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27.11.2007

Un nouvel épisode

Quand nous l'avions quitté à la fin de l'épisode du 8 novembre, notre héros s'était résigné à ne recevoir nul prix et à refuser ceux qu'on voudrait lui offrir par charité.

 

Ainsi, Etienne Mougeotte, homme de culture s'il en est, tenait à remettre au petit Christophe le prix Découverte 2007 du Fig Mag pour "réparer une injustice". Il était si touchant, le petit Christophe, il avait fait pleurer dans les chaumières, c'était mieux qu'une comédie dramatique de prime time à laquelle il ne manquait qu'un happy end moralisant. Tout cela, quoiqu'il ait quitté TF1 pour Le Figaro, résonnait encore profondément dans l'âme d'Etienne. Oui, Etienne en était certain désormais, il était philanthrope ; lui aussi, suivant les glorieux pas de notre président, il serait un justicier. 

 

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Christophe répondit donc qu'il n'en voulait pas de ce prix. Il ne pouvait pas accepter, il n'était pas sur la liste de départ. Heureusement, il comprit bientôt qu'il pourrait faire une bonne action. Que voulez-vous, il est comme ça le petit Christophe, il ne peut jamais résister devant une bonne action. Il se rendit donc dimanche à la remise de ce prix parrainé par la Pravda locale et l'annexe champs-élyséenne de Versailles nommée Fouquet's. Là, devant un public attendant dans un silence recueilli, sa voix pure et douce s'éleva :

 

"Je suggère au Figaro Magazine et au Fouquet’s de donner ces 8 000 euros à la rénovation de la Chapelle expiatoire, construite à la mémoire de la famille royale et de Louis XVII, qui est le héros de mon roman. La chapelle a un projet de rénovation de sa coupole. Les jurés corrompus du Renaudot pourront ainsi aller expier leurs péchés sans que celle-ci leur tombe sur la tête. Tout ça finit bien."

 

Eh oui, tout ça finit bien. C'est ainsi que le petit Christophe fut nommé historiographe de Sa Majesté Sarkoléon.

 

Ca se passe comme ça, une journée en Sarkozye.

25.11.2007

Et le texte ? Bordel !

Interpréter un de ses propres textes est un exercice périlleux. La tentation est grande, pour ne point se sentir trop découvert, de se réfugier dans les facilités du psychologisme, de se fondre dans les projections de son moi, de compenser par un pseudo-conformisme une singularité qu'on en vient à redouter. 
 
Est-il donc plus sage de laisser à d'autres ce soin ? Le texte doit vivre sa propre vie. Encore faut-il qu'il soit au coeur du propos.
Les metteurs en scène coupent souvent sans scrupules dans les morts ; "des propos abscons aujourd'hui", "un rythme à retrouver", ils ménageront moins encore le vivant qui craindra de prendre la pose du grand écrivain. Un vieux fond d'idéalisme persiste qui veut croire encore aux grands jours des créations collectives du Théâtre du Soleil, il n'en faudra pas plus pour perdre l'auteur dramatique.
 
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Et les comédiens ?
 
Où peuvent-ils donc placer le texte entre la course aux cachets et leur vénération de l'Actors Studio ? 
Nous ne parlons plus texte, mais prétexte, prétexte à virtuosité. L'ai-je bien descendu ? Ai-je bien étalé toute ma palette d'émotions sur vos quelques mots dont je vous fais la grâce de me préoccuper ? Répondez-moi enfin et finissons de nous répandre en ces futilités, en ce rythme dont sans cesse vous m'entretenez ! Changez cette phrase si je ne puis la dire sans risquer plus d'une fois de m'y asphyxier. 
 
C'est leur manquer de respect que de demander qu'en l'ordre où vous l'avez écrit vos mots soient prononcés. Ces méthodes, voyez-vous, sentent trop leur fascisme et ce texte, dans le fond, était-il bien français ? 
 
Il est des perles, c'est vrai, et c'est peut-être comme on pêche les huîtres qu'on se prend, un beau jour, à recommencer.  
 
