29.10.2008
Nantes, le miroir insidieux
Depuis le 4 octobre dernier, le musée de château de Nantes abrite une exposition intitulée : Miroir, mon beau miroir... le pouvoir politique en images, hier et aujourd'hui.
Voici ce que nous en dit le site de la ville :
"Avec cette présentation qui démarre le jour anniversaire des 50 ans de la Ve République, le musée d'histoire de Nantes s'attache à renforcer son rôle de musée citoyen en conviant le public à décoder images et messages qui permettent de mieux comprendre la société d'aujourd'hui."
Oh, bien comme c'est sympathique, un musée citoyen qui nous apprend à voir les choses comme il faut, qui nous aide à comprendre la société d'aujourd'hui. C'est trop aimable !
Il est vrai, depuis son ouverture en 2007, le musée du château a déjà suscité la polémique. Après tout, c'est une méthode de communication qui a fait ses preuves et faire hurler quelques réac nantais en les titillant sur les noyades de Carrier, ça ne prête pas beaucoup à conséquence. C'est d'ailleurs tout le problème du réac, à force de jouer les Schtroumpfs grognons, on finit par ne plus l'écouter. Néanmoins, il faut bien avouer qu'il lève parfois des lièvres. L'exposition présente, par exemple, donne confirmation de pratiques scientifiques douteuses et d'une honnêteté intellectuelle laissée aux oubliettes. En effet, si l'idée première de l'exposition paraît séduisante -étudier la constitution des images du pouvoir selon les époques- son postulat de départ n'est pas tout à fait le même quand on arrive dans les salles. Ainsi, le questionnement du statut de l'image ne sera nullement platonicien mais parfaitement orienté : sous l'Ancien Régime, l'image du pouvoir est nécessairement mensongère, qu'en est-il quand on passe à la République ? On pourrait croire à une naïveté et ne pas s'y attarder plus que cela ; d'ailleurs, on est vite conquis par les développements, parfaitement pertinents et inspirés de Maurice Agulhon, sur les différentes figurations de Marianne au XIXe siècle. Pourtant, des erreurs, des raccourcis se glissent dans les notices et finissent par interroger notre bienveillance initiale.
Un tableau du musée Carnavalet, La fête de l'Unité et de l'indivisibilité de la République, représente une fête qui a eu lieu le 10 août 1793 sur notre actuelle place de la Concorde. La notice nous explique alors qu'il s'agit d'une commémoration de l'abolition des privilèges le "10 août 1789"(sic.). Tiens donc, la célèbre nuit du 4 août 1789 est pourtant bien mieux connue ! On connaît aussi d'ailleurs parfaitement bien la journée de la prise des Tuileries, le 10 août 1792. De ces deux événements, le second est moins consensuel que le premier, mais c'est pourtant la prise des Tuileries qui, au même titre que la prise de la Bastille, faisait les héros du moment. Il est donc tout à fait logique que la fête représentée commémore le premier anniversaire de la prise des Tuileries, comme on l'affirme généralement. Un peu plus loin, c'est cette fois une représentation de la prise de la Bastille qui est interprétée comme l'aspiration des Français à changer de régime. On admirera le caractère on ne peut moins téléologique de l'assertion. Pour un peu, en allant à Nantes, on pourrait se croire revenu aux bonnes vieilles polémiques du Bicentenaire, une vraie cure de jouvence !
On pourra regretter que le catalogue n'immortalise pas ces petites merveilles de mauvaise foi ou au contraire se réjouir qu'on l'ait confié, cette fois, aux historiens.
Etrangement, au musée de Nantes, il n'y a pas de livre d'or.
Pour ceux qui souhaitent s'entraîner à décrypter les messages cachés derrière le décryptage d'images, ils ont jusqu'au 4 janvier 2009.
Miroir, mon beau miroir... Le pouvoir politique en images, hier et aujourd'hui
Musée du château des ducs de Bretagne à Nantes
Plein tarif : 5 euros
Tarif réduit : 3 euros
23:39 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nantes, révolution, images
15.10.2008
L'empereur malgré lui
"A toute chose, malheur est bon" dit la sagesse populaire. Et si l'on parle du château de Lunéville, on doit bien lui donner raison.
Alors qu'il dépérissait aux mains de la municipalité, un incendie opportun est venu rappeler au monde qu'il existait toujours. A la faveur de l'intérêt médiatique, le conseil général de Meurthe-et-Moselle a fini par s'en porter acquéreur et s'occupe désormais, à côté des travaux, de le valoriser.
Le château de Lunéville a désormais vocation a accueillir des expositions de qualité. Jusqu'au 11 novembre prochain, c'est le duc François III qui est à l'honneur.
Nous l'avons déjà croisé dans les pages de ce blog.
François fait partie de ces gens à qui tout sourit. Né en 1708 dans la famille de Lorraine et en position intermédiaire, il n'est a priori pas appelé à régner sur le petit duché. Au fond, il n'y voit pas trop d'inconvénients ; il trouve bien assez à s'occuper sans cela. François sait bien qu'on ne vit qu'une fois et qu'il faut en profiter. Au cours de sa vie, il s'intéressera aux sciences, aux arts, aux femmes et aux placements financiers.
Seulement, on l'envoie étudier à la cour de Vienne. C'est toujours bon d'avoir des amitiés du côté de l'empire en cas de besoin. A Vienne, on l'aime bien, François, et Marie-Thérèse, la fille de l'empereur Charles VI, en pince un peu pour lui. Mais surtout, François perd bientôt ses frères aînés et là, on l'aime encore mieux à Vienne, parce qu'on ne cracherait pas sur la Lorraine si on pouvait la faire passer du côté Habsbourg. Le problème, c'est que la France aussi aimerait bien récupérer la Lorraine. François, lui, il s'en fiche : il n'est pas pressé de rentrer, il laisse les affaires à sa mère et attend de voir d'où vient le vent. Il finit par se marier avec Marie-Thérèse et il accepte, sans trop rechigner (contrairement à maman qui est dans tous ses états), un certain nombre de transactions diplomatiques : il laisse la Lorraine à Stanislas, en échange, on lui offre la Toscane. Comme il a envie de voyager et qu'il trouve que la Toscane c'est sympa et plus ensoleillé que la Lorraine, il dit banco.
Tout aurait pu s'arrêter là, mais on avait encore besoin de lui. Marie-Thérèse ayant succédé à son père avec bien du mal, elle comptait bien récupérer désormais le Saint Empire qui allait avec l'héritage. Le détail qui cloche, c'est que la couronne impériale est élective et qu'elle est réservée aux hommes : Marie-Thérèse demande donc tout naturellement à son François de se porter candidat. Comme il est très doué en transactions financières, il a réussi à faire gagner beaucoup d'argent à sa nouvelle famille, et tout cela c'est bien utile pour acheter les votes des grands électeurs. Du coup, François se retrouve empereur sans trop de difficultés et comme il n'a pas plus envie de régner sur l'empire que sur la Lorraine, il laisse les affaires à sa femme.
Aussi, si François est mort d'une crise cardiaque à Innsbruck en 1765, il est peu probable que le surmenage en soit responsable.
Exposition François de Lorraine, du duc à l'empereur, jusqu'au 11 novembre 2008.
Château de Lunéville
54300 Lunéville
Entrée gratuite.
Catalogue : 15 euros.
21:22 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lorraine, vienne, habsbourg



