27.09.2009
Apocalypse démographique
Regarder les courbes d'audience ascendantes d'Apocalypse, la série documentaire de France 2 sur la Deuxième Guerre mondiale, ça fait peur et ça équivaut à un constat : l'inversion de la pyramide des âges, on est en plein dedans.
Des images d'archive rassurantes, de l'histoire bataille, une historiographie dépassée depuis quarante ans qui traduit encore pleinement les fantasmes de la Guerre froide et tout ça, ça plaît. C'est gentil en plus, on aura pris soin de coloriser les images pour que les enfants des écoles puissent mieux apprécier.
Au final, dans les lieux publics, les sonotones ne bruissent plus que de cela : "Ca c'est de la télévision comme on l'aime, ma bonne dame !"
Au secours ! Ils vont bientôt nous ressortir Decaux et nous clôner Castelot. On n'en est vraiment pas loin puisque, forte de ce succès, la chaîne a déjà commandé une suite ! Faudra-t-il donc organiser une troisième guerre mondiale pour fournir les images d'archive ?
Bref, on pourra dire ce que l'on veut des docu-fictions, s'offusquer du relativisme historique de leurs producteurs, mais je préfère de loin débattre d'un programme qui prend des risques, aussi discutables soient-ils, plutôt que de dormir devant de la pseudo-histoire insipide.
Malheureusement, démographie oblige, on pourrait bien subir cela de plus en plus souvent. Nombre de nos anciens aiment en effet orner leurs vieux jours de souvenirs idéalisés où ils se donnent l'impression d'avoir été des héros et imaginent pouvoir donner des leçons de civisme aux petits jeunes tout en votant UMP.
Même l'idée de révolution a pris un coup de vieux : Alain Badiou est archaïquement maoïste et ce que l'on nous présente comme hautement subversif, le Comité Invisible, est situationniste. Avec tout cela, on finit par occulter un fait : si révolution il y a, elle sera avant tout générationnelle et, relativement aux rapports de force, la lutte risque d'être bien plus âpre qu'en 68.
Alors que le chômage des jeunes explose partout en Europe, un sociologue espagnol expliquait il y a quelques jours sur Arte que, rassurés par l'idée de pouvoir retourner vivre chez leurs parents, la plupart d'entre eux sont prêts à accepter de travailler en étant sous-payés. Pensons-y donc bien : derrière le sympathique syndrome de Tanguy se cache une oppression qui ne dit pas son nom et risque bien de nous transformer en génération sacrifiée.
12:01 Publié dans Fatum | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : apocalypse, guerre mondiale, révolution



Commentaires
Cela est juste et bon, quoique je ne soie pas sûr que les images en noir et blanc n'aient pas été, en leur temps, utilisées pour repousser des événements récents dans un passé rassurant maîtrisé par Moviétone Fox ; d'accord aussi sur Badiou, mais le sociologue espagnol me fait songer à l'automne 1940, je suis allé voir le 27 septembre : une loi autorise à astreindre au travail forcé les travailleurs étrangers "en surnombre dans l'économie" et le recensement des juifs en zone occupée commence, il fait plutôt beau et les bombardements de l'aviation allemande sur l'Angleterre se poursuivent. Je ne sais pas pourquoi je pense à la guerre contre l'Iran.
Ecrit par : Flivo | 28.09.2009
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