03.04.2009
OTAN pour moi
Ah qu'elle était fine mon idée d’aller à Strasbourg le 1er et le 2 avril ! Juste avant le sommet de l’OTAN, on peut pas mieux tomber ! Remarquez, il y a pire, on peut aussi y aller en plein sommet : Strasbourg, ville morte. On ne parle que de ça en ville. Il y a ceux qui s’empressent de fuir avant la fermeture des gares et ceux qui n’auront d’autre choix que de se terrer chez eux. A ma décharge, tout s’est fait au dernier moment. Quel sale coup, on vérifie les jours et les horaires d’ouverture des musées, on réserve bien en avance ses billets de train et vingt-huit chefs d’Etat s’invitent dans votre dos mettant les services de sécurité internationaux sur les dents. Résultat : musées ouverts au compte-goûte quand ils ne sont pas fermés pour la semaine, tente de décontamination qui occupe toute la place Gutenberg et chemins balisés dans le centre ville. Pas moyen de faire dix pas sans croiser des CRS. D’ailleurs, la couleur est annoncée dès la gare de l’Est : destination Strasbourg c’est contrôle obligatoire sur le quai !
Au TNS, pas mieux : fermeture obligatoire du 2 au 5 avril. On aura eu chaud pour la représentation de La Cagnotte le 1er avril. Le Dieu du théâtre existe, ce jour-là il était avec moi et ce n’était pas un poisson d’avril. Et La Cagnotte par Julie Brochen, ça vous dédommage de tous les sommets de l’OTAN, ça devrait même pouvoir réconcilier avec Labiche tous les traumatisés de la version soporifique et insipide récemment diffusée sur France 2. Julie Brochen retrouve avec un plaisir non dissimulé la mise en scène et les principaux comédiens de la version de 1994. Le mieux est de la laisser parler :
« Le texte est incroyablement riche. C’est de la littérature, et poétique de surcroît, qui m’évoque l’univers de Buster Keaton. Dans le premier acte, les personnages sont à table en train de jouer aux cartes, et c’est tout. Et il faut tenir ça. Le premier acte était justement le plus dur à trouver. On s’est ensuite cassé les dents sur le dernier acte, tellement abstrait ! Puis, quand on commence à entrevoir les rouages de la mécanique infernale contenue dans le texte, on joue avec des rythmes qui sont aussi écrits. On se sent remontés comme des mécaniques… quelque chose nous prend au corps. »
Ses propos sont extraits du programme et on pourra passer sur les passages moins inspirés, notamment quand elle s’extasie sur l’ « analyse féroce et très drôle de la France et du caractère français » ou quand elle se lance dans la digression historique : « La défaite de Sedan a différé de 70 ans la promesse de la Révolution française. Il a fallu attendre la IIIe République. » La Commune, on comprendrait, la IIIe République, c'est plus discutable. Tout dépend à quelles promesses on pense.
Bon évidemment, depuis 1994, il y a tout de même quelques changements, de nouveaux visages, Antoine Gouy… Oui, je vous vois venir : elle va pas encore nous faire une note avec Antoine Gouy, ça devient une obsession sur ce blog ! Oui, mais c'est comme ça, c'est une phase comme vous aurez la phase Noiriel. Et puis, vous verrez dans quelques années si on n’en parlera pas. Ils sont plusieurs à le suivre attentivement depuis ses premières armes au conservatoire. Ses qualités tiennent finalement en peu de mots : il est aussi à l’aise dans le jeu que dans le chant tout en faisant ce qu’il veut de son corps, un comédien accompli pourrait-on dire. Il joint à cela une grande finesse d’analyse, probablement liée à son ouverture d’esprit et à sa curiosité naturelle, et travaille avec un enthousiasme d’autant plus grand qu’il le fait toujours par plaisir. Dans le rôle de Sylvain, il transforme le final de La Cagnotte en véritable feu d’artifice. Comme il a un cerveau et qu’il sait s’en servir, il est probable que ce ne sont pas le cinéma ou la télévision qui lui procureront ses meilleurs rôles, le théâtre offre encore (pour combien de temps ?) un véritable espace de liberté dans lequel il peut sincèrement s’épanouir. Mais on pourrait aussi noter le sadisme exquis de François Genty ou la Léonida très lyrique de Marie Desgranges. Ce serait donc dommage de se priver de cette superbe Cagnotte qui, en outre, n'oublie pas les intermèdes musicaux.
La Cagnotte, Théâtre National de Strasbourg, Hall Kablé, jusqu'au 13 mai 2009
Mise en scène de Julie Brochen, avec Christophe Bouisse, Marie Desgranges, Pierre Diot, Bernard Gabay, Flavien Gaudon, François Genty, Antoine Gouy, Vincent Leterme, Gildas Milin, Natacha Mircovich, Jean-Michel Portal, Jean-Christophe Quenon, Philippe Thibault.
12:18 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : otan, strasbourg, julie brochen, la cagnotte, tns
30.03.2009
L'échec annoncé d'une inauguration : la médiathèque Sayad de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration
Au moment de l'ouverture de la CNHI en 2007, son inauguration avait été reportée au motif que tous les espaces n'étaient pas encore accessibles. En effet, la médiathèque Abdelmalek Sayad n'était pas encore achevée. C'est aujourd'hui chose faite et l'inauguration devenait inévitable.
