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24.03.2008
Félicie de Fauveau, l'exaltée de la Restauration
Ne serait le costume, ce pourrait être le portrait d'un jeune homme, un dandy un peu fou, l'air bravache. Or, c'est bien le portrait d'une femme qu'a peint Ary Scheffer : Félicie de Fauveau en amazone ; une ambiguïté d'emblée séduisante.
Félicie est florentine, du moins, elle est née à Florence en 1799, de parents bretons. Elle y reste peu, son père est ruiné, c'est le retour en France.
Félicie a déjà du caractère, elle ne se laisse rien imposer si bien qu'elle est successivement renvoyée de toutes les pensions où elle est inscrite.
Elle est entière, mais comme Emma Bovary, sa tête est pleine de Moyen Age et de romans de Walter Scott.
Portrait par Ary Scheffer, Musée du Louvre
Quand Félicie arrive en France, c'est la Restauration. Elle découvre la cour avec sa mère, dans les années 1820. Elle perçoit, chez la duchesse de Berry, un goût de l'aventure analogue au sien. On la remarque, on ne peut pas la manquer. C'est décidé, elle sera artiste, elle veut sculpter. Elle entraîne dans sa nouvelle passion le jeune peintre Delaroche qui s'y consacrera un temps.
En 1830, elle maudit l'usurpateur d'Orléans, elle ne peut nier cependant qu'elle lui doit tout ; sans lui, pas de véritable début de l'aventure. Délaissant le ciseau, elle prend le maquis et s'enfonce en Vendée où elle rejoint la comtesse de La Rochejaquelein. On dit qu'un jeune républicain, à qui elle avait tourné la tête, la suivit dans sa folle escapade. Il espérait ainsi la convaincre de l'épouser. Mais pas question de se marier pour Félicie, plutôt mourir. Et puis, à quoi bon ce jeune gringalet quand Madame de la Rochejaquelein est si proche. Ensemble, costumées en hommes, elles passent les nuits à la belle étoile, se blottissent l'une contre l'autre pour se cacher dans un four, elles se donnent le frisson et sont finalement prises. Félicie en sera bonne pour sept mois de prison. Faute de mieux, elle retourne à la sculpture mais ne renonce pas, elle ne renonce jamais et fulmine contre Delaroche et Ary Scheffer qui se sont ralliés à l'usurpateur. Elle n'est pas, elle, de ces artistes opportunistes.
A peine sortie, elle repart sur les routes pour rejoindre la duchesse de Berry dans le bocage vendéen.
Dague par Félicie de Fauveau, Musée du Louvre
La récidive lui coûte cher au moment de l'échec : pour échapper à la police de Louis-Philippe, elle doit passer en Belgique avant de retrouver Florence.
Faute d'insurrection, c'est par la sculpture qu'elle exprime sa rage. Elle aime présenter le groupe qu'elle vient d'achever, Judith montrant au peuple la tête d'Holopherne, comme une allégorie de la duchesse de Berry et de Louis-Philippe.
Quand elle meurt à Florence à quatre-vingt-sept ans, Félicie a été une artiste dilettante mais elle est restée fidèle à elle-même. Dans ce siècle romanesque, elle s'est donnée la peine d'être une véritable héroïne.
Félicie nous servira de point de départ pour un parcours autour des sculpteurs et de la politique au XIXème siècle.
10:05 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Félicie de Fauveau, sculpteurs et politique



