11.08.2008
Dandysme à Granville
Au musée Carnavalet, certaines oeuvres sont manquantes. Un cartel indique un déplacement à l'occasion de l'exposition : Dandysmes, 1808-2008, de Barbey d'Aurevilly à Christian Dior. Un programme alléchant qui méritait bien un petit détour par le musée Christian Dior de Granville.
En fait de musée, il s'agit des Rhumbs, l'ancienne demeure de la famille Dior. Elle domine la mer et se cache, comme il se doit en Normandie, derrière des massifs d'hortensias. L'ensemble ne se visite qu'à l'occasion d'expositions temporaires.
Des panneaux dans les jardins retracent le parcours du grand couturier tandis que des présentoirs à parfums vous permettent d'humer les senteurs concoctées par la maison Dior.
A l'intérieur, les trois niveaux sont consacrés à l'exposition, une petite exposition. Si bien qu'on se rend assez rapidement compte que l'intitulé était trop ambitieux. On retrouvera bien le portrait de Barbey d'Aurevilly par Emile Lévy, celui de Montesquiou par Boldini et quelques colifichets de Barbey provenant du musée de Saint-Sauveur-le-Vicomte, mais les principales pièces sont issues des collections Dior. On pouvait s'en douter mais on aurait alors apprécié un énoncé plus clair. Si vous aimez Dior, vous ne bouderez cependant pas votre plaisir.
On regrettera plus sérieusement une muséographie très brouillonne. Le dandysme devient prétexte et il est souvent difficile de rattacher ce que l'on voit aux cartels, des panneaux explicatifs sont dissimulés par les oeuvres, les citations sont fautives et la syntaxe employée les rend incompréhensibles. Bref, rien ne vous permettra d'aborder le dandysme, ses développements, sa complexité et ce n'est pas le fascicule qu'on vous remettra à l'entrée qui y remédiera puisqu'il ne fait que lister les oeuvres présentées dans chaque pièce et paraît plutôt une excuse pour une muséographie défaillante. Dommage.
Dandysmes, 1808-2008, de Barbey d'Aurevilly à Christian Dior, Musée Christian Dior, villa les Rhumbs, rue d'Estouteville, Granville (50).
Exposition jusqu'au 21 septembre 2008.
20:58 Publié dans Dandysme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christian Dior, Barbey d'Aurevilly, Montesquiou
18.03.2008
Libertinage olfactif
11:23 Publié dans Dandysme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Parfums, Etat libre d'Orange
18.04.2007
Comité invisible
"CE QUE JE SUIS, alors ? Traversé depuis l'enfance de flux de lait, d'odeurs, d'histoires, de sons, d'affections, de comptines, de substances, de gestes, d'idées, d'impressions, de regards, de chants et de bouffe. Ce que je suis ? Lié de toutes parts à des lieux, des souffrances, des ancêtres, des amis, des amours, des événements, des langues, des souvenirs, à toutes sortes de choses qui, de toute évidence, ne sont pas moi. Tout ce qui m'attache au monde, tous les liens qui me constituent, toutes les forces qui me peuplent ne tissent pas une identité, comme on m'incite à la brandir, mais une existence, singulière, commune, vivante, et d'où émerge par endroits, par moments, cet être qui dit "je". Notre sentiment d'inconsistance n'est que l'effet de cette bête croyance dans la permanence du Moi, et du peu de soin que nous accordons à ce qui nous fait."
L'insurrection qui vient par le Comité invisible, Editions La fabrique.
23:00 Publié dans Dandysme | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : insurrection
07.01.2007
Opus francigenum
18:30 Publié dans Dandysme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23.03.2006
Du dandysme comme art de vivre (2)
Le renouveau du dandysme, dandysme décadent ?
Si l’on se limite à croire que le dandysme tient seul dans l’art de la parure et la culture du trublion, il est bien évidemment toujours d’actualité : il est copyrighté Flammarion et il s’incarne en qui prend la pose dans le salon médiatique ardissonien. Le dandysme lui-même subit alors la décadence. Or, il s’agit plutôt d’une certaine acception du terme qui ne doit pas occulter ce qu’est le véritable renouveau du dandysme qui, en poursuivant la valorisation esthétique de l’idée de décadence, s’inscrit dans la continuité du dandysme « historique ».
Quand, pour Baudelaire, la décadence du dandy s’alliait à la décadence de la littérature comme idéal de création (1), elle se conjugue avec une revalorisation de la décadence hystérique chez Bacon pour Gilles Deleuze (2).