11h30 : Xavier Darcos, Eric Besson, Christine Albanel et Valérie Pécresse sont attendus à la Cité pour la fameuse inauguration. On a sorti les petits-fours et les mignardises, les portiques de sécurité et les CRS.
En arrivant au métro Porte Dorée, des agents de la RATP vous invitent à emprunter la sortie la plus éloignée du musée, les barrière et les manifestants qui commencent à arriver en rendent l'accès difficile : impossible de passer sans invitation.
A l'intérieur, on se presse dans le forum, l'ancienne salle des fêtes du Palais de la Porte Dorée. Ce n'est pas vraiment l'affluence des grands jours. Est-ce une manière de marquer son opposition ou bien le nombre d'invitations a-t-il été restreint ? Néanmoins, une rumeur se fait bientôt entendre. Darcos et Besson sortent de la médiathèque, Albanel et Pécresse ont renoncé, question d'emploi du temps paraît-il. Suivis d'une cohorte de journalistes, ils sont également vivement interpellés par des invités qui entendaient bien faire entendre la voix des manifestants. Quand Jacques Toubon, président de la Cité, tente de prendre la parole, il est immédiatement apostrophé et ne peut pas ignorer le tumulte qui enfle. Il se lance alors dans un discours pathétique dans lequel il reproche aux manifestants de ne pas avoir visité le musée et de bafouer les valeurs républicaines, ainsi que le travail de recherche et de dialogue effectué au sein de la Cité. Il s'enferre, en perd presque la voix. Darcos l'incite à passer rapidement au discours officiel mais il ne veut pas lâcher le morceau.
Du côté de la sécurité, on ne sait trop que faire : évacuer des invités sous les caméras des journalistes, ça fait un peu désordre. Néanmoins, alors que le vacarme ne semble pas devoir cesser, on évacue violemment un manifestant. Toubon essaye toujours d'en appeler au respect des ministres : Eric Besson est copieusement hué et déclenche une raffale de "Ministère de la honte". La situation est bloquée, les ministres se retirent, on évacue encore quelques manifestants parmi les plus virulents. Dans la salle, c'est la consternation. Certains sont proprement horrifiés que l'on ait pu porter atteinte au sacro-saint pince-fesses et applaudissent Toubon à tout rompre, d'autres tout aussi nombreux, se refusent à toute manifestation d'approbation de la manière dont l'affaire a été réglée (au fond, ce qui se dit tout bas c'est qu'ils l'ont bien cherché).
Malgré un moment de flottement, en l'absence des ministres et de Toubon, tout le monde finit par se diriger vers le buffet. Il faut toutefois un peu plus de temps à certains pour retrouver l'appétit. On rit jaune ou on joue les vierges effarouchées. Entre deux macarons, les manifestants scandent à nouveau des "On est solidaires des sans-papiers" ou des "Sayad tu nous manques". Puis le service de sécurité a soudain l'idée lumineuse de prendre note de l'identité des trouble-fête qui sortent ostensiblement leur carte d'identité en criant des slogans hostiles aux contrôles d'identité qui visent les sans-papiers. La chose faite, ils sont évacués dans le calme, suivis par les journalistes qui recueillent leurs propos à la sortie.
14:45 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cnhi, médiathèque sayad, xavier darcos, éric besson
26.03.2009
Folies coloniales. Algérie, années 30
Nous nous demandions dernièrement, en lisant Gérard Noiriel, comment réconcilier les sciences sociales et le théâtre. Folies coloniales. Algérie, années 30 est une des réponses possibles. La forme est peut-être sans grande surprise mais elle a le mérite de se montrer efficace. Pas d'historien sur scène cette fois, mais une volonté de mettre en scène les archives. Le texte est en effet exclusivement composé de discours officiels, d'extraits de manuels scolaires, de paroles historiques, de compte-rendus de manifestations sportives, de poèmes de circonstance.
La difficulté consiste toutefois à ne pas lasser par ce flot de paroles allant dans le même sens, il s'agit en effet de faire entendre le "politiquement correct" de l'époque. Si l'on sent certes une inflexion entre les discours de 1830, au moment de la conquête de l'Algérie, et ceux du centenaire, soucieux de mettre en avant la "mission civilisatrice" de la France, la première partie démarre lentement : les textes s'insérant dans des tableaux somme toute assez convenus. C'est donc la musique qui vient réveiller la mise en scène, les airs d'opérette rendant leur côté corrosif à des textes qui risqueraient autrement de glisser, sur la longueur, dans la banalité d'un lointain historique.
Le spectacle se joue jusqu'au 28 mars à la Grande Halle de la Villette. Il est mis en scène par Dominique Lurcel, ancien professeur de lettres au Lycée Autogéré de Paris qui a par ailleurs fait ses premières armes au théâtre avec Armand Gatti.
Avec Amélie Amphoux, Céline Bothorel, Philippe Catoire, Samuel Churin, Mathieu Desfemmes, Sylvie Laporte, Guillaume Ledun, Magali Montoya, Françoise Thyrion, Guillaume van't Hoff.
10:00 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : algérie, dominique lurcel




