30.09.2008

L'empereur de Loches

Le tsar Pierre Ier, dit aussi Pierre le Grand (au propre comme au figuré puisqu'il mesurait près de 2 mètres) a beaucoup voyagé. En France, on sait qu'il a été reçu par Louis XIV, notamment à Versailles et à Marly d'où il a rapporté de nombreuses idées pour "occidentaliser" la Russie. Cependant, nul document ne laissait suspecter son passage à Loches. Aurait-il nourri une passion insoupçonnée pour Agnès Sorel ?
On a beau se creuser les méninges, Pierre le Grand à Loches, non vraiment, ça ne tient pas. Alors pourquoi sa statue trône-t-elle a côté de la collégiale Saint-Ours ? Elle est clairement identifiable puisqu'il s'agit de la réplique exacte de la statue de Chemiakine que l'on peut voir dans la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Livrée en 1990, elle fait d'ailleurs toujours polémique, les Russes préférant admirer le tsar victorieux de Falconet sur son cheval cabré, plutôt qu'un Pierre fatigué, assis paisiblement sur un fauteuil, sa tête paraissant exagérément petite sur son grand corps mince.

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Une brève enquête nous apportera la réponse. Si Pierre n'est jamais allé à Loches, ce n'est pas le cas de Mikhaïl Chemiakine. Dissident du temps de l'Union soviétique, le sculpteur a passé trente ans de sa vie aux Etats-Unis avant de s'installer en France. A Loches, il est tombé amoureux du bourg médiéval et a racheté une partie des bâtiments de la collégiale pour y installer un lieu d'exposition. Le projet n'est pas encore réalisé mais Pierre le Grand veille déjà sur les lieux.

21.09.2008

Le patrimoine derrière le rideau

En écho à ma note sur Tarbes, je voulais mentionner cet article de LADEPECHE.fr qui m'a fait sourire :

 

Patrimoine : le testament de Louis XVI

LaDepeche.fr | 21 Septembre 2008 | 10h34

 

Le testament de Louis XVI trône dans l'oratoire de la cathédrale de la Sède. Photo Laurent Dard.
Le testament de Louis XVI trône dans l'oratoire de la cathédrale de la Sède. Photo Laurent Dard.

« Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi, qu'il se doit de songer tout entier au bonheur de ses concitoyens. » Cette formule est extraite du testament de Louis XVI qui trône au-dessus de l'autel de l'oratoire de la cathédrale de la Sède. Longtemps masquée par un rideau, la lourde plaque de marbre, actuellement dévoilée, ne manque pas de surprendre le visiteur égaré en ces journées du patrimoine. Encadré par deux colonnes entrelacées de fleurs de lys, le testament fut offert par le conseil général des Hautes-Pyrénées à l'église en 1816. Il prit sa place à Tarbes en pleine Restauration alors même que Bertrand Barère, l'ancien président de l'assemblée nationale qui a voté la mort du roi, est en plein exil. Les amateurs de patrimoine, qui vont se presser ce matin à la cathédrale de la Sède pour tout savoir du baldaquin surplombant l'autel, feront peut-être un crochet par la petite chapelle (située à droite en entrant) afin de découvrir cette curiosité. Le rideau devrait être très prochainement remplacé par un autre dispositif de protection qui devrait le masquer à nouveau. Ar.P.

06.09.2008

Entre Henri IV et soeur sourire

Hier après-midi a commencé l'université d'été du Modem, une bonne occasion pour prendre un peu de distance. Peu encline à jouer le jeu de ces grandes cérémonies d'autosatisfaction, je ne m'y rends jamais. Un regret cependant : celui de manquer les interventions d'Hubert Védrine (une recrue ?) et d'Eva Joly.
 
Si l'on a naturellement peu parlé du Modem pendant les vacances, il ne s'est pas complètement fait oublier, du moins auprès de ses adhérents. Les raisons de cet empressement sont simples, le 31 août étaient closes les listes de candidats pour les présidences départementales, les conseils départementaux et la conférence nationale. Les listes sont paritaires et les femmes manquent toujours. 
 