Deleuze pourrait en effet apparaître comme le paradigme du dandy moderne. Au-delà de l’apparence qui a focalisé l’attention - le chapeau, les ongles longs - la quintessence du dandysme se réalise dans l’activité philosophique : parasitisme et gratuité sont autant de points communs entre dandysme et philosophie, et plus pertinents pour notre propos que la blancheur de la chemise de BHL. La philosophie agit comme grain de sable, à la manière du dandysme, dans le rouage de la douce assurance de l’homme. Elle vise un objet, le savoir, qu’elle ne cesse de remettre en cause et assume ainsi une position de questionnement perpétuel et d’insatisfaction fondamentale. Elle refuse le confort intellectuel, l’un de l’être, à l’instar du dandysme qui, dans un milieu où le confort bourgeois le lui autoriserait, refuse le pratique pour l’esthétique, le nécessaire pour le futile : « Give me the luxuries and I can dispense with the necessities » proclamait Oscar Wilde. Le dandy nouveau est donc philosophe et il s’apparente à une toile de Bacon. Deleuze souligne que l’hystérie qui s’en dégage est non-morbide, déconnectée de la névrose, elle se fait dessaisissement du « je ». On lui reproche son rejet des médiations, sa superficialité, mais c’est ce qui en fait sa positivité même. L’hystérie et le dandysme pensent la surface, s’ouvrent au plan d’immanence. Ce n’est pas une « simple superficialité mais l’exploration d’une superficie plus vaste » (3)
Par cette interprétation, Deleuze aborde bien un thème qui est dans l’air du temps, mais il le détourne de l’interprétation psychanalytique à la mode. Là encore, on reconnaît la posture du dandy : chantre d’un avant-gardisme paradoxal qui va parfois jusqu’à fleurer bon le démodé. Il va contre la modernité en prônant sa modernité ; on pense à Baudelaire saluant comme « peintre de la vie moderne » Constantin Guys boudé par ses contemporains.
Le dandysme au féminin est-il un non sens ? l’avenir du dandysme.
Le dandysme est protéiforme et c’est même ce qui lui permet de se perpétuer. Or, au regard de cette faculté, il est tout de même étrange qu’une image du dandysme n’ait pas été abordée, celle du dandysme au féminin. On relègue la femme du côté de la futilité et on sous-entend que l’art de la parure dont elle fait usage n’est jamais gratuit mais subordonné à la fin séductrice. Là encore, le contexte d’émergence du dandysme « historique » est à mettre en cause : en cette fin de XIXème siècle, la femme est la Séductrice, souvent castratrice cruelle, en témoigne le succès de la figure de Salomé, notamment abordée par Oscar Wilde. Dès lors le dandysme a fait bon ménage avec misogynie et homosexualité.
La femme élégante trouve son prolongement dans la femme fatale : elle est Gilda et quand bien même elle tente de traduire son devenir homme, pour reprendre une terminologie chère à Deleuze, elle ne sort jamais de ce schéma : elle devient alors Marlène Dietrich en haut de forme et queue de pie. Elle est au mieux actrice et la surface inquiétante qu’elle présente est « affectée du signe moins » (4), à l’opposé de celle du dandy, foncièrement positive.
Cependant, cette perception est avant tout masculine et, à y regarder de plus près, on dénichera des traces du dandysme au féminin chez Ioulia Tymochenko, cette économiste de formation est le premier ministre ukrainien issu de la Révolution Orange. Si sa renommée tient en partie à sa fonction, c’est avant tout son allure qui l’a fait connaître. Refusant, le code du tailleur classique rassurant, Tymochenko a adopté un style très personnel. Elle arbore des tenues mêlant tweed et dentelles, arpente le parlement ukrainien chaussée de talons aiguilles et a fait de ses cheveux tressés en couronne, coiffure inspirée des paysannes ukrainiennes, un véritable symbole, sujet de conjectures dans les conférences de presse.
Plus près de nous, on pense également à Amélie Nothomb, l’écrivain avoue ne pas s’intéresser à la mode mais ne manque plus d’être associée à ses chapeaux extravagants. Elle offre aux média son goût pour les fruits pourris, une initiation au théâtre no et assume parfaitement le grain de sable dandy en se définissant comme « systématiquement non systématique ».
Toutefois, échéances électorales et best-sellers se concilient peu avec le dandysme mais, si vous y êtes attentifs, ils sont là encore nombreux ceux et celles qui contribuent à faire du dandysme un mouvement et non une école.
