30.03.2009
L'échec annoncé d'une inauguration : la médiathèque Sayad de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration
Au moment de l'ouverture de la CNHI en 2007, son inauguration avait été reportée au motif que tous les espaces n'étaient pas encore accessibles. En effet, la médiathèque Abdelmalek Sayad n'était pas encore achevée. C'est aujourd'hui chose faite et l'inauguration devenait inévitable.
11h30 : Xavier Darcos, Eric Besson, Christine Albanel et Valérie Pécresse sont attendus à la Cité pour la fameuse inauguration. On a sorti les petits-fours et les mignardises, les portiques de sécurité et les CRS.
En arrivant au métro Porte Dorée, des agents de la RATP vous invitent à emprunter la sortie la plus éloignée du musée, les barrière et les manifestants qui commencent à arriver en rendent l'accès difficile : impossible de passer sans invitation.
A l'intérieur, on se presse dans le forum, l'ancienne salle des fêtes du Palais de la Porte Dorée. Ce n'est pas vraiment l'affluence des grands jours. Est-ce une manière de marquer son opposition ou bien le nombre d'invitations a-t-il été restreint ? Néanmoins, une rumeur se fait bientôt entendre. Darcos et Besson sortent de la médiathèque, Albanel et Pécresse ont renoncé, question d'emploi du temps paraît-il. Suivis d'une cohorte de journalistes, ils sont également vivement interpellés par des invités qui entendaient bien faire entendre la voix des manifestants. Quand Jacques Toubon, président de la Cité, tente de prendre la parole, il est immédiatement apostrophé et ne peut pas ignorer le tumulte qui enfle. Il se lance alors dans un discours pathétique dans lequel il reproche aux manifestants de ne pas avoir visité le musée et de bafouer les valeurs républicaines, ainsi que le travail de recherche et de dialogue effectué au sein de la Cité. Il s'enferre, en perd presque la voix. Darcos l'incite à passer rapidement au discours officiel mais il ne veut pas lâcher le morceau.
Du côté de la sécurité, on ne sait trop que faire : évacuer des invités sous les caméras des journalistes, ça fait un peu désordre. Néanmoins, alors que le vacarme ne semble pas devoir cesser, on évacue violemment un manifestant. Toubon essaye toujours d'en appeler au respect des ministres : Eric Besson est copieusement hué et déclenche une raffale de "Ministère de la honte". La situation est bloquée, les ministres se retirent, on évacue encore quelques manifestants parmi les plus virulents. Dans la salle, c'est la consternation. Certains sont proprement horrifiés que l'on ait pu porter atteinte au sacro-saint pince-fesses et applaudissent Toubon à tout rompre, d'autres tout aussi nombreux, se refusent à toute manifestation d'approbation de la manière dont l'affaire a été réglée (au fond, ce qui se dit tout bas c'est qu'ils l'ont bien cherché).
Malgré un moment de flottement, en l'absence des ministres et de Toubon, tout le monde finit par se diriger vers le buffet. Il faut toutefois un peu plus de temps à certains pour retrouver l'appétit. On rit jaune ou on joue les vierges effarouchées. Entre deux macarons, les manifestants scandent à nouveau des "On est solidaires des sans-papiers" ou des "Sayad tu nous manques". Puis le service de sécurité a soudain l'idée lumineuse de prendre note de l'identité des trouble-fête qui sortent ostensiblement leur carte d'identité en criant des slogans hostiles aux contrôles d'identité qui visent les sans-papiers. La chose faite, ils sont évacués dans le calme, suivis par les journalistes qui recueillent leurs propos à la sortie.
14:45 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cnhi, médiathèque sayad, xavier darcos, éric besson
26.03.2009
Folies coloniales. Algérie, années 30
Nous nous demandions dernièrement, en lisant Gérard Noiriel, comment réconcilier les sciences sociales et le théâtre. Folies coloniales. Algérie, années 30 est une des réponses possibles. La forme est peut-être sans grande surprise mais elle a le mérite de se montrer efficace. Pas d'historien sur scène cette fois, mais une volonté de mettre en scène les archives. Le texte est en effet exclusivement composé de discours officiels, d'extraits de manuels scolaires, de paroles historiques, de compte-rendus de manifestations sportives, de poèmes de circonstance.
La difficulté consiste toutefois à ne pas lasser par ce flot de paroles allant dans le même sens, il s'agit en effet de faire entendre le "politiquement correct" de l'époque. Si l'on sent certes une inflexion entre les discours de 1830, au moment de la conquête de l'Algérie, et ceux du centenaire, soucieux de mettre en avant la "mission civilisatrice" de la France, la première partie démarre lentement : les textes s'insérant dans des tableaux somme toute assez convenus. C'est donc la musique qui vient réveiller la mise en scène, les airs d'opérette rendant leur côté corrosif à des textes qui risqueraient autrement de glisser, sur la longueur, dans la banalité d'un lointain historique.
Le spectacle se joue jusqu'au 28 mars à la Grande Halle de la Villette. Il est mis en scène par Dominique Lurcel, ancien professeur de lettres au Lycée Autogéré de Paris qui a par ailleurs fait ses premières armes au théâtre avec Armand Gatti.
