26.06.2008

Appel aux éditeurs indépendants

De la vie des marionnettistes, certains m'en demandent des nouvelles. Pour ceux qui n'en ont pas entendu parler : il s'agit d'un roman, à mi-chemin de l'histoire et de la philosophie, s'inspirant de la vie d'Isabelle de Bourbon-Parme et que je devais publier, début 2008, aux éditions du Retour. 

Isabelle, c'est la grande soeur de Ferdinand, celui dont parle Elisabeth Badinter dans son récent Infant de Parme. C'est aussi et surtout l'une des femmes les plus brillantes du XVIIIème siècle, morte à vingt-deux ans à peine. Elle a épousé le futur empereur d'Autriche Joseph II et a entretenu parallèlement une liaison avec sa belle-soeur, l'archiduchesse Marie-Christine. Elle a laissé d'assez nombreux écrits qui ont nourri ma réflexion pour ce roman.

Ce fut une pièce de théâtre dans un premier temps : Passions croisées. Je n'avais nulle envie d'en faire un roman, un peu désespérée par les productions actuelles, surtout dans le domaine du roman historique. Mais il y a eu cette amitié avec Andreï Makine qui m'a persuadée du contraire, il y a eu le défi qu'il m'a lancé ; je n'ai jamais pu résister à un défi. Or, si nous ne partageons pas tout à fait la même vision de la littérature, nous partageons du moins, je pense, la même exigence. Le défi, je ne pouvais le relever qu'à ma façon. Nul n'était besoin de produire une biographie romancée d'Isabelle puisque le travail de son biographe, Ernest Sanger, était déjà excellent. Par conséquent, avec Isabelle, ce fut plutôt un dialogue, un dialogue avec une âme soeur rencontrée à travers le temps, un dialogue empreint de la violence inspiratrice d'une relation tumultueuse avec Anaximandrake. 

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 Isabelle de Bourbon-Parme, portrait par Mengs.

 

Au final, c'est un roman dans lequel règne tout l'esprit de Vialation mais qui n'est pas exactement le livre que l'on pourra lire dans le métro. Il souffre peut-être parfois du "vouloir trop bien faire" des premiers romans, formulé plus complaisamment, nous dirons que c'est ce qui lui donne sa fraîcheur. 
 
Par conséquent, en une période difficile pour le monde de l'édition qui contraint notamment les éditions du Retour à reporter la publication à une date indéterminée ou, si je le souhaite, à rompre mon contrat, je lance donc un appel aux éditeurs indépendants qui souhaiteraient reprendre ce texte. A toutes fins utiles, précisons qu'il est attendu par un certain nombre de lecteurs, régulièrement augmenté par les curieux ayant découvert la biographie de Sanger, et dont le nombre s'est encore probablement accru avec la parution de l'ouvrage d'Elisabeth Badinter. D'autre part, connaissant les problématiques de l'édition indépendante, je n'hésiterai pas à mettre la main à la pâte si nécessaire. A bon entendeur...

25.06.2008

Qui a peur de la lsf ?

La langue des signes française, abrégée en lsf, trouve ses origines au XVIIIème siècle dans les enseignements d'Etienne de Fay, sourd lui-même et de l'abbé de l'Epée. Parallèlement se développait déjà l'idée que les signes n'avaient pas d'avenir et que les sourds se devaient de reproduire la parole des entendants pour pouvoir communiquer. C'est finalement cette dernière idée qui a fini par prévaloir puisque le Congrès de Milan de 1880 marqua la victoire de "l'oralisme". La lsf devint ainsi une langue quasi-clandestine partageant la disgrâce du breton à la même période et ce jusque dans les années 1970. 
 
Par conséquent, à l'heure où l'on évoque la possibilité d'inscrire les langues régionales dans la Constitution, on est en droit de se demander ce qu'il en est de la lsf.  
 