Que Marielle de Sarnez gère le Modem d'une main de fer, c'est précisément ce que j'apprécie chez elle. Cela l'a conduit parfois à faire des erreurs mais on peut mettre à son crédit la persévérance et la ténacité qui ont permis la création du Modem. Or, cette efficacité est malheureusement contrebalancée par une communication incohérente. François Bayrou s'appuie désormais depuis longtemps sur l'image d'Henri IV, sorte d'image anté-gaullienne du rassemblement dont on peut faire remonter la genèse au milieu du XVIIIème siècle. Malgré son ancienneté, elle semble ne pas avoir perdu de son acuité. Pour Marielle de Sarnez, c'est beaucoup moins clair et la transition entre l'éminence grise et la femme politique n'a pas été correctement amorcée. Aussi a-t-elle longtemps souffert d'un déficit de notoriété qui a notamment pesé sur la campagne des municipales. Dans ces cas-là, Sarnez sort l'artillerie lourde puisque dans ce domaine, la subtilité n'est pas son fort : à une gestuelle exaltée et un visage illuminé qui la rapprochent de Soeur Sourire elle joint le discours d'ouverture du Modem. Sur les affiches de campagne, le portrait de Marielle prend le pas sur le programme. De plus en plus, son image se dissocie de ce qu'elle est vraiment et le discours sonne creux. De ces maladresses, Quitterie Delmas prend toute la mesure et calque son personnage sur celui que fait attendre la communication de Sarnez : elle se présente comme celle qui est à l'écoute des adhérents, la véritable démocrate face à une Marielle de Sarnez autoritaire dont elle se prétend même la victime. 
 
 
 
Pour Marielle de Sarnez, une fois le bilan des municipales tiré, il était temps de signer la fin des hostilités avec Quitterie Delmas, chose faite pendant l'été puisqu'elles font désormais liste commune. C'est cependant oublier que le problème n'est pas Quitterie mais bien la communication de Marielle. Or, si au début de l'été les adhérents ont renouvelé leur confiance à l'orientiation du Modem voulue par François Bayrou, cette confiance risque bien de s'effriter à nouveau si la communication demeure incohérente. Ainsi les erreurs habituelles se sont répétées lors de la constitution de listes pour les différents conseils internes du Modem. Si la manière de procéder a bien été expliquée aux adhérents, une clôture des listes en plein été, le 31 août, devait empêcher la constitution de listes concurrentes à celles de Marielle. Si cette difficulté a semble-t-il été évoquée, on n'a pas voulu y accorder plus d'importance et c'est finalement Marielle qui s'est trouvée piégée. Alors que deux listes concurrentes ont été créées, le 27 août, Marielle et ses collaborateurs s'efforçaient encore de débaucher les femmes qui s'y trouvaient. Le message subliminal n'avait manifestement pas été saisi par tout le monde : "Voici le moyen de constituer une liste que, bien évidemment, vous ne prendrez pas la peine de créer dans l'intérêt du Modem." Et les naïfs de s'offusquer qu'encore une fois, et quoi que Marielle prétende, le Modem n'a rien de démocratique. Il va bien falloir un jour faire entendre clairement la position du Modem selon Marielle de Sarnez et il faudra bien aussi un jour que Marielle adopte une communication plus en accord avec ces mêmes positions. 
 
Bien sûr, cette communication défaillante s'explique aussi par le fait que les ressources à la disposition des femmes demeurent moins nombreuses que celles des hommes. Ainsi, il reste difficile de se reposer sur un personnage charismatique  et si  Ségolène Royal s'est brûlée les ailes en jouant les Jeanne d'Arc, nous ne saurions conseiller à Marielle de Sarnez de se prendre pour Gabrielle d'Estrées.
 
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05.09.2008

Sur la route de Cherbourg (6)

Suite et fin de l'aventure cherbourgeoise. Si Louis XVI est retourné à Versailles par Le Havre et Rouen, cette étape du voyage nous occupera une autre fois et nous nous contenterons, avant de quitter la Normandie, de retrouver le XVIIIème siècle dans les environs de Cherbourg. Avant l'essor de Cherbourg, c'est en effet Valognes, une vingtaine de kilomètres plus au Sud, qui faisait figure de capitale du Cotentin. C'est à Valognes que débute la carrière politique d'Alexis de Tocqueville et c'est à Valognes que le jeune Barbey d'Aurevilly développe son imaginaire et qu'il situera une partie de ses écrits. Un peu pompeusement, on désignait la ville comme le "Versailles normand" et de nombreux hôtels particuliers témoignent de ce prestigieux passé. Le plus célèbre est l'hôtel de Beaumont, oeuvre de l'architecte normand Raphaël de Lozon qui est mort sur le chantier. Si vous aimez vous rassasier d'architecture tant mieux pour vous car, pour le reste, à Valognes, on mange mal pour cher. 

