25.06.2008
Qui a peur de la lsf ?
La langue des signes française, abrégée en lsf, trouve ses origines au XVIIIème siècle dans les enseignements d'Etienne de Fay, sourd lui-même et de l'abbé de l'Epée. Parallèlement se développait déjà l'idée que les signes n'avaient pas d'avenir et que les sourds se devaient de reproduire la parole des entendants pour pouvoir communiquer. C'est finalement cette dernière idée qui a fini par prévaloir puisque le Congrès de Milan de 1880 marqua la victoire de "l'oralisme". La lsf devint ainsi une langue quasi-clandestine partageant la disgrâce du breton à la même période et ce jusque dans les années 1970.
Par conséquent, à l'heure où l'on évoque la possibilité d'inscrire les langues régionales dans la Constitution, on est en droit de se demander ce qu'il en est de la lsf.

L'Union européenne a adopté une première résolution en 1988 sur le langage gestuel. Dix ans plus tard, la résolution du 18 novembre 1998 venait rappeler la précédente et constatait toujours le "manque sérieux d'interprètes qualifiés" en notant que quatre Etats de l'Union seulement avaient reconnu officiellement le langage gestuel. Aurons-nous droit, en novembre 2008, à une nouvelle commémoration de la résolution originelle accompagnée d'un constat toujours aussi désabusé ? Nous serons alors en pleine présidence française de l'Union européenne et la situation française semble peu encourageante. En dépit du travail des associations oeuvrant dans le domaine, il est toujours aussi difficile de pouvoir suivre une formation de lsf et ce malgré un grand nombre de demandes. L'obstacle majeur est le coût que représente une telle formation. S'il faut bien reconnaître que l'apprentissage d'une nouvelle langue n'est jamais gratuit, dans le cas de la lsf, le nombre restreint des lieux d'enseignement ne permet pas de l'alléger en ayant accès à des formations en marge des associations. Ainsi, si certaines universités proposent bien des cours de lsf, ceux-ci s'inscrivent le plus souvent dans le cadre d'un cursus spécifique, généralement en sciences du langage. A ma connaissance, seule l'université de Metz ouvre cet enseignement à l'ensemble de ses étudiants. Un comble pour moi qui me suis empressée de la fuir au profit de la Sorbonne. Il semble d'ailleurs que la lsf soit totalement inconnue de cette dernière. De la même manière, on pourra regretter que les cours municipaux de la ville de Paris ne proposent pas de cours de lsf et que le dernier recours des fauchés qui veulent apprendre les langues, j'ai nommé la bonne vieille méthode Assimil, ne soit pas d'un plus grand secours.
Dans le même temps, le succès des DVD d'apprentissage de Patrice Carillo, interprète de lsf, ne semble pas se démentir. Si certains contestent les vertus d'un enseignement qui ne serait pas dispensé par un sourd, il n'en reste pas moins que ces DVD représentent actuellement la seule méthode de lsf accessible au plus grand nombre.
Alors, comment expliquer ce discrédit persistant de la lsf ? Faudrait-il penser que nous avons là un seuil vers la "singularité mystique" dont parle Barthes qui ébranlerait ne serait-ce qu'a minima "la législation" du langage et "le code" de la langue. Peut-être sans aller jusque-là, la lsf semble du moins permettre d'accéder à un nouveau degré critique de l'appréhension du monde.
11:20 Publié dans Absurde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lsf, Union européenne, abbé de l'Epée, Barthes


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