23.03.2009

Histoire, théâtre, politique

Avec Gérard Noiriel, il ne faudrait jamais commencer parce qu'ensuite on ne peut plus s'arrêter, et ce n'est pas son dernier ouvrage qui va changer la donne : Histoire, théâtre, politique est paru chez Agone il y a quelques jours.

Conçu comme la suite de Les fils maudits de la République. L'avenir des intellectuels en France, ce dernier opus revient sur la manière dont, en France, le spectacle vivant et les sciences sociales se sont peu à peu autonomisés au point de devenir deux mondes parfaitement étrangers l'un à l'autre. Paradoxe : alors que Brecht est un des auteurs les plus appréciés du public français, on oublie le plus souvent que la célèbre Verfremdung (la distanciation) implique également une alliance étroite entre l'art et la science.

En analysant la situation française, Noiriel en vient à évaluer l'impact de la création du ministère de la Culture : du théâtre subventionné, c'est peu à peu l'aspect subversif du politique qui a été évacué au profit de la seule recherche esthétique. Sans condamner pour autant la recherche sur la forme, Noiriel regrette qu'elle occulte le fond. Il n'oublie pas pour autant les festivals "off" et évoque notamment le développement d'un théâtre identitaire encouragé par la gauche à partir des années 80. Toutefois, les seconds ne pouvant prétendre aux mêmes aides que les premiers (DRAC pour les uns/collectivités locales pour les autres), il en résulte une frustration, sans compter que le militantisme sur scène ne pourra avoir d'autres effets que de convaincre des convaincus.

 

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En définitive, alors que le spectacle vivant est la forme d'art la plus dynamique et la plus créative au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il s'est progressivement laissé enfermer dans la dépendance, supposée bienveillante, de l'Etat. Aujourd'hui, les acteurs du spectacle vivant ,dont le nombre n'a cessé de croître depuis Jack Lang, loin de réclamer leur liberté, en appellent au contraire au Président de la République. Nicolas Sarkozy en recevait d'ailleurs encore une délégation ce matin.

Ce résumé ne présente bien évidemment qu'une version très caricaturale de la pensée de Noiriel et je recommande donc vivement à tous ceux qui sont concernés ou simplement intéressés de le lire.

 

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Si la partie théorique, représentée par ce livre, ouvre utilement à nombre de réflexions, on pourra cependant se passer, pour le moment, de la partie pratique. La CNHI présentait en effet Chocolat samedi soir : cette conférence-performance de Gérard Noiriel avec le comédien Alain Aithnard est mise en scène par Jean-Yves Pénafiel. Le moins qu'on puisse dire c'est que n'a pas encore l'air de dialoguer beaucoup entre l'histoire et le théâtre. Noiriel présente une conférence sur les discriminations, une mauvaise conférence par rapport à ce qu'elle devrait être dans un contexte classique. En effet, l'historien ne parvient pas ici à imposer la nécessité de son discours qui, par conséquent, n'est pas entendu. Cela tient au fait que Noiriel est mal à l'aise, il ne sait pas quel est son rôle quand il est sur scène : est-il lui-même, joue-t-il aussi ? Des questions laissées en suspens par le metteur en scène qui craint, selon ses propres mots, de "désacraliser l'historien". Mais l'historien n'a pas besoin d'être sacralisé ! Son discours peut être respecté, trouver sa légitimité sans pour autant être sacralisé. De son côté, Noiriel est  lui-même trop respectueux du metteur en scène pour lui faire part de ses intuitions. Résultat : le tout ne tient pas ensemble. Alain Aithnard fait ce qu'il peut dans le rôle de Chocolat, le clown noir apparu à l'exposition universelle de 1889, mais on ne lui a dévolu que l'aspect presqu'exclusivement biographique. Dans ce cadre, les interventions de Noiriel deviennent pénibles, interrompant le jeu d'Aithnard elles se transforment en une sorte de commentaire en direct qui prend dès lors un aspect trop didactique. Dans une tentative désespérée pour lier le tout, le musicien Sacha Gattino est présent aux côtés de l'historien et du comédien, ça n'est pas suffisant pour faire un spectacle que les intervenants sont encore trop timides pour créer. Au final, on est content d'avoir découvert l'histoire de Chocolat mais on se dit qu'un bon livre sur le sujet aurait sans doute été aussi bien. Jean-Yves Pénafiel a expliqué, un peu embarrassé, qu'il ne s'agissait que d'une première étape mais si l'on veut réconcilier théâtre et histoire avant les cinquante prochaines années, il sera bon d'en griller plusieurs, des étapes.

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