28.06.2009
En passant par la Suisse
Oui, oui, je sais. Non mais où qu'elle est partie Eurydice ? Ca s'agite pas beaucoup en ce moment ! Eh bien comme d'habitude, c'est la bougeotte des beaux jours et c'est la flemme du clavier.
Toujours est-il que je prévois néanmoins depuis un petit moment de vous parler de la Suisse. Pourquoi la Suisse ? Pourquoi pas ? Les raisons ne manquent pas en fait. D'une part, il y a La Révolution française pour les nuls par Alain-Jacques Czouz-Tornare, un des derniers opus de la collection. Czouz-Tornare est notamment l'auteur d'une thèse remarquée sur "Les troupes suisses capitulées et les relations franco-helvétiques à la fin du xviiie siècle" et l'on nous a expliqué en son temps que c'est le fait d'être suisse qui lui avait valu de se voir confier le volume sur la Révolution. Il faudrait y voir un gage d'objectivité. Moui... en même temps, dans la mesure où tout son parcours universitaire s'est déroulé en France, on ne voit pas trop ce que ça change.
Remarquez, on nous avait déjà fait le coup il y a vingt ans avec Jean-François Balmer en Louis XVI. Depuis, il a enchaîné les rôles de grands personnages de l'histoire de France (Racine, Apollinaire, Sacha Guitry, Baudelaire, François Mitterrand, un Napoléon coupé au montage et, paraît-il, Georges Pompidou prochainement). Au final, alors que sort enfin le DVD de La Révolution française par Robert Enrico et Richard Heffron, beaucoup ont oublié que Balmer est suisse.
Un traversée de la Suisse, c'est croiser bien souvent les campagnes de l'UDC, bien loin d'êtres moins virulentes depuis le scandale du mouton noir ; c'est allumer la radio et entendre parler des combats de reines du Valais, des combats de vaches en fait. Il s'agirait d'une tradition qui s'appuie sur la combativité naturelle des vaches de la race d'Hérens. A la radio toujours, un banquier vous explique que la fin du secret bancaire n'aura aucune incidence sur l'économie suisse puisque les gens auront toujours tout intérêt à placer leur argent dans un pays stable depuis 150 ans. En Suisse, les femmes n'ont eu le droit de vote qu'en 1971.
Mais bien sûr, une simple traversée de la Suisse, c'est un peu court, alors si l'on connaît déjà par coeur l'oeuvre d'Albert Cohen, on peut aussi se plonger dans la lecture de Jean-Luc Benoziglio : Le Feu au lac ou Louis Capet, suite et fin pour apprendre qu'une fondue peut être plus redoutable que toutes les révolutions du monde.
16:54 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alain-jacques czouz-tornare, jean-françois balmer, jean-luc benoziglio
11.04.2009
La princesse de Clèves au RMI
Sept ans après Les intellos précaires, Anne et Marine Rambach reviennent avec Les nouveaux intellos précaires, Stock, 2009. Entre les deux ? Il ne s'est strictement rien passé, ce serait même plutôt pire. En effet, le premier opus a fait long feu et n'a débouché sur aucune véritable organisation ou mobilisation, les syndicats eux-mêmes s'avouent dépassés par ces problématiques qu'ils connaissent mal. La diminution du nombre de postes à l'agrégation a même contribué à mettre en difficulté les normaliens en sciences humaines qui, pour certains d'entre eux, en sont à vouloir se faire engager comme croque-morts.
Il est vrai, pour le grand public, les intellos souffrent d'un problème d'image : ils font ce qu'ils veulent, ils ne vont pas encore se plaindre ! On ne peut pas nier que l'attractivité de ces métiers a également contribué à attirer un grand nombre de personnes qui étaient loin d'avoir les qualités requises mais il ne faut pas se faire d'illusions, ceux-là ne pourront pas se maintenir bien longtemps dans un milieu aussi concurrentiel. On nous objectera encore la réalité du marché du travail, que l'intellectuel est un parasite parce qu'il n'a aucune utilité sociale. Ce qui est inquiétant c'est que cette idée va même être colportée par les principaux concernés, si ça n'est pas du masochisme ! A ce propos, on trouvera des réflexions bien plus intéressantes dans les lettres adressées par Michel Houellebecq à Bernard-Henri Lévy (pour les réfractaires du BHL, on peut très bien se contenter de lire les lettres de Houellebecq). Houellebecq pense en effet que la France est destinée à devenir le grand musée du monde. Eh oui ! Mine de rien, en France, l'intello c'est aussi un folklore qui attire le touriste, et pas seulement à Saint-Germain-des-Prés. Alors quand de l'industrie au design, tout part à l'étranger, la nécessité économique consiste aussi à bichonner la culture. Le problème, c'est vrai, c'est que l'intello est aussi souvent contestataire et comme on n'a pas encore réussi à le tenir en bride avec un régime similaire à celui des intermittents du spectacle, on essaye de le réduire au silence d'une autre manière. C'est très mignon les lectures de La princesse de Clèves, ça a donné l'occasion à des centaines de personnes de le découvrir, mais je suis loin d'être certaine que ce genre d'actions pose le problème dans les bons termes. La contestation paraît d'autant plus caricaturale que ces même personnes présentent ce texte comme fondamental et essentiel alors même qu'elles n'auraient pas dénié le regarder auparavant. Dans ce grand élan, on va jusqu'à réhabiliter l'adaptation réalisée par ce grand cinéaste pompier devant l'éternel qu'était Jean Delannoy. Ah oui, elle l'aura hanté La princesse de Clèves : entre deux lectures publiques du texte, un courageux pourra sans doute aller rechecher l'intertextualité dans l'oeuvre complète de Delannoy. Allez, je vous aide, on a déjà un magnifique copier-coller dans son Marie-Antoinette. La scène du renoncement à Fersen est devenue un grand classique, amplement repris par la suite, dont on ignore la plupart du temps qu'il est directement issu de Madame de La Fayette.
