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26.03.2008
Carlo Marochetti, l'esprit de la gentry
En tant que professeur aux beaux-arts, Bosio a formé toute une génération de sculpteurs. Certains auront été plus attentifs que d'autres et parmi ceux-là, on peut compter Carlo Marochetti car si Bosio avait été le sculpteur officiel de la Restauration, Marochetti serait celui de la Monarchie de Juillet. Il a tout retenu du maître, jusques et y compris, l'art de coller au train des familles royales.
Marochetti naît à Turin en 1805 alors que la ville est sous administration française. Le début de son histoire nous rappellera Félicie de Fauveau : un père, Vincenzo, haut fonctionnaire, un déménagement précoce à Paris. Il y a cependant une différence de taille : alors que le père de Félicie était ruiné et qu'il ne lui restait que l'ultraroyalisme pour affirmer son statut social, ce n'est pas le cas du père de Carlo qui, dans le même but, préfère la pierre et se porte acquéreur d'un château du XVIème siècle à Vaux-sur-Seine dont il deviendra maire. De là, sans doute, un esprit très gentry qui marquera les Marochetti. En effet, Vincenzo, en manifestant ce besoin de se créer des racines, s'inscrit tout à fait dans les préoccupations de l'élite financière de la Chaussée-d'Antin, ce qui contribuera à faire de son fils un parfait représentant de la Monarchie de Juillet.
Carlo Marochetti suit donc les cours de Bosio avant, comme lui, de retourner étudier en Italie. Sa carrière démarre lentement, sans rêver d'aventures, il est tout de même, à l'instar de Félicie, un peu sujet au dilettantisme mais tout change lorsque sa Jeune fille jouant avec un chien remporte une médaille en 1829. C'est le succès en France, en 1831, avec son Ange rebelle. Les mondanités auxquelles se livrent ses parents l'aident sans doute un peu et très vite, les Marochetti entrent dans l'intimité des Orléans ; comme Félicie avec la comtesse de la Rochejaquelein, le degré d'intimité reste peut-être encore à déterminer. Le fait est qu'après avoir travaillé à l'autel de l'église de la Madeleine, à l'Arc de Triomphe (la bataille de Jemmapes dans laquelle s'était illustrée Louis-Philippe) et aux bustes de la famille royale, en 1848, Carlo délaisse le château familial pour suivre les Orléans en exil au Royaume-Uni. Il semble toutefois que ce soit moins la loyauté que son échec aux élections législatives de 1848 qui poussa Marochetti au départ. Il écrivait alors en substance qu'il considérait la république comme le seul régime désormais possible pour la France.
Quoique décoré de la légion d'honneur, sa carrière française ne s'égalait pas encore au prestigieux palmarès de Bosio, il allait rapidement se rattraper à l'étranger. En effet, Marochetti entre alors au service de la reine Victoria. On lui doit entre autres une statue de Richard Coeur de Lion toujours visible devant le Palais de Westminster. C'est toutefois en Italie qu'il reçoit la consécration avec sa statue équestre d'Emmanuel Philibert de Savoie. On ne sait si Marochetti était véritablement enthousiasmé par le Risorgimento mais son oeuvre n'en passa pas moins pour un acte de patriotisme et lui valut, comme autrefois Bosio, le titre de baron. Voilà qui aurait plu à papa. Par la suite, il continua à travailler à l'étranger, laissant des témoignages jusque dans la lointaine Ecosse avec sa statue équestre du duc de Wellington à Glasgow. Il avait besoin d'être au centre de l'attention, aimait être une curiosoté et s'était plaint, en Italie, de l'affluence d'artistes qui ne pouvait que lui faire de l'ombre. Plus rien ne l'arrêtait et s'il n'avait pas été aussi demandé, qui sait s'il n'aurait pas continué son ascension vers le Nord jusqu'à la Suède des Bernadotte.
Ce qui marque cependant chez Marochetti, c'est que, singulièrement pour un artiste, il paraît moins soucieux de s'accomplir par son oeuvre que de fonder une dynastie, d'apparaître comme l'Ancêtre, peut-être faut-il y voir l'influence de son père.
La tradition sera en tout cas entretenue par son fils, Maurizio qui, quoique diplomate, fut lui-même sculpteur et conserva pieusement l'atelier de son père.
Au fil du temps, les Marochetti s'affirmeront en tant que châtelains de Vaux dont l'homonymie avec Vaux-le-Vicomte ne pouvait qu'être flatteuse.
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