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Et pour la nuit ? Je vous propose de continuer votre route jusqu'à Négreville, de vous munir d'un bon plan et de vous rendre au château de Pont-Rilly, l'autre oeuvre connue de Lozon. Le château s'élève tout au bout d'une très longue allée caillouteuse. Il vous faudra rouler au pas pour y parvenir, et vous aurez ainsi tout le temps de détailler le curieux comité d'accueil constitué de poules, d'oies, de moutons, de paons et de bien d'autres choses encore, tout cela s'ébattant librement autour de vous et vous dégageant, d'un pas langoureux, un chemin pour votre voiture. 

 

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Oui, Pont-Rilly, c'est un peu un autre monde, un autre rythme dont même les vieux Valognais ignorent souvent l'existence. Pont-Rilly, c'est aussi l'oeuvre de deux passionnés qui ont racheté le château dans les années quatre-vingts, alors qu'il tombait en ruines. L'un d'eux est restaurateur de mobilier ancien, alors pas question d'en dénaturer l'esprit pour y aménager un dortoir à la va-vite. Non, à Pont-Rilly, le respect du XVIIIème siècle s'étend si loin que ce sont jusqu'aux lieux à l'anglaise qui se plient à la règle. Et le matin, vous aurez tout le loisir d'admirer la grande cuisine dans laquelle vous prendrez votre petit-déjeuner. 
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Si vous rêvez de voyager dans le temps, Pont-Rilly est parmi ce qui se fait de mieux. Et je parle d'expérience...

04.09.2008

Sur la route de Cherbourg (5)

Et si on se fiche totalement du voyage de Louis XVI, on va à Cherbourg quand même ?

Oui, bien sûr, ce ne sont pas les raisons pour se rendre à Cherbourg qui manquent. 

On peut aller à Cherbourg pour les palmiers. Je ne suis pas certaine qu'ils aient beaucoup plus d'adeptes que Louis XVI mais quand j'ai évoqué mon projet c'est néanmoins la première chose qu'on m'ait répondu : "Tu vas à Cherbourg ! Bonne idée, ils ont des palmiers magnifiques !" Il est vrai que le Gulf Stream passant par là (cartographié par Benjamin Franklin en 1769 pour rester dans le XVIIIème), les palmiers apprécient et on peut notamment aller visiter le parc du château des Ravalet, associé à la famille de Tocqueville.

On peut aussi aller à Cherbourg parce qu'on est nostalgique des traversées transatlantiques. La Cité de la mer s'est en effet installée dans les locaux art déco de l'ancienne gare transatlantique, celle-là même où le Titanic a embarqué ses derniers passagers. C'est également de la Cité de la mer que partent les excursions vers la grande rade. 

Mais ce qui a fait la réputation internationale de Cherbourg, ce ne sont évidemment pas les travaux du port quoiqu'ils se soient poursuivis jusque sous Napoléon III. On ne retient pas Cherbourg comme une ville militaire mais comme la ville  acidulée et pluvieuse d'une histoire d'amour sur fond de guerre d'Algérie. Impossible de ne pas avoir en tête quelques mesures de ce classique de Michel Legrand en se promenant du côté de la rue du port.

 




C'est au cours du tournage de Lola que Jacques Demy s'était arrêté à Cherbourg et en était tombé sous le charme. Et en effet Cherbourg possède un charme bien à elle avec ses mâts qui surgissent de la brume, ses parterres de fleurs aux couleurs vives qui lui donnent un air riant pendant les éclaircies, sa place centrale enfumée à l'heure du déjeuner et cette atmosphère cosmopolite si propre aux villes portuaires. Le film de Jacques Demy y a laissé des traces : aujourd'hui, on fabrique et on vend des parapluies à Cherbourg, la boutique du film a été conservée. 
 