Avec Amélie Amphoux, Céline Bothorel, Philippe Catoire, Samuel Churin, Mathieu Desfemmes, Sylvie Laporte, Guillaume Ledun, Magali Montoya, Françoise Thyrion, Guillaume van't Hoff.
10:00 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : algérie, dominique lurcel
23.03.2009
Histoire, théâtre, politique
Avec Gérard Noiriel, il ne faudrait jamais commencer parce qu'ensuite on ne peut plus s'arrêter, et ce n'est pas son dernier ouvrage qui va changer la donne : Histoire, théâtre, politique est paru chez Agone il y a quelques jours.
Conçu comme la suite de Les fils maudits de la République. L'avenir des intellectuels en France, ce dernier opus revient sur la manière dont, en France, le spectacle vivant et les sciences sociales se sont peu à peu autonomisés au point de devenir deux mondes parfaitement étrangers l'un à l'autre. Paradoxe : alors que Brecht est un des auteurs les plus appréciés du public français, on oublie le plus souvent que la célèbre Verfremdung (la distanciation) implique également une alliance étroite entre l'art et la science.
En analysant la situation française, Noiriel en vient à évaluer l'impact de la création du ministère de la Culture : du théâtre subventionné, c'est peu à peu l'aspect subversif du politique qui a été évacué au profit de la seule recherche esthétique. Sans condamner pour autant la recherche sur la forme, Noiriel regrette qu'elle occulte le fond. Il n'oublie pas pour autant les festivals "off" et évoque notamment le développement d'un théâtre identitaire encouragé par la gauche à partir des années 80. Toutefois, les seconds ne pouvant prétendre aux mêmes aides que les premiers (DRAC pour les uns/collectivités locales pour les autres), il en résulte une frustration, sans compter que le militantisme sur scène ne pourra avoir d'autres effets que de convaincre des convaincus.
En définitive, alors que le spectacle vivant est la forme d'art la plus dynamique et la plus créative au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il s'est progressivement laissé enfermer dans la dépendance, supposée bienveillante, de l'Etat. Aujourd'hui, les acteurs du spectacle vivant ,dont le nombre n'a cessé de croître depuis Jack Lang, loin de réclamer leur liberté, en appellent au contraire au Président de la République. Nicolas Sarkozy en recevait d'ailleurs encore une délégation ce matin.
Ce résumé ne présente bien évidemment qu'une version très caricaturale de la pensée de Noiriel et je recommande donc vivement à tous ceux qui sont concernés ou simplement intéressés de le lire.
Si la partie théorique, représentée par ce livre, ouvre utilement à nombre de réflexions, on pourra cependant se passer, pour le moment, de la partie pratique. La CNHI présentait en effet Chocolat samedi soir : cette conférence-performance de Gérard Noiriel avec le comédien Alain Aithnard est mise en scène par Jean-Yves Pénafiel. Le moins qu'on puisse dire c'est que n'a pas encore l'air de dialoguer beaucoup entre l'histoire et le théâtre. Noiriel présente une conférence sur les discriminations, une mauvaise conférence par rapport à ce qu'elle devrait être dans un contexte classique. En effet, l'historien ne parvient pas ici à imposer la nécessité de son discours qui, par conséquent, n'est pas entendu. Cela tient au fait que Noiriel est mal à l'aise, il ne sait pas quel est son rôle quand il est sur scène : est-il lui-même, joue-t-il aussi ? Des questions laissées en suspens par le metteur en scène qui craint, selon ses propres mots, de "désacraliser l'historien". Mais l'historien n'a pas besoin d'être sacralisé ! Son discours peut être respecté, trouver sa légitimité sans pour autant être sacralisé. De son côté, Noiriel est lui-même trop respectueux du metteur en scène pour lui faire part de ses intuitions. Résultat : le tout ne tient pas ensemble. Alain Aithnard fait ce qu'il peut dans le rôle de Chocolat, le clown noir apparu à l'exposition universelle de 1889, mais on ne lui a dévolu que l'aspect presqu'exclusivement biographique. Dans ce cadre, les interventions de Noiriel deviennent pénibles, interrompant le jeu d'Aithnard elles se transforment en une sorte de commentaire en direct qui prend dès lors un aspect trop didactique. Dans une tentative désespérée pour lier le tout, le musicien Sacha Gattino est présent aux côtés de l'historien et du comédien, ça n'est pas suffisant pour faire un spectacle que les intervenants sont encore trop timides pour créer. Au final, on est content d'avoir découvert l'histoire de Chocolat mais on se dit qu'un bon livre sur le sujet aurait sans doute été aussi bien. Jean-Yves Pénafiel a expliqué, un peu embarrassé, qu'il ne s'agissait que d'une première étape mais si l'on veut réconcilier théâtre et histoire avant les cinquante prochaines années, il sera bon d'en griller plusieurs, des étapes.
19:44 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gérard noiriel, spectacle vivant, chocolat