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L'Union européenne a adopté une première résolution en 1988 sur le langage gestuel. Dix ans plus tard, la résolution du 18 novembre 1998 venait rappeler la précédente et constatait toujours le "manque sérieux d'interprètes qualifiés" en notant que quatre Etats de l'Union seulement avaient reconnu officiellement le langage gestuel. Aurons-nous droit, en novembre 2008, à une nouvelle commémoration de la résolution originelle accompagnée d'un constat toujours aussi désabusé ?  Nous serons alors en pleine présidence française de l'Union européenne et la situation française semble peu encourageante. En dépit du travail des associations oeuvrant dans le domaine, il est toujours aussi difficile de pouvoir suivre une formation de lsf et ce malgré un grand nombre de demandes. L'obstacle majeur est le coût que représente une telle formation. S'il faut bien reconnaître que l'apprentissage d'une nouvelle langue n'est jamais gratuit, dans le cas de la lsf, le nombre restreint des lieux d'enseignement ne permet pas de l'alléger en ayant accès à des formations en marge des associations. Ainsi, si certaines universités proposent bien des cours de lsf, ceux-ci s'inscrivent le plus souvent dans le cadre d'un cursus spécifique, généralement en sciences du langage. A ma connaissance, seule l'université de Metz ouvre cet enseignement à l'ensemble de ses étudiants. Un comble pour moi qui me suis empressée de la fuir au profit de la Sorbonne. Il semble d'ailleurs que la lsf soit totalement inconnue de cette dernière. De la même manière, on pourra regretter que les cours municipaux de la ville de Paris ne proposent pas de cours de lsf et que le dernier recours des fauchés qui veulent apprendre les langues, j'ai nommé la bonne vieille méthode Assimil, ne soit pas d'un plus grand secours. 
 
Dans le même temps, le succès des DVD d'apprentissage de Patrice Carillo, interprète de lsf, ne semble pas se démentir. Si certains contestent les vertus d'un enseignement qui ne serait pas dispensé par un sourd, il n'en reste pas moins que ces DVD représentent actuellement la seule méthode de lsf accessible au plus grand nombre. 
 
Alors, comment expliquer ce discrédit persistant de la lsf ? Faudrait-il penser que nous avons là un seuil vers la "singularité mystique" dont parle Barthes qui ébranlerait ne serait-ce qu'a minima "la législation" du langage et "le code" de la langue. Peut-être sans aller jusque-là, la lsf semble du moins permettre d'accéder à un nouveau degré critique de l'appréhension du monde. 

15.06.2008

Les sectes sont un non-problème bis

Cette semaine, l'Elysée recevait Louis-Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou, le Louis XX des légitimistes. Installé depuis quelques années au Venezuela, il venait exceptionnellement en France sur l'invitation de son ami, le père de la Morandais, prêtre médiatique à qui l'on remettait la légion d'honneur. Les séjours du prince en France, c'est un peu son service minimum. Sans cesse flanqué d'un conseiller en communication qui lui dicte la plupart de ses réponses, il s'efforce de tenir, avec un enthousiasme fortement tempéré, le discours qui doit rassasier ses partisans pour les six mois à venir. Il n'empêche : un Bourbon à l'Elysée, ça n'arrive pas tous les jours, surtout entre Jacques Verges et Steevy Boulay. Tout le monde réclama donc un cliché avec sa trombine à côté du prince ; Emmanuelle Mignon, très discrète depuis ses propos maladroits sur les sectes, ne fut pas en reste. 
 