Ce joyeux mélange d'ambiance brumeuse, de vestiges parfois douloureux de l'histoire et de mythe cinématographique un peu kitsch contribuent à faire de Cherbourg une ville où l'on peut pleinement ressentir le "merveilleux quotidien" des surréalistes. C'est peut-être pour tout cela que c'est à Cherbourg qu'Eric Rohmer fait apparaître son Rayon vert. 
 
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03.09.2008

Sur la route de Cherbourg (4)

C'est le 23 juin 1786 vers une heure du matin que Louis XVI arrive enfin à Cherbourg. Evidemment, pas question de perdre du temps avant de voir la mer. Un rapide passage par l'abbaye du Voeu, reconvertie depuis 1774 en hôtel du gouverneur de Normandie, pour prendre un peu de repos et on est reparti. Il reste encore quelques éléments de cette abbaye mais, une fois de plus, la guerre a durement frappé.
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Dès trois heures et demie, Louis XVI entend la messe à la basilique de la Trinité et à quatre heures du matin, c'est le bonheur : Louis XVI a embarqué sur un canot pour aller assister à l'immersion d'un des immenses cônes du projet de Cessart. Celui-ci avait en effet prévu d'immerger côte à côte 90 cônes en bois d'une taille impressionnante pour délimiter la grande rade du nouveau port. Projet ambitieux mais trop aléatoire et coûteux, il sera finalement abandonné au moment de la Révolution.
Si pour Louis XVI le voyage de Cherbourg fait figure de vacances bienvenues, autour de lui tout le monde est sous pression. En effet, les quatre premiers cônes immergés n'ont pas résisté aux tempêtes et il faut néanmoins convaincre le roi de la validité du projet de Cessart. Et on joue décidément de malchance du côté de l'équipe Cessart : on a voulu tester un nouveau cabestan pour tracter une caisse emplie de matériaux destinés à lester le cône qui, bien évidemment, effet Bonaldy avant la lettre, ne donne pas les effets désirés. On prend du retard, la mer monte, la caisse est entraînée par les courants, la tension monte, on finit par faire un peu n'importe quoi et l'accident survient. Dans un premier temps, on espère le dissimuler au roi mais l'affaire est trop sérieuse, le roi le remarque et fait immédiatement envoyer sur place son médecin et son chirurgien. On comptera finalement  quatre blessés dont un décèdera le lendemain, les familles seront indemnisées. Autant dire que Cessart devait penser son projet définitivement enterré, c'était sans compter sur le fait que, à 31 ans, Louis XVI réalisait son rêve d'enfant: il était en mer, sur son petit nuage, et le projet le plus absurde aurait probablement trouvé grâce à ses yeux. Ce jour-là, Louis XVI aime le monde entier et il remercie chaleureusement Harcourt, et il complimente Cessart, qui ne doit pas en croire ses oreilles, et il salue en souriant tous les gens qu'on lui présente. Il passe sa journée à aller visiter les cônes déjà en place, prend son petit-déjeuner sur l'un d'eux, sous une tente qu'avait fait préparer la duchesse d'Harcourt. Il se rend enfin sur l'île Pelée, rebaptisée un temps le "Fort royal" en souvenir de sa visite.
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Le lendemain matin, il est pressé d'y retourner et il monte cette fois à bord du vaisseau Le Patriote. Il veut tout visiter et déjeune à bord. Il veut alors absolument goûter le pâté de morue que tout le monde semble dédaigner et dont il prétend le préférer à tous ceux de Versailles. De là, il assiste à des manoeuvres qu'il suit attentivement et il s'étonne que Le Patriote ne tire pas. Comme on lui répond qu'on aurait pensé contrevenir à l'étiquette, il ordonne qu'on fasse tirer plusieurs boulets pour "voir l'effet du ricochet dans l'eau".
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Le jour suivant encore, il se rend sur Le Patriote puis sur tous les autres bâtiments de rang inférieur où rien n'a pourtant été prévu pour l'accueillir. Il utilise les échelles ordinaires, tout le monde redoute de le voir tomber à l'eau, il s'en amuse. Il tache de poix son habit rouge de cérémonie et dit qu'il ne lui en sera que plus cher. De fait, c'est l'habit qu'il emportera pour se rendre à Montmédy et autour duquel Ettore Scola a construit une partie de l'intrigue de La nuit de Varennes.
Bref, en quittant Cherbourg Louis XVI est tellement content qu'il déclare son intention d'aller visiter tous les ports de son royaume. En dépit de l'habit rouge, à Montmédy, la mer est encore loin pourtant... Et à Cherbourg, si Louis XVI a sa rue, Napoléon, quant à lui, a sa statue.

