souffle de l'humanité retraçant, bien mieux que Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, la vérité d'un certain XVIIème siècle. 
 
A deux pas du classicisme vert des jardins de Le Nôtre, l'un des plus beaux spécimens de perle irrégulière s'est révélé.  

14.09.2007

Culture d'entreprise

" _ A quoi vous fait penser ce bocal de sauce cuisinée ?
 
_ A une oeuvre d'art."
 
 
"_ Pourquoi préférez-vous ce bocal ?
 
_ Parce qu'il est bien.
 
_ C'est-à-dire ?
 
_ Il est mieux que l'autre.
 
_ Mais encore, pourquoi est-il mieux ?
 
_ Parce que l'autre est moins bien." 
 
 
" _ Je ne sais pas si je réponds comme il faut. Vos questions se ressemblent : A quoi ça vous fait penser ? que verriez-vous dedans ? Plus spécifiquement ? Ou alors, c'est que j'en dis trop tout de suite et après, je ne sais plus quoi dire. Enfin, je ne sais pas si je suis très claire.
 
_ Ben non, pas vraiment." 
 
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"_  Alors, d'après-vous ? Quelles sortes de personnes équipons-nous d'un GPS pour les localiser et les surveiller de notre plate-forme d'appels ?  
 
_ Les enfants ?
 
_ Ah non, pas encore, mais c'est une réponse qui revient souvent. On devrait y penser." 
 
"Oui, Monsieur. Vous avez un problème avec votre voiture, je vais vous envoyer un dépanneur. Vous êtes dans quel arrondissement ? Comment ça vous ne pouvez pas voir ? Mais si enfin, vous marchez et vous allez voir dans quel arrondissement vous êtes ! Mais non, vous n'allez pas vous faire écraser ! Ben non, justement, c'est bien ça le problème, je ne sais pas où vous êtes. Alors, allez voir dans quel arrondissement ! Non, vous n'allez pas vous faire écraser parce qu'avant de traverser, vous allez regarder s'il vient une voiture sur la route ! Traversez non de Dieu ! si vous ne savez pas où vous êtes, ce n'est quand même pas moi qui vais le savoir d'où je suis !" 
 

05.09.2007

Guitry, maître de cérémonie

"Heureux le fêlés car ils laissent passer la lumière"

Sacha Guitry aime citer Audiard, c'est encore la moindre des révélations de la soirée.

Autour du célèbre misogyne amoureux des femmes étaient réunis Jeanne d'Arc, Louis XIV, le Grand Condé, Marie-Antoinette, Louis XVI, d'Artagnan, Aramis, Porthos, Frollo, Glenn Gould, Gandhi, Dracula, la Comtesse de Ségur et Rimbaud. Non, il ne s'agit pas d'un de ses films dont aurait incidemment découvert les bobines.  

Tout cela se passait au Procope et personne ne faisait tourner les tables.

Ce n'était pas non plus le jour de la sortie annuelle de l'hôpital Sainte-Anne, d'ailleurs on n'y a signalé aucun Napoléon. 

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Entre deux blagues sur Jeanne d'Arc, ce petit monde fait connaissance. Guitry n'était pas collabo : "Et peut-on l'être dans un pays qui charge les Allemands du câblage de la ligne Maginot ?", d'Artagnan expose sa façon de penser à Marie-Antoinette _ il n'aurait certainement rien risqué si les ferrets lui avaient appartenu _ Gandhi sympathise avec Dracula. Rimbaud tentera-t-il un quatre mains avec la comtesse de Ségur ? 

C'est alors que quelqu'un pose "la" question : Mais où est Dieu ? 

On apprendra que Dieu est une femme et qu'il vit avec Satan.

"Dieu est une femme, s'exclame Guitry, voilà qui explique bien des choses !" 

 

Au-dessus de la porte de ce paradis, on pouvait lire : "Rejoignez-nous !" 

03.09.2007

Aventures de la littérature sans estomac

Songeant à Hébert et à son accusation d'inceste contre Marie-Antoinette et Elisabeth, j'avais parié sur Angot, c'est Christophe Donner, son comparse en autofiction, qui l'a devancée.

Disons le tout de suite, Un roi sans lendemain collectionne les naïvetés egocentriques de son auteur qui croit réinventer l'histoire et tenir une bombe qui ne fait qu'un petit "pschitt". 

Il y a quelques années, Françoise Chandernagor nous avait donné La Chambre que Donner, engoncé dans son ego, ignore superbement. 

Donner est un excellent donneur de leçons : "Si vous saviez comme il faut se méfier des historiens.", "En réalité, cette jolie scène familiale se passait au lit, et tout le monde était à poil, les historiens qui ont composé nos manuels le savaient, ils avaient lu le journal d'Héroard disponible en format poche depuis 1868 chez Firmin Didot, mais ils ont menti sans l'ombre d'un remords, on imagine bien pourquoi." Donner réinterprète l'histoire en s'appuyant sur des sources certes de première main mais qu'il ne pensera pas un instant à contextualiser, les brochures les plus obscures, les écrits les plus sordides, voilà cette vérité que nous cachent les historiens. 

Aucun ne trouvera grâce à ses yeux et surtout pas Michelet, "c'est pire, vraiment un communiste, celui-là." 

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On nous objectera qu'il s'agit de littérature. Si seulement ! Mais de style, point, de découverte littéraire non plus. La naïveté, là encore, règne en maîtresse : "A sa grande joie, il avait découvert que son texte, initialement écrit à la première personne, ne perdait rien au change, au contraire, le il ne prenait pas la place du je, mais y ajoutait un vernis subtil, autorisant des digressions plus longues, plus malicieuses, et même des incursions à l'intérieur de sa personne, encore plus profondes, plus intelligentes. Comme quoi."

Donner nous livre un roman de gare comme on n'en fait plus depuis longtemps. On se prend à espérer sur la fin qu'il va nous ouvrir les yeux sur un Hébert trop souvent négligé et confiné aux grossièretés de son Père Duchesne, c'est trop demander. 

Il ne cesse donc de se rendre ridicule en s'imaginant que ses découvertes personnelles, le monde entier les fait avec lui. Principale d'entre-elles : le royalisme larmoyant à la sauce Beauchesne qu'il croit subtil de saupoudrer d'une dose de sadisme et d'idées nauséabondes. Ce faisant, il tombe dans la caricature et ne fait que passer à côté des véritables relations troublantes, tendancieuses et équivoques.

On admirera également les formules péremptoires toutes aussi fines que : "Les Thénardier sont des Simon de droite." 

Nous laisserons à l'auteur le résumé final :

"Si vous faites bien tout ce que je vais vous dire, l'histoire de la Révolution française ne sera plus la même après ce film.

Si nous respectons bien l'histoire de cet enfant, ce film provoquera un dégoût universel pour la Révolution française. L'idée de l'enfance aussi sera chamboulée. Et le cinéma, peut-être régénéré.

Je ne crois pas qu'un tel film puisse un jour passer à la télé, il risque même d'être interdit en salle." 

 

Un roi sans lendemain, Christophe Donner, Grasset

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