10.04.2009
A qui sert le sentimentalisme royal ?
C'est toujours intéressant de regarder les thématiques de tête de gondole dans le rayon histoire des librairies. On aura eu la période Marie-Antoinette avec le film de Sofia Coppola, on aura eu la période Napoléon III, conditionnée par les envolées lyriques de Jacques Marseille dans les média, et on a maintenant la période guerres de Vendée autour de la parution au CERF d'un texte de Gracchus Babeuf : La guerre de Vendée et le système de dépopulation. Avec un avant-propos de Reynald Secher, historien médiocre dont la seule perspective est de faire reconnaître un "mémoricide" en ne reculant devant aucun raccourci tendancieux, on ne peut douter de la volonté de provocation. Dans le même temps, la découverte de charniers de la période au Mans permet de relancer opportunément un projet de loi, déposé en 2007, pour une reconnaissance du "génocide vendéen". S'il serait parfaitement stupide de nier la violence et l'horreur des affrontements de la période, violence d'ailleurs propre à chaque guerre civile, on peut cependant se demander à qui sert le nouveau battage autour de la question.
Pour cela, il faut peut-être souligner qu'il s'agit d'un phénomène se développant parallèlement à une exaltation du sentimentalisme royal sur le mode "Monarchy is so sexy". Ainsi, le livre de Patrick Weber, Vive les rois !, récemment paru chez Lattès, bénéficie d'une large couverture médiatique et se donne pour principe de montrer à quel point les monarchies sont super tendances et pas du tout réac. C'est un peu Point de vue, images du monde avec plus de pages et moins de photos. S'il serait là encore ridicule de penser que la France n'eût pas pu devenir un pays moderne en étant une monarchie constitutionnelle (on peut toutefois douter que l'expérience ait pu durer très longtemps avec un Louis XVI qui n'aurait, de toute façon, jamais voulu céder beaucoup de son pouvoir), il est tout de même bon de revenir à l'histoire spécifique de la France pour expliquer dans quelle mesure il y a danger à amalgamer les deux phénomènes évoqués.
En effet, alors que le sentimentalisme de midinette d'un Patrick Weber est totalement inoffensif et ne peut même plus se réclamer du royalisme, provocateur en son temps, d'un Thierry Ardisson, celui revendiqué par les Reynald Secher et consorts (quoiqu'il en dise, Jean-Christian Petitfils s'inscrit, par nombre de ses soutiens affichés, dans la même ligne) est bien plus inquiétant. Il nous suffira, pour le faire comprendre, de citer Gérard Noiriel (oui, j'avais prévenu que vous auriez aussi la phase Noiriel) :
"Comme nous l'avons vu, au XIXe siècle, chaque fois que la monarchie (ou l'empire) a été rétablie, la question nationale a subi une éclipse. Au cours des premières décennies de la IIIe République, les notables conservateurs ont ainsi été complètement discrédités au Parlement, parce qu'ils ne savaient pas parler le langage de la souveraineté du peuple. Les arguments qu'ils mobilisaient pour défendre leurs intérêts, ou leur honneur, étaient devenus obsolètes. Boulanger avait raté son coup. La République s'était imposée. Aristocrates ou pas, il fallait s'adapter, sauf à disparaître complètement de la vie publique." Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Hachette, Pluriel, 2009, p.235.
Bref, avec la IIIe République, le nationalisme devient une composante importante du royalisme, tandis que la défense du catholicisme incite souvent les royalistes, dans la continuité d'un anti-judaïsme traditionnel, à devenir antisémites et anti-dreyfusards. Ce ne sont pas là des idées foncièrement attachées à une forme de régime politique mais bien plutôt des idées propres à l'évolution du royalisme en France. De fait, beaucoup se retrouveront aujourd'hui dans les rangs du MPF et du Front National. On comprend tout l'intérêt pour ces derniers de faire oublier cette composante en la noyant dans de jolies bluettes sur les charmes des monarchies européennes. On comprend également tout l'intérêt de récupérer l'image de Louis XVI afin d'en faire un roi profondément réformateur, révolutionnaire avant la lettre, en butte à d'immondes personnages se réclamant des Lumières pour mieux se cramponner, en réalité, à leurs privilèges. On comprend de la même manière tout l'intérêt que peut trouver un chef d'Etat en difficulté à laisser se répandre de telles légendes : l'omniprésidence est nécessaire à la réforme et gare à ceux qui en douteraient car la révolution guette qui n'a rien de désirable sinon les horreurs de la guerre civile...
En attendant, à Strasbourg, le droit de manifester se fait plus rare depuis l'OTAN et les étudiants qui ont voulu tenter l'affaire le 8 avril en ont été pour leurs frais. La préfecture aurait interdit la manifestation parce qu'elle n'avait été annoncée que la veille, ce qui n'avait pas semblé poser problème jusque-là.
Strasbourg 08.04 reponse des crs à la volonté de manifester!
envoyé par strasbourgeois1
15:18 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : reynald secher, vendée, royalisme, patrick weber



Commentaires
Ardisson montre aussi que le royalisme peut-être post-moderne et compatible avec le monde des gars de la Narine (mais je ne crois pas que Lionnel Luca, premier signataire de la proposition de loi que vous évoquez soit vraiment un sentimental).
Ecrit par : Flivo | 11.04.2009
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