10.09.2009
Perles visuelles
Pour une rentrée en douceur, quelques perles collectées durant les pérégrinations de l'été :
En Loire Atlantique, le goût du rébus va très loin. On connaissait le traditionnel "Sam Suffit" pour baptiser sa maisonnette, ici on renouvèle le genre.

On notera la généreuse attention de la traduction pour les esprits lents.
Mais on trouve bien mieux sur les aires d'autoroutes autrichiennes. Entre la Suisse et Innsbruck, l'aire Trofana Tyrol se veut un véritable concentré d'esprit tyrolien. Oui, je sens que vous en rêvez déjà. Mais mieux que ses vaches miniatures, son jambon et ses chalets peints l'aire vaut surtout par son parking avec ses formidables Frauenparkplätze, comprendre ses places de parking pour femmes.
13:44 Publié dans Absurde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : rébus, femmes, handicap
12.08.2009
L'escorting, le rose en moins
Depuis la sortie de l'enquête d'Eva Clouet, La prostitution étudiante, on nous ressort le sujet périodiquement : un thème rêvé pour Mireille Dumas et ses disciples. Il est tellement plus plaisant de suivre une étudiante escort girl plutôt que la même, employée chez Mc Do. On fait mine de s'apitoyer et puis on se dit finalement que ce n'est pas une si mauvaise chose : mêler plaisir et argent facile, il y a tout de même pire comme situation ! D'autant qu'avec l'inversion de la pyramide des âges, cela pourrait être un bon compromis pour éviter les situations à la David Lurie, le professeur quinqua démangé par le démon de midi dans le Disgrâce de Coetzee.
Au fond, ce n'est plus tellement l'aspect moral qui dérangerait aujourd'hui mais plutôt le rapport strict à l'argent : travailler moins pour gagner plus, voilà qui n'est pas tout à fait dans l'air du temps, et surtout pas s'il s'agit de financer ainsi des lectures commentées de La Princesse de Clèves. Alors pour toutes ces raisons, on préfère renvoyer l'escorting à la vulgarité, se réclamer du féminisme pour le vouer aux gémonies.
Cela dit, en surprenant ces propos échangés entre deux jeunes femmes péroxydées dans le tgv, on peut bien se demander de quel côté se trouve la vulgarité :
"- Ce qui m'angoisse vraiment, c'est que je n'aime plus Cannes !
- Mais pourquoi tu n'irais pas sur la plage "Machin" ?
- Ah non, pas possible, c'est une plage publique. Non, je ne peux pas, c'est pas confortable, il faut prendre sa serviette.
(...)
- J'ai rencontré Jérémie à la soirée de la semaine dernière et il m'a plu tout de suite. Il a commencé à me parler de sa piscine bio et je me suis dit : Ca c'est un mec pour moi, un mec qui aime l'argent."
Aussi, on peut sans doute se réjouir de la manière dont Soderbergh traite le sujet dans The Girlfriend Experience. En confiant le premier rôle à Sasha Grey, actrice jusqu'ici plutôt connue pour ses performances dans des films X, il était d'autant plus difficile de ne pas succomber aux sirènes sulfureuses pour leur préférer un traitement tout en pudeur. Chelsea, la jeune escort du film, est une femme élégante qui évolue dans le New-York huppé. Sous sa froideur apparente, véritable femme d'affaires, elle croit encore néanmoins aux signes et à la possibilité de rencontrer l'amour fou. Loin d'idéaliser la situation, Soderbergh refuse toutefois le moralisme et les excès fantasmatiques : nul psychopathe mais pas de client type non plus ; le plus charmant jeune homme peut côtoyer le pire goujat.
20:09 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eva clouet, steven soderbergh, j.m. coetzee
04.08.2009
Versailles, fantasmes et cie
Versailles, en général ça vous vient tout petit. Pour ceux qui sont sensibles à ce genre de choses, c'est une des premières grandes émotions de la jeunesse. Après cela, il y a ceux que ça ne quitte plus : ils enchaînent Ecole du Louvre, Ecole des Chartes et INP pour finalement se retrouver, au terme de ce dur labeur, en poste au musée de l'horlogerie de Saint-Nicolas d'Aliermont. Bien entendu, il ne faudrait pas oublier un certain nombre d'autres qui ont échoué au concours et rumineront leur frustration tout au long de leur vie.