 
"Qu'on en finisse avec cette histoire d' "enseignement de l'art dramatique" ! Comment réduire le théâtre à une formation académique, alors que sa matière est la vie même, que les acteurs sont des hommes censés s'exprimer devant des hommes en leur racontant des histoires d'hommes... Parfois, de très jeunes acteurs sans aucune expérience sont bien meilleurs que des comédiens expérimentés. Jouer, c'est simplement un don de l'être, une présence, une existence.
Faut-il en conclure qu'on ne doit rien enseigner ? Non, parce que tout être est susceptible de progrès. Seulement je ne voudrais pas que la formation de l'acteur réponde à des critères de rentabilité, comme la plupart des domaines artistiques aujourd'hui. Ne nous donne-t-on pas à tout bout de champ, à nous autres metteurs en scènes, des leçons de "gestion"... Ne veut-on pas apprendre aux jeunes comédiens à être "naturels" pour mieux passer au cinéma ou à la télévision, pour être plus consensuels et faire davantage monter l'audimat ? Mais je me fiche, moi, du naturel, du consensus et de l'audimat ! Je ne cherche pas à rassurer. Je souhaite juste développer ce que ces apprentis acteurs portent en eux, ce qu'ils ont d'inexploré et de vierge.
" (Claude Régy)
 
 

18.11.2007

Une vraie manif de droite


Beaucoup d'entre vous connaissent sans doute ceci :

 
On aurait pu penser un instant que l'expérience était réitérée aujourd'hui, place de République, mais à y mieux regarder, il n'en était rien.

Scandant timidement "Grévistes égoïstes !", les maisons de retraite de Paris s'étaient donné rendez-vous pour la promenade dominicale de leurs pensionnaires.

Puisqu'on parle beaucoup de retraites en ce moment, il était temps de demander leur avis aux experts. Ceux-ci ont fait plancher toutes leurs équipes pour vous livrer quelques statistiques : 

"Espérance de vie moyenne :

SNCF 81 ans

RATP 79 ans

Ouvriers 73 ans"

Bilan :

"Faites l'amour, pas la grève !" 

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Mais comme les réflexions sur les retraites des autres ne suffisent pas à épuiser le temps de nos chers retraités, ils ont poussé la générosité jusqu'à se pencher sur le cas des étudiants. Au fond, ils la partagent aussi cette condition, eux qui se dévouent si admirablement pour prendre leurs places en tant qu'auditeurs libres. 

Par conséquent, amis étudiants :

"halte au blocage et à la violence dans les facs", c'est mamie Ginette qui vous le dit, foi de mère Denis ! 

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17.11.2007

Dessine-moi un mouton !

Tandis que les grèves continuent, que la propagande sarkozyste va son train et que l'on cherche toujours l'opposition, une guerre de la plus haute importance a été déclarée sur Internet.

Si la plupart des grands personnages historiques génèrent leur quota de fanatiques indécrottables, Marie-Antoinette, nous en avons déjà parlé ici, apparaît comme particulièrement représentative de ce phénomène. 

Le net a en effet vu émerger un petit groupe de justiciers autoproclamés répandant, avec une conviction de témoins de Jéhovah, leur vulgate marie-antoinettienne, leur credo se résumant à peu près à "Marie-Antoinette superstar !" avec, ça et là, quelques divergences. Quand certains vous affirment : "Oui, elle n'avait aucun sens politique, elle n'était peut-être pas très intelligente, mais c'est pour ça qu'on l'aime aussi et elle est merveilleuse quand même !", d'autres, se targuant d'en faire une icône féministe d'avant-garde, rechigneront et tenteront de défendre la frustration, provoquée par le machisme ambiant, qu'a dû éprouver la fille de la grande Marie-Thérèse. Bref, des échanges émaillés de beaucoup de bêtises mais qui ne vont souvent pas plus loin qu'une mauvaise foi prêtant à rire. On signale toutefois  quelques dérapages sur le forum qu'ils ont fini par créer après avoir épuisé une floppée de modérateurs, le dernier en date est assez nauséabond, je vous en laisse juges.  

 

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Tout ce petit monde aurait pu vivre bien tranquillement si d'autres ne s'étaient offusqués de ces naïvetés dont ils sentaient bien qu'elles entachaient l'idole. C'est ce qui les avait menés à la création de leur propre forum, un peu fat et légèrement moins complaisant, aujourd'hui tombé au champ d'honneur pour avoir été déclaré "fauxrum" et donc ennemi juré. Eh oui, c'est du Star Wars ! Parlez de Marie-Antoinette, vous êtes hacké ! Nous frôlons la psychiatrie... mais c'est tout de même très drôle. Il ne faudrait pas toutefois que les dix-huitièmistes s'intéressant de trop près à notre chère Blondie eussent à redouter le sort de Salman Rushdie. 

08.11.2007

Où l'on reparle de Christophe Donner

On pouvait légitimement douter que, chez Grasset, quelqu'un ait jamais lu le manuscrit d'Un roi sans lendemain, certains membres du jury Renaudot ont dû, eux, s'y coller. 