12:44 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : rambach, clèves, houellebecq, jean delannoy
10.04.2009
A qui sert le sentimentalisme royal ?
C'est toujours intéressant de regarder les thématiques de tête de gondole dans le rayon histoire des librairies. On aura eu la période Marie-Antoinette avec le film de Sofia Coppola, on aura eu la période Napoléon III, conditionnée par les envolées lyriques de Jacques Marseille dans les média, et on a maintenant la période guerres de Vendée autour de la parution au CERF d'un texte de Gracchus Babeuf : La guerre de Vendée et le système de dépopulation. Avec un avant-propos de Reynald Secher, historien médiocre dont la seule perspective est de faire reconnaître un "mémoricide" en ne reculant devant aucun raccourci tendancieux, on ne peut douter de la volonté de provocation. Dans le même temps, la découverte de charniers de la période au Mans permet de relancer opportunément un projet de loi, déposé en 2007, pour une reconnaissance du "génocide vendéen". S'il serait parfaitement stupide de nier la violence et l'horreur des affrontements de la période, violence d'ailleurs propre à chaque guerre civile, on peut cependant se demander à qui sert le nouveau battage autour de la question.
Pour cela, il faut peut-être souligner qu'il s'agit d'un phénomène se développant parallèlement à une exaltation du sentimentalisme royal sur le mode "Monarchy is so sexy". Ainsi, le livre de Patrick Weber, Vive les rois !, récemment paru chez Lattès, bénéficie d'une large couverture médiatique et se donne pour principe de montrer à quel point les monarchies sont super tendances et pas du tout réac. C'est un peu Point de vue, images du monde avec plus de pages et moins de photos. S'il serait là encore ridicule de penser que la France n'eût pas pu devenir un pays moderne en étant une monarchie constitutionnelle (on peut toutefois douter que l'expérience ait pu durer très longtemps avec un Louis XVI qui n'aurait, de toute façon, jamais voulu céder beaucoup de son pouvoir), il est tout de même bon de revenir à l'histoire spécifique de la France pour expliquer dans quelle mesure il y a danger à amalgamer les deux phénomènes évoqués.
En effet, alors que le sentimentalisme de midinette d'un Patrick Weber est totalement inoffensif et ne peut même plus se réclamer du royalisme, provocateur en son temps, d'un Thierry Ardisson, celui revendiqué par les Reynald Secher et consorts (quoiqu'il en dise, Jean-Christian Petitfils s'inscrit, par nombre de ses soutiens affichés, dans la même ligne) est bien plus inquiétant. Il nous suffira, pour le faire comprendre, de citer Gérard Noiriel (oui, j'avais prévenu que vous auriez aussi la phase Noiriel) :
"Comme nous l'avons vu, au XIXe siècle, chaque fois que la monarchie (ou l'empire) a été rétablie, la question nationale a subi une éclipse. Au cours des premières décennies de la IIIe République, les notables conservateurs ont ainsi été complètement discrédités au Parlement, parce qu'ils ne savaient pas parler le langage de la souveraineté du peuple. Les arguments qu'ils mobilisaient pour défendre leurs intérêts, ou leur honneur, étaient devenus obsolètes. Boulanger avait raté son coup. La République s'était imposée. Aristocrates ou pas, il fallait s'adapter, sauf à disparaître complètement de la vie publique." Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Hachette, Pluriel, 2009, p.235.
Bref, avec la IIIe République, le nationalisme devient une composante importante du royalisme, tandis que la défense du catholicisme incite souvent les royalistes, dans la continuité d'un anti-judaïsme traditionnel, à devenir antisémites et anti-dreyfusards. Ce ne sont pas là des idées foncièrement attachées à une forme de régime politique mais bien plutôt des idées propres à l'évolution du royalisme en France. De fait, beaucoup se retrouveront aujourd'hui dans les rangs du MPF et du Front National. On comprend tout l'intérêt pour ces derniers de faire oublier cette composante en la noyant dans de jolies bluettes sur les charmes des monarchies européennes. On comprend également tout l'intérêt de récupérer l'image de Louis XVI afin d'en faire un roi profondément réformateur, révolutionnaire avant la lettre, en butte à d'immondes personnages se réclamant des Lumières pour mieux se cramponner, en réalité, à leurs privilèges. On comprend de la même manière tout l'intérêt que peut trouver un chef d'Etat en difficulté à laisser se répandre de telles légendes : l'omniprésidence est nécessaire à la réforme et gare à ceux qui en douteraient car la révolution guette qui n'a rien de désirable sinon les horreurs de la guerre civile...
En attendant, à Strasbourg, le droit de manifester se fait plus rare depuis l'OTAN et les étudiants qui ont voulu tenter l'affaire le 8 avril en ont été pour leurs frais. La préfecture aurait interdit la manifestation parce qu'elle n'avait été annoncée que la veille, ce qui n'avait pas semblé poser problème jusque-là.
Strasbourg 08.04 reponse des crs à la volonté de manifester!
envoyé par strasbourgeois1
15:18 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : reynald secher, vendée, royalisme, patrick weber