(1) Notes nouvelles sur Poe
(2) Francis Bacon. Logique de la sensation
(3) LONG Olivier, "Immanence de l'hystérie" in Revue d'esthétique : Ce que l'art fait à la philosophie, le cas Deleuze, n° 45, 2004
(4) UBERSFELD Anne, Lire le théâtre, Belin, 1996
07:01 Publié dans Dandysme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.03.2006
Du dandysme comme art de vivre (1)
Article d'Aurore CHERY, paru dans le Bulletin de Clio Artiste, numéro de mai 2005, première partie.
Faire une place au dandysme au sein des études historiques n’est pas chose aisée parce qu’il s’agit de le circonscrire à des bornes temporelles, à des appartenances politiques. Est-ce bien là sa place ? A en croire Baudelaire, il y eut des dandys avant le dandysme « historique » et l’on peut espérer qu’il en reste aujourd’hui. Cet article tentera de se faire plus subtil en se contentant de suivre et de questionner, sans s’imposer, le polymorphisme de ce mouvement. Histoire d’un art de vivre qui mêle tous les arts.
Le dandysme « historique » est-il réactionnaire ?
Ses théoriciens les plus connus s’appellent Balzac, Baudelaire, Barbey d’Aurévilly et ses représentants Brummel, Wilde, Poe, mais les précurseurs apparaissent dès la fin du XVIIIème siècle, à mi-chemin entre Saint-Just et les Incroyables. Si Baudelaire nous évoque des dandys antiques, il semble plus évident d’allier la naissance de ce mouvement à l’émergence de l’individualisme car, si le dandysme est profondément protéiforme, il se caractérise fondamentalement par une aspiration à l’autocréation de valeurs. Le dandy revendique ses propres valeurs car il rejette les étiquettes, il refuse de se laisser saisir et dans ce but ne donne que la surface. On opposera que le dandy fréquente néanmoins toujours les salons et qu’il ne saurait donc être véritablement subversif, se contentant plutôt d’être un grain de sable dans les rouages d’un milieu qu’il ne transformera pas et qui l’intégrera toujours. C’est que le dandy est également lucide, en cultivant l’impassibilité, il condamne toutes les utopies ; il n’est donc jamais foncièrement révolutionnaire mais est-ce pour autant qu’il est réactionnaire ?
L’alliance du dandysme et de la réaction semble résulter des contingences dans lequel le mouvement est apparu. Les salons qu’ils fréquentaient étaient ceux d’une bourgeoisie positiviste issue de 1789, dans ce contexte, le grain de sable venait de la réaction et le maître à penser de Baudelaire se nomme Joseph de Maistre. Pour autant, il n’est pas nul et non avenu de voir en Robespierre et Saint-Just des précurseurs de ce mouvement, dans la mesure où l’exemple ne vaut que tant qu’ils ne sont pas au pouvoir. Les idées qu’ils professaient, alors en décalage avec la société qu’ils fréquentaient, s’accordaient avec une mode vestimentaire qui détonait elle aussi. De la même manière, le contexte britannique, qui ne se pose pas dans les mêmes termes, rapproche Wilde du socialisme.
De manière générale, le dandy incarne la décadence pour la société à laquelle il appartient, il s’en approprie les codes pour les vider de leur sens et non pas leur donner un autre sens. Il ne brise pas le lien logique mais ne garde que la structure pour sa beauté mathématique. Dans ce cadre, la mise en représentation est de l’ordre de la gratuité pure et n’est dictée par aucune fin de séduction. Les principaux contresens sur le dandysme viennent de là : présomption d’une singularisation vaine ou bien réduction à la futilité quand toute la profondeur est justement dans ce que le dandy donne à voir. L’être n’est que ce que je donne.
La canne est bien sûr l’emblème de ces gratuités qui enchantent le réel et en filigrane, sous le dandy, se dessinent les contours du surréaliste et de Charlot, versions poétique et burlesque du décalage avec la société.
En se flattant de la décadence - noire et cynique dans cette première phase - le dandy réaffirme également le droit à la contradiction. Je ne donne que ce que je veux et non pas ce que je devrais selon la logique de l’un de l’être que l’on m’assigne. Son essence demeure celle du grain de sable dans le rouage, il ne se définit que par rapport au/contre le rouage, quelque forme que celui-ci adopte.
Cependant, si le dandysme passe pour décadent, peut-il lui-même être victime de la décadence ? C’est ce que tendrait à accréditer une circonscription temporelle trop rigide de celui-ci.
A suivre...
07:00 Publié dans Dandysme | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note







