31.08.2008

Sur la route de Cherbourg (3)

Après un passage par Falaise, la première journée de voyage de Louis XVI s'acheva au château d'Harcourt qui avait l'avantage de se trouver en face d'un relais de poste. D'autre part le duc d'Harcourt, gouverneur de Normandie, était l'organisateur du voyage. On peut supposer qu'il fut à la hauteur de la tâche puisqu'il devint gouverneur du dauphin quelques mois plus tard.
Difficile aujourd'hui de se représenter ce château puisqu'il fut en grande partie détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Seule la façade principale a été conservée. Pour assurer la sécurité du souverain, ses gardes-du-corps s'étaient installés au château la veille tandis que pour assurer la surveillance extérieure, on avait fait appel à un détachement de grenadiers du régiment d'Artois. Il ne s'agissait pas de précautions vaines puisqu'on venait de tous les environs pour voir le roi. Le château fut rapidement envahi et Louis XVI accepta de souper en public. Il était cependant pressé d'arriver à Cherbourg et reprit la route à huit heures le lendemain matin.
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Il se rendit alors à Caen où l'accueillirent près de 30 000 personnes. Au cris de "Vive le roi !", il répondait "vive mon bon peuple", du pur Henri IV qui rencontra un certain succès. C'est probablement également au cours du voyage de  Normandie que Louis XVI inaugura les bains de foule dont il fit un utile usage dans les premiers temps de la Révolution.
La route se poursuit et passe par Bayeux, puis à proximité du château de Balleroy, oeuvre de Mansart, qui abrite aujourd'hui un musée de la montgolfière et des ballons.
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Puis, au village de Sainte-Croix près de Saint-Lô, c'est la pause déjeuner, toujours dans une auberge. On se demande bien ce que l'on va pouvoir servir au roi. " - Avez-vous des oeufs ? demande-t-il à l'aubergiste - Oui, tout chauds.  - Et du beurre ? - Il sort de la barate." L'affaire était réglée et va pour une tournée générale. C'est à ce moment-là qu'une jeune fille se dit qu'elle ne doit pas laisser passer la chance de sa vie. Prenant son air le plus contrit, elle s'arrange pour se laisser voir du roi. Puisqu'il était dans une disposition d'humeur à faire des heureux, elle ne doutait pas qu'il chercherait à s'informer de ses malheurs et c'est ce qu'il fit en effet, elle tomba alors à ses genoux en pleurant et lui dit : "Monseigneur, je suis enceinte d'un garçon que ma mère me refuse pour mari, daignez me l'accorder." Après l'avoir sermonnée pour la forme, il ordonna qu'elle fût mariée à son retour et lui accorda une dot. La mère récalcitrante était coincée mais la dot aida à faire passer la pilule. Sainte-Croix avait désormais sa scène de Greuze et le cabaret devint de ce jour "l'auberge fortunée".

19.08.2008

Semmelweis, le 24 août

Pendant l'été, France Inter rediffuse un certain nombre de pièces radiophoniques d'Au fil de l'histoire. Pour ceux qui l'auraient manqué, ce sera au tour de la pièce de Caroline de Kergariou, Semmelweis ou les médecins aux mains sales, ce dimanche à 13h30.

Semmelweis était un médecin hongrois, précurseur de l'hygiénisme qui a conquis l'Europe à la fin du XIXème siècle. Rien de révolutionnaire en soi, Semmelweis a découvert l'importance pour un médecin de se laver régulièrement les mains, et pourtant il lui aura fallu lutter longuement pour imposer ce simple geste qui a permis à la mortalité en couche de régresser.

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Et pour poursuivre dans l'hygiénisme, vous pourrez vous rendre aux Buttes-Chaumont ce même dimanche à 14h30 (rendez-vous à l'entrée du parc, place Armand-Carrel) pour une visite qui vous retracera la création du parc dans le Paris d'Haussmann. 

Visite organisée par la librairie Buridan (tarif : 10 euros).

Sur la route de Cherbourg (2)

Après Houdan, la route de Louis XVI passait par Verneuil-sur-Avre. Un nouveau petit détour par le Nord de Verneuil pourra vous permettre de découvrir Condé-sur-Iton, petite bourgade qui a notamment séduit le poète chilien Pablo Neruda. Il y avait acheté une maison. Quant aux évêques d'Evreux, ils avaient leur résidence d'été au château qui prend des allures mystérieuses en sortant des brumes de l'Iton. 
 