02.09.2008

Harcourt, Cherbourg et le dauphin

Un certain nombre de mes visiteurs du jour arrivant par ce lien, qui ne s'intéresse au duc d'Harcourt que pour en médire, j'ai jugé qu'une petite note à son propos pouvait s'avérer utile avant de poursuivre le périple jusqu'à Cherbourg.

François Henri d'Harcourt est donc né en 1726 dans l'une des plus puissantes familles de la noblesse française. Il entama très tôt une brillante carrière militaire et devint maréchal de camp puis, comme nous l'avons vu, gouverneur de Normandie.

Il s'intéresse de très près à l'art des jardins et laissera un Traité de la décoration des dehors, des jardins et des parcs. Dans sa propriété près de Lillebonne, il joue les paysagistes. Harcourt aime aussi les lettres et particulièrement le théâtre. En 1769, il est représenté en personnage de la comédie italienne par Fragonard.

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Prenant très à coeur ses fonctions de gouverneur de Normandie, il suivit attentivement les travaux du port de Cherbourg, rencontrant de nombreux ingénieurs et savants pouvant l'éclairer sur le sujet. En effet, ces travaux, d'une ampleur alors inégalée, suscitaient de nombreuses polémiques et le voyage de Louis XVI avait principalement pour but d'apporter son soutien au projet controversé de l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart. Nul doute que Louis XVI aura apprécié le sérieux et les compétences déployés par Harcourt dans cette mission. Harcourt devenait ainsi l'un des hommes les mieux informés du royaume sur ce qui était le grand projet du règne, un projet d'autant plus cher à Louis XVI qu'il touchait à la marine. Les plans présentés dans la thèse de Pascale Mormiche* attestent de l'importance que Louis XVI souhaitait accorder à la marine dans l'éducation du dauphin puisque ce n'est pas moins d'un bâtiment entier qui devait être dédié à une approche pédagogique de cette matière. Seul le manque de fonds a empêché la réalisation de ce "Disneyland" de la marine.

Par conséquent, quoique cette place attirât les convoitises, qui mieux qu'Harcourt pouvait prétendre à l'obtenir ? Il ne s'agissait pas là d'une simple charge purement honorifique comme a semblé le penser le comte de Vaudreuil qui se porta candidat. Outre qu'il ne pouvait revendiquer les mêmes compétences qu'Harcourt, son caractère porté à la violence le disqualifiait pour occuper une quelconque fonction auprès d'un enfant.

Et pourtant, je lis que certains déplorent le choix d'Harcourt. Pourquoi donc ? Parce que l'enfant en question adressait des reproches à sa mère, un trait qu'il partageait d'ailleurs avec sa soeur. Quel rapport, me direz-vous ? Eh bien ce rapport que Marie-Antoinette étant universellement connue pour être une excellente mère, si ses enfants ne l'aiment pas, c'est  nécessairement qu'on la calomnie et le coupable, bien sûr, ne peut être qu'Harcourt. La chose est commode, elle évite de se remettre en question. Objectivement pourtant, les raisons ne manquent pas: trop absente, capricieuse, Marie-Antoinette ne comprend pas son fils. Alors qu'il est à l'agonie et qu'il se console à l'idée de voir l'ambassade  de Tipou Sahib dont on lui parle tant, sa mère le lui interdit : elle ne veut pas que son fils paraisse en public dans cet état. Il aura fallu la mort de ce premier dauphin en 1789 pour que Marie-Antoinette interroge enfin sa conception de la maternité.

 

* L'éducation des princes français de Louis XIII à Louis XVI, thèse soutenue en 2005 à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

 

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