Problème ou non, il se trouve que les sectes se trouvent relativement souvent sur mon parcours. Nous avions déjà évoqué les curieuses campagnes électorales de la scientologie, c'est par des propos tenus en soirée que j'ai découvert les agissements de la Nouvelle Acropole. En effet, poussées par une curiosité intellectuelle qui les a ouvertes à la danse buto aussi bien qu'à la philosophie, deux jeunes femmes me racontaient la visite qu'elles venaient de faire avec une association à laquelle elles appartenaient. Au fur et à mesure de leur récit le "Paris gallo-romain" s'avérait de plus en plus ésotérique : curieux... Elles m'apprirent que cette visite s'inscrivait dans le cadre de conférences qu'elles suivaient avec cette association, conférences portant sur "la philosophie, l'histoire et l'art" : "philosophie occidentale" la première année, "philosophie orientale" la deuxième. Si le contenu des conférences s'avérait aussi suspect que celui de la visite, ça faisait cher des 55 euros par mois. Dans ces étranges conférences, on croisait apparemment aussi quelques amateurs de bouddhisme qui, avant chaque début de séance, se mettaient ostensiblement à méditer. Tout cela paraissait au final un joyeux gloubi-boulga, pas très sérieux, vaguement new-age, mais pas bien dangereux. 
 
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L'une d'entre-elles émettait tout de même quelques doutes : "les gens de l'association exigent un peu plus de nous au bout de deux ans. Ils veulent qu'on ouvre un local près de chez nous, qu'on tienne une permanence et qu'on organise des conférences. Ca m'a paru bizarre alors je suis quand même allée voir si ce n'était pas une secte, mais apparemment non, c'est juste la vie associative." Je ne sais quelles étaient les sources qui lui permettaient d'affirmer qu'il ne s'agissait pas d'une secte et je ne pus en apprendre plus puisqu'elles craignirent d'évoquer leurs doutes alors qu'arrivait l'un de leur amis, "Acropolitain" depuis un certain temps. Le grand jeune homme have qui prit place à mes côtés me glaça immédiatement. Avec lui, de simples présentations tournaient à l'interrogatoire et vous procuraient des sensations aussi agréables qu'un oral avec Reynald Abad dit "La Machine", à Paris IV. De là, il me fit un éloge de Max Gallo, me parla de la nécessité d'une redéfinition identitaire dans la mondialisation, du rôle de l'Etat dans la cohésion des groupuscules, enfin d'ordre et de valeurs le tout sous le prétexte d'une pseudo-philosophie dont les fondements s'effondrent au premier souffle. Si l'accusation de fascisme me semble avoir été galvaudée par son utilisation à tort et à travers, je n'en voyais pas beaucoup d'autres pour qualifier le discours qu'il me tenait avec la plus parfaite tranquillité comme étant la seule solution envisageable. Toutes choses très rassurantes qui sont donc un non-problème. Pour ma part, je me suis contentée de conseiller Buridan aux deux jeunes recrues dans le doute pour leurs prochaines visites guidées.  
 

06.06.2008

Ricercar

C'est au théâtre du Quai d'Angers, que François Tanguy a déposé la grande boîte de Ricercar jusqu'au 6 juin. Une grande boîte ou une camera oscura qui nous saisis au premier abord par son étonnante profondeur et son impressionnant plafond. A l'intérieur se tient un petit chaos poétique, un non-espace semé, ça et là, de roses séchées : onirisme et teintes sépia, symbolisme et Parnasse ; de la topaze de Gadda à la contemplation de Büchner, c'est l'art pour l'art qui règne. La musique, le ricercar est le précurseur de la fuguer, nous ramène à ce qui serait un Fantasia du spectacle vivant. 
 
Si Kantor est à l'horizon, ce sont bien les codes cinématographiques qui prennent le pas et s'imposent naturellement avec le mouvement virevoltant. Et c'est bien le mouvement qui fait la force de ce ricercar dont les textes, collés, ne gagnent pas leur nécessité. Malgré les éblouissements, tout est doux, et donc un peu insipide, car toute émotion est soigneusement mise à distance. Personne, ici, n'est vraiment concerné, les références mythologiques sont autant de pierres précieuses semées au vent et le son seul prévaut sur tout sens ou même non-sens. 
 
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Ricercar, mise en scène de François Tanguy avec le théâtre du Radeau. 
A Avignon, du 17 au 25 juillet, lycée Frédéric Mistral.
A Paris, du 23 septembre au 19 octobre, aux Ateliers Berthier.

 
 
 
 
 
 

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