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La pause déjeuner eut lieu dans une auberge de l'Aigle et ce fut comme si la maîtresse de maison avait gagné au loto. Ne se tenant plus de joie, elle sauta au cou du roi. Il faut dire qu'elle avait tout à y gagner  : elle en retirait une publicité formidable et n'avait rien à faire puisque tout avait été préparé au préalable par la bouche du roi. Il est probable cependant que, depuis lors, son auberge aura été victime des bombardements et pour déjeuner aujourd'hui à l'Aigle en plein mois d'août, mieux vaut également avoir emporté de quoi. Le château de l'Aigle, dont les plans pourraient être d'Hardouin-Mansart, existe toujours. Il est aujourd'hui occupé par la mairie.
En continuant votre route, vous arriverez à Aube, où se trouvent les Nouettes, le château de la comtesse de Ségur, aujourd'hui devenu une école. 
 
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En ville, un petit musée retrace l'oeuvre de la comtesse et une statue, placée devant la mairie veut lui rendre hommage. Elle pourrait avoir pour titre : Et comment Cadichon eut un jour envie de marcher sur l'eau. 
 
 
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A suivre...
   

18.08.2008

Sur la route de Cherbourg

En-dehors des châteaux royaux des environs de Paris, Louis XVI a très peu voyagé. Une excursion à Reims pour le sacre, une nouvelle expédition pleine de rebondissements dans l'Est qui se termine à Varennes et, entre les deux, un voyage à Cherbourg en juin 1786, un souvenir inoubliable pour ce roi qui aurait certainement adoré être officier de marine. Alors, cet été, comme j'aime aussi les Parapluies de Demy, j'ai pris la route de Cherbourg en suivant l'itinéraire de Louis XVI.
 
Parti de Rambouillet à 5 heures du matin, le 21 juin 1786, Louis XVI fait un premier arrêt à Houdan à 7h30. Comme le roi ne passe pas souvent, il ne faut surtout pas manquer l'occasion de le voir. En France, la tradition des placets est restée bien vivace et beaucoup voient le roi comme une solution à tous leurs problèmes personnels. A chaque arrêt au relais de poste pour changer les chevaux, c'est la cohue. Il n'y voit aucun inconvénient, bien au contraire, il est de parfaite humeur et a besoin de se sentir indispensable et aimé. Va donc pour étudier une demande de grâce qu'on lui présente à Houdan.
 
Houdan est aujourd'hui une commune des Yvelines qui a conservé quelques maisons à colombages.
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Non loin de là, se trouve le château d'Anet. Louis XVI ne s'y est pas arrêté, pour cause d'agenda chargé. Il en a cependant été propriétaire un bref moment en 1775, juste avant de le céder aux Penthièvre. C'est ce qui explique qu'on y trouve une réplique du portrait de la famille de Penthièvre. On y voit notamment la princesse de Lamballe qui a passé un moment à Anet.
 
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Mais laissons le XVIIIème siècle car Anet est avant tout un joyau Renaissance. Diane de Poitiers était une femme de goût et elle a fait appel aux plus fameux artisans de l'époque : philibert de l'Orme, Jean Goujon, Benvenuto Cellini, Germain Pilon... La chapelle est particulièrement remarquable ; inspirée du Panthéon de Rome avec son oculus, le marbre du sol répond à la disposition des caissons du plafond. 
 
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Malheureusement, il ne vous faudra pas compter sur la "conférencière" pour en savoir plus sur l'architecture, elle préfèrera vous présenter les photos de famille des actuels propriétaires dont on se contrefiche absolument. Qu'Anet procure des emplois aux locaux, c'est tant mieux, mais encore faudrait-il qu'ils aient une certaine connaissance de l'histoire de l'art. Anet vaut tout de même mieux qu'une visite digne d'un petit manoir de hobereau désargenté. Et qu'on ne m'oppose pas des questions de budgets serrés : l'Ecole du Louvre regorge d'étudiants qui seraient prêts à passer l'été en stage à Anet pour l'amour de l'art.
 
A suivre...

15.08.2008

Absences autrichiennes

On ne sait si c'est l'air de la montagne ou quelqu'autre cause mais il semble bien que les Autrichiens soient sujets à de longues crises d'amnésie collective, comme celle relative à un certain Adolf H. Au reste, c'est une maladie qui se rencontre aussi dans d'autres contrées mais la durée est généralement moins longue.

