28.07.2008
Poulet-Malassis et poule au pot
Un jeune auteur idéaliste se prend souvent à croire qu'il existe encore en ce monde des héritiers de Poulet-Malassis, le fameux éditeur des Fleurs du mal que Baudelaire surnommait "Coco Mal-Perché". Aussi, ayant surnagé entre les grandes maisons d'édition qui refusent ou veulent tronçonner son texte, celles qui lui demandent de changer de nom pour satisfaire les lois du classement alphabétique des grandes librairies, les éditions à compte d'auteur qui préfèrent pudiquement parler de "contrat participatif", il sera heureux d'arriver à bon port chez un éditeur qui, quoique sans grands moyens, accepte son texte au nom de son seul amour pour la littérature.
Le jeune auteur idéaliste comprend bien évidemment les difficultés auxquelles est en butte l'édition indépendante et il l'en estime d'autant mieux, étant prêt lui-même à participer au combat par tous les moyens dont il pourra disposer. Seulement, aveuglé sans doute par ce combat, le jeune auteur idéaliste est porté à l'indulgence, trop sans doute... Car pour un authentique Poulet-Malassis, il existe des dizaines de Poulet-Malassis du dimanche, des Poulet-Malassis qui ont viré à la poule au pot en quelque sorte.
Ces Poulet-Malassis du dimanche seraient touchants dans leurs maladresses si elles ne s'accompagnaient pas de cet orgueil mal placé par lequel ils veulent toujours laisser croire qu'ils maîtrisent la situation. Dans ces circonstances, les Poulet-Malassis du dimanche déploient toute leur créativité et vous assèneront sans sourciller des formules d'anthologies telles que : "les contrats d'association n'ont qu'une valeur morale". Voilà donc qui réjouira tous les présidents d'associations. Or, quand ils ne parviennent plus à faire illusion, les Poulet-Malassis du dimanche sont désemparés et jouent les autruches. Ils s'empressent d'aller se terrer sous leur lit au moindre coup de sonnette. Et tant pis si ce n'était que la concierge qui venait déposer le courrier. Courageux mais pas téméraires, les Poulet-Malassis du dimanche veulent bien avancer, mais avec leur attachée de presse (syn : maman, baby-sitter) en bouclier.
Les Poulet-Malassis du dimanche ne sont pas véritablement malveillants, ils sont simplement d'une incroyable naïveté. Pesant bien le pour et le contre, ils prennent leur temps... longtemps... un très long temps pour entreprendre quoi que ce soit. Ainsi ils ne se rendent pas compte qu'au moment de rendre leur décision, le monde a tourné sans eux et les données du problèmes avec lui, rendant caduque leur réflexion. Alors, fâchés que le monde ne se soumettent pas à leur rythme, ils bombent le torse : ils sauront bien lui montrer qui c'est qu'est l'plus fort ! Et donc, pour se persuader de diriger un jour une grande maison d'édition, ils copient tout ce que fait une grande maison d'édition, veulent travailler avec les mêmes fournisseurs sans avoir cependant les mêmes moyens. Quelque part, les Poulet-Malassis du dimanche n'ont pas réussi à résoudre la grande énigme de leur petite enfance : Pourquoi donc le cube ne veut-il pas rentrer dans le trou triangulaire ?
Ces décisions qu'ils ne parviennent pas à prendre, les Poulet-Malassis du dimanche aiment qu'on les leur impose, mais n'allez surtout pas leur donner un conseil, ils se sentiraient insultés. Ils maîtrisent la situation vous a-t-on dit ! Refusant de reconnaître leurs erreurs, ils finissent par en accuser leurs auteurs, les lâchent dans la nature avec, pour tout dédommagement, quelques adresses d'éditeurs dont la moitié est périmée. Evidemment, tous frais d'envois à votre charge. Pour couronner le tout, ils se permettront d'ironiser sur votre cas pour finir de se persuader que, décidément, ils n'y sont pour rien dans cette affaire.
En bref, les Poulet-Malassis du dimanche aiment se glorifier de l'artisanat de leur métier et, tout en méprisant hautement les éditions à compte d'auteur, ils signent des contrats aussi sérieusement que s'ils jouaient au Monopoly. Aussi, jeunes auteurs idéalistes, soyez toujours sur vos gardes si vous croisez des poulets qui se donnent des allures de paons, car pour leur permettre de continuer à faire la roue, vous risqueriez de vous trouver bien plumé.
12:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Le jeune auteur idéaliste a des airs de jeun con je trouve.
Ecrit par : italique | 28.07.2008
Oui, ça c'est le proverbe qui le dit : "trop bon, trop con". Vous avez donc parfaitement raison : l'idéalisme est une faute de goût.
Ecrit par : Eurydice | 28.07.2008
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