On sait ce qu'il en advint : la pré-sélection s'avéra si médiocre que Pennac, qui n'avait rien demandé et n'attendait rien, se trouva récompensé ; probablement moins pour Chagrin d'école que pour l'ensemble de son oeuvre. 

Piètre écrivain, Donner s'avère aussi mauvais perdant accusant aussitôt Franz-Olivier Giesbert de manipulation, celui-ci n'hésitant cependant pas à saluer le dernier Donner comme "l'un des meilleurs livres de la rentrée", de quoi avoir un aperçu de la qualité du reste. 

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Donner pesta donc. Comment cela ! Le vote osait lui être défavorable quand on l'annonçait gagnant depuis des semaines ! Comment ! Les membres du jury se piquaient d'indépendance ! Etait-ce possible ?
 
L'idée de Pennac serait venue de Le Clézio, nous n'en attendions pas moins de lui. Il fallait, devant tant d'hérésie littéraire, trouver une porte de sortie. 
 
En attendant, Donner ne veut plus jouer puisqu'il n'est plus certain de gagner . Il tient à faire savoir que s'il n'a point de prix, c'est qu'il a refusé qu'on les lui décernât.

07.11.2007

Khodorkovski victime de Facebook

Non, vous ne trouverez rien chez Aurélien. Son blog est tombé sous les lâches coups d'un puissant ennemi nommé Facebook. Tandis, qu'en première page s'exhibent encore fièrement les portraits de la Panaf et de Villepin, Khodorkovski se contentera de la musique, mais c'est ce qu'Aurélien pouvait lui donner de meilleur.
 
En ce 29 octobre, c'est d'abord une ritournelle bien creuse qui résonna dans la salle Adyar. La moderne disputatio  droit-de-l'hommiste de Moïra Guilmart, adjointe au Maire de Paris, et de Pierre Lellouche ressemblait à un avatar fantômatique de son ancêtre humaniste. Mais il nous fallait la sainte Trinité : Glucksmann vint clore le débat, en tant qu'ami de la regrettée Anna Politkovskaya. C'est probablement pour saluer sa mémoire, pour honorer ce symbole de la liberté de la presse, que ce grand révolutionnaire s'est fait le soutien indéfectible de notre Sarkoléon. 
Pierre Lellouche s'éclipsa pour cause de vote du budget, les deux autres lui emboîtèrent le pas. J'ignorais qu'ils fussent députés aussi.  
 
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Mais venons-en aux faits : le programme concocté par Aurélien Pontier était bien évidemment russe et les interprètes, à la hauteur de son propre talent (Marc Coppey au violoncelle, Alexandra Grot à la flûte, Liana Gourdjia au violon).
 
Peu de concerts m'ont procuré une telle émotion et les mots seront vains pour la retranscrire parfaitement, aussi contentons-nous d'évoquer l'omoplate de Liana Gourdjia. "Chostakovitch, sors de ce corps !" Cette jeune femme est si complètement habitée par la musique qu'elle interprète qu'elle en deviendrait contorsionniste. Le Trio n°2 opus 67 de Chostakovitch et le mouvement d'omoplate de Liana Gourdjia et je ne réponds plus de rien. Le mouvement d'omoplate de Liana Gourdjia comme un autre battement d'aile du papillon.
 
 

05.11.2007

Paradis fiscal à Paris

On confond parfois l'enclos du Temple avec une seconde Cour des Miracles. Il est vrai qu'au XVIIème siècle, les précieuses jugent le lieu mal fréquenté, mais c'est là une opinion de précieuse.

Au vrai, cet espace qui s'étendait, dans l'actuel IIIème arrondissement entre les rues du Temple, de Bretagne, Caffarelli et le boulevard, était entré dans les possessions de l'ordre de Malte qui n'entendait pas y accueillir n'importe qui. 

Si bien qu'au XVIIIème siècle, le Temple se change plutôt en un équivalent de Gstaad : on y échappe à ses créanciers en cas de besoin et on ne paye surtout nul impôt. Il est bon de savoir cependant que les loyers, pendant ce temps, ne cessent d'augmenter. Par conséquent, qui réside au Temple doit y avoir fait fortune auparavant ou bien quitter les lieux. 

 

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Restent toujours, au milieu des hôtels particuliers, quelques garnis loués à la journée. C'est là que les entrepreneurs de spectacles du boulevard du Temple viennent trouver refuge quand ils ont fait faillite, tel ce Lécluze comédien et dentiste, devenu l'ami de Voltaire en soignant les dents de sa nièce. 
 
L'enclos du Temple, une visite à découvrir très prochainement avec Buridan.

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