Ainsi, nous saurons gré à Madame Ursula Plassnik, ministre autrichienne chargée des affaires étrangères, d'avoir permis à son peuple de retrouver la mémoire. Jusqu'au 17 juillet dernier en effet, quand on disait "Marie-Antoinette" en Autriche, on vous regardait avec des grands yeux interrogateurs : "Qui ça ?". La question était un peu formelle, elle remontait à un temps, le début du XIXème siècle, où il avait été bienséant d'oublier certaines choses. On répondait "Qui ça ?" comme on savait qu'il était inconvenant de cracher par terre. On se souvenait vaguement que jadis on avait vendu de l'archiduchesse à tire larigot. Le produit avait rencontré un tel succès qu'il avait fallu augmenter la cadence quitte à en envoyer qui ne fussent pas tout à fait terminées. Le marchand ayant une réputation de qualité, il était probable que personne ne noterait ces petits vices de fabrication. Et puis, même s'ils s'en rendaient compte, l'Autriche n'avait nullement l'intention d'assurer le service après-vente. De Naples, de Parme, on reçut bien quelques plaintes mais on n'y accordait pas beaucoup d'importance. En revanche, le cas de Versailles s'avérait bien plus sérieux et incontrôlable. Les Autrichiens observaient leur oeuvre impuissants, multipliant en vain les avertissements, la voyant courir à sa perte et risquer surtout d'entraîner une réaction en chaîne qu'ils finiraient bien par payer également. Quelle autre solution alors que de fermer les yeux et espérer bien fort que le produit versaillais serait bientôt relégué au vide-ordures ? Ainsi fut-il, quoiqu'un peu tard : le mal aussi était fait.

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Le temps passa, on enterra l'affaire. Le commerce d'archiduchesses reprit. Mieux même, on avait été assez adroit pour récupérer la dot du produit versaillais en lançant une OPA sur sa fille. On se remboursait de ses propres inconséquences. 

Cependant, il fallait bien un jour tirer les choses au clair. L'Autriche avait enfin trouvé la solution : au lieu de s'excuser pour les vices de fabrication, reprocher à l'acquéreur d'avoir mal appliqué la notice d'utilisation. La pratique est si courante qu'on s'étonne qu'il ait fallu tant de temps pour en arriver là. 

Lors d'une conférence de presse à Vienne Ursula Plassnik se réjouit ainsi d'accueillir Bernard Kouchner "même si on a exécuté à Paris une Autrichienne il y a 215 ans." Le stratagème a fonctionné puisque le même Kouchner s'empressa de répondre : "Je regrette pour l'Autrichienne. C'est quand même une vieille rancune et cela s'appelait alors la Révolution française."

Et pendant ce temps, où va l'Europe ? 

11.08.2008

Dandysme à Granville

Au musée Carnavalet, certaines oeuvres sont manquantes. Un cartel indique un déplacement à l'occasion de l'exposition : Dandysmes, 1808-2008, de Barbey d'Aurevilly à Christian Dior. Un programme alléchant qui méritait bien un petit détour par le musée Christian Dior de Granville. 

En fait de musée, il s'agit des Rhumbs, l'ancienne demeure de la famille Dior. Elle domine la mer et se cache, comme il se doit en Normandie, derrière des massifs d'hortensias. L'ensemble ne se visite qu'à l'occasion d'expositions temporaires. 

Des panneaux dans les jardins retracent le parcours du grand couturier tandis que des présentoirs à parfums vous permettent d'humer les senteurs concoctées par la maison Dior. 

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A l'intérieur, les trois niveaux sont consacrés à l'exposition, une petite exposition. Si bien qu'on se rend assez rapidement compte que l'intitulé était trop ambitieux. On retrouvera bien le portrait de Barbey d'Aurevilly par Emile Lévy, celui de Montesquiou par Boldini et quelques colifichets de Barbey provenant du musée de Saint-Sauveur-le-Vicomte, mais les principales pièces sont issues des collections Dior. On pouvait s'en douter mais on aurait alors apprécié un énoncé plus clair. Si vous aimez Dior, vous ne bouderez cependant pas votre plaisir. 

On regrettera plus sérieusement une muséographie très brouillonne. Le dandysme devient prétexte et il est souvent difficile de rattacher ce que l'on voit aux cartels, des panneaux explicatifs sont dissimulés par les oeuvres,  les citations sont fautives et la syntaxe employée les rend incompréhensibles. Bref, rien ne vous permettra d'aborder le dandysme, ses développements, sa complexité et ce n'est pas le fascicule qu'on vous remettra à l'entrée qui y remédiera puisqu'il ne fait que lister les oeuvres présentées dans chaque pièce et paraît plutôt une excuse pour une muséographie défaillante. Dommage.

 

Dandysmes, 1808-2008, de Barbey d'Aurevilly à Christian Dior, Musée Christian Dior, villa les Rhumbs, rue d'Estouteville, Granville (50).

Exposition jusqu'au 21 septembre 2008. 

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