20.03.2009
Quel avenir pour l'hôtel de Soubise ?
Le musée de l'Histoire de France : voilà un nom dont on a beaucoup parlé ces derniers temps. Les historiens ont polémiqué sur ses enjeux, les politiques et les experts en tous genres s'interrogent sur le lieu adéquat pour l'accueillir mais au milieu de cela, personne ne s'est interrogé sur l'avenir de l'actuel musée qui porte ce titre. Oh certes, il n'attire pas les foules, certes il ne prétend pas aux mêmes ambitions, mais ce petit musée se situe au coeur de l'un des joyaux de l'architecture parisienne : l'hôtel de Soubise dans le Marais (60 rue des Francs-Bourgeois).
Actuellement, il présente l'exposition Mémoire d'avenir, les archives nationales se racontent, 1808-2008. C'est une manière de commémorer le bicentenaire de l'installation des archives nationales dans ce même bâtiment. Si la notice de l'exposition mentionne bien le déménagement d'une partie de ces archives vers le nouveau site de Pierrefitte-sur-Seine, elle omet judicieusement de préciser que cette exposition est aussi un adieu.
En effet, quand cette exposition prendra fin le 15 juin prochain, le musée fermera vraisemblablement définitivement ses portes puisque plus aucune manifestation n'y est prévue (ni conférence, ni Lire en Fête qui a fait sa renommée auprès des Parisiens) mais surtout, plus aucun conservateur n'est nommé pour le prendre en charge.
On serait tenté de dire : quelle importance puisqu'il recevait peu de visiteurs et que le musée doit renaître sous une forme plus attractive ? C'est oublier que la mesure condamnera selon toute vraisemblance l'accès au bâtiment, un bâtiment emblématique du Marais, de l'histoire des arts décoratifs et de l'histoire de Paris. L'hôtel de Soubise est édifié au début du XVIIIe siècle pour la famille de Rohan, l'une des plus puissantes et des plus fortunées de France. Elle fait donc appel aux plus grands noms de l'architecture pour l'édifier : Pierre-Alexis Delamair dans un premier temps et surtout Germain Boffrand ensuite. L'hôtel est célèbre pour sa vaste cour en hémicycle bordée d'une colonnade, une oasis de calme au coeur du Marais. Cette architecture séduit tant qu'elle est reproduite, un peu plus au nord, pour le palais du Temple édifié pour le prince de Conti, un bâtiment aujourd'hui disparu. Tout au long du XVIIIe siècle, l'hôtel de Soubise et le palais du Temple sont les hauts lieux de la vie culturelle aristocratique parisienne ; les deux familles se trouvent en rivalité constante pour accueillir les meilleurs artistes dans tous les domaines. L'hôtel de Soubise abrite ainsi le Concert des amateurs (les frais en étant assumés par un groupe de mécènes) composé des plus grands musiciens et chanteurs de toute l'Europe. La tradition en était perpétuée de nos jours par les concerts de l'association Jeunes Talents.
Mais l'hôtel de Soubise, c'est plus que son architecture extérieure, c'est aussi les magnifiques boiseries de ses salons connus, en histoire de l'art, pour être le paradigme du style rocaille, des salons souvent mis à contribution par les équipes de cinéma. Ces dernières années, on y a notamment tourné des scènes du Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

Il était déjà regrettable auparavant que l'hôtel de Rohan, contigu à celui de Soubise, ne soit que rarement accessible. En effet, il conserve aussi de très belles boiseries anciennes et c'est en partie là que s'est jouée la célèbre affaire du Collier de la Reine. Destiné à accueillir les bureaux des conservateurs des archives nationales, il ne le sera définitivement plus. Peut-être est-il temps encore de sauvegarder l'accès à l'hôtel de Soubise ? On peut le souhaiter, mais cela n'ira certainement pas sans une véritable mobilisation des acteurs du patrimoine et de la culture. Or, si l'on a beaucoup parlé de l'hôtel Lambert de Thorigny et ce utilement semble-t-il, si l'on évoque aujourd'hui le cas de l'hôtel de la Marine sur la place de la Concorde, la mobilisation pour l'hôtel de Soubise paraît inexistante. Cette note n'est qu'une goutte d'eau, elle a besoin de vous pour circuler.
16:46 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : archives nationales, hôtel de soubise, marais, musée de l'histoire de france



Commentaires
Je suis ému par ce que je viens de lire. Je souhaite écrire un article pour notre blog (300 à 500 visites/jour), très connu dans le Marais. Je viens d'être nommé membre de la commission du secteur sauvegardé du Marais. A ce titre aussi, je me dois de réagir.
S'il y a de nouvelles informations, merci de me les communiquer.
GS
Ecrit par : Gérard Simonet | 20.03.2009
Je venais voir ton blog et te saluer
Ecrit par : pierre | 04.05.2009
Cette mesure s'inscrit dans la politique de destruction de tout le secteur des archives en France : suppression des Archives de France qui travaillent pour tout le réseau des services d'archives en France et à l'international, mais pas des services d'archives "autonomes des affaires Etrangères et de la défense qui ne travaillent que pour eux-mêmes, bâtiment minable à Pierrefitte pour les Archives nationales, alors que la BNF a eu le privilège d'être logée dans Paris intra muros.
La royauté avait préservé ses archives. la Révolution les avait honorées et organisée et placées au coeur du pays. Les services d'archives travaillent pour tous et sont un facteur d'économie ete de bonne gestion. Nous avons affaire à une société et à des gouvernants qui ne veulent ni archives ni mémoire : seule la propagande, les coups médiatique et le dépeçage de l'Etat au profit des copains du privé (pas plus efficaces et motivés par le fric et non l'intérêt public ....) les intéresse. Il doit y avoir un émir du pétrole qui a besoin de défoncer un bel hôtel particulier du XVIIIème (que les Archives nationales ont conservé et entretenu) pour y coller des salles de bains et des ascenseurs ....
La récente condamnation de l'hôpital de Toulon pour destruction de preuves et d'archives devrait nous alerter : quand il n'y a plus d'archives, les copains et les coquins prospèrent au détriment de leurs victimes.
Ecrit par : Sommie | 15.08.2009
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