Mais il est également possible qu'on finisse par se lasser, le premier émoi de la jeunesse passé. Quand, une quinzaine d'années plus tard, vous avez subi la Société des Amis de Versailles, les mêmes anecdotes constamment répétées et surtout quand l'euphémisme du couteau de Toto (on change la lame, on change le manche mais que reste-t-il du premier couteau à la fin ?) ne fonctionne plus et que vous trouvez absurdes les querelles infinies sur les questions de conservations et les expos Jeff Koons alors là, votre plus grand plaisir, ce n'est plus le château mais plutôt de voir renaître la lueur de l'émerveillement dans l'oeil de ceux que vous aimez et que vous y emmenez. En bref, l'architecture c'est bien mais l'humain, c'est mieux.
Et pour l'humain, Versailles est un formidable terrain. Il suffit d'élargir un peu le champ pour revenir à la passion initiale, les films des frères Podalydès en sont un très bon exemple. Cela dit, je ne sais si c'est lassitude là aussi mais le dernier opus de la trilogie versaillaise, Bancs publics, m'a paru nettement moins bon que les précédents. Il faut dire que le côté "brochette de tout le cinéma français" me déplaît, ça m'ennuie généralement de voir des têtes connues, je préfère découvrir de nouvelles personnalités.
Mais la littérature revient aussi périodiquement à Versailles. En février dernier, notamment, Adrien Goetz nous a donné une Intrigue à Versailles chez Grasset. Supposé être un roman policier à clés, les clés comme l'intrigue sont un peu grosses, on y voit surtout un plaidoyer amusant contre les dernières restaurations et on sourit du portrait au vitriol des personnalités versaillaises ou plus largement du monde de la culture. Ce n'est pas tant que les personnages soient parfois trop atteints pour être crédibles, non, bien au contraire, ce sont de magnifiques exemples de vrais barges tels que seul Versailles sait en produire. Si, si, des conservateurs du patrimoine élevés à Versailles qui pensent sérieusement, en suivant le marquis de la Franquerie, que le Russes vont envahir la France dans les prochaines années et jettent du sel pour se préserver de l'Antéchrist quand ils croient l'avoir reconnu, ça existe. Ok, Versailles est le lieu rêvé pour accueillir toutes les théories du complot possibles mais nous exhumer le complot janséniste, pitié ! Certes, on ne peut pas dire que les jansénistes aient été les champions de l'absolutisme et on peut parfaitement comprendre qu'ils aient trouvé inadmissibles que le roi puisse intervenir dans la relation entre Dieu et ses sujets mais de là à nous recycler toutes les absurdités qui ont fait florès avec les francs-maçons... D'ailleurs, tout y passe, même les mythes sur les Templiers. Bah oui, figurez-vous que Louis-Adrien Le Paige, janséniste bien connu, était bailli du Temple avant la Révolution, ce qui nous vaut cette remarque croustillante d'un personnage :
"Pourquoi croyez-vous que Le Paige, qui était avocat au Parlement de Paris et aurait dû habiter un joli hôtel particulier à la mode, avait voulu loger au Temple à l'ombre d'un donjon sinistre ? Vous ne pensez pas que les Templiers et les jansénistes, c'est un peu la même histoire ?"
Enfin, moi, je sais pas, mais quand vous avez votre ami le prince de Conti qui vous propose un hôtel particulier tout confort dans son enclos, loisirs de qualité à volonté et le tout exonéré d'impôts, c'est plutôt si vous ne voulez pas résider au Temple qu'il y a un problème.
Bref, l'intrigue sent surtout son mauvais Da Vinci Code, c'est dire. On peut espérer que c'était un pastiche intentionnel de la part d'Adrien Goetz mais le problème, c'est que l'éditeur, lui, le prend et le vend au premier degré. Enfin, à défaut d'intrigue, pour une lecture de vacances, on pourra toujours garder Versailles.
12:14 Publié dans Absurde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bruno podalydès, adrien goetz






