03.08.2009

Des vertus éducatives des alertes google

Bon certes, dans mon adolescence, je n'ai eu aucune phase métal, reggae, hip hop ou que sais-je encore mais mon indécrottable esprit de contradiction ne m'a pas pour autant fermée à la musique de ces cinquante dernières années. Est-ce parce que je chante du baroque qu'on a peur de m'ennuyer en parlant musique ? A vrai dire, une culture classique, jazz avec une pointe de Dylan me permet d'apprécier pas mal de choses... Quand je proteste, ce n'est pas par politesse mais parce qu'on m'abandonne à la situation pathétique de confier mon éducation musicale à la bande son du supermarché du coin pendant mes courses hebdomadaires. Je sais, c'est odieux, ça fait venir les larmes.

Heureusement, pour me remettre, je me fais une petite séance d'exploration de Deezer et j'ai parfois de bonnes surprises comme le jour où j'ai découvert les Blaireaux et leurs moustaches à la Nietzsche.

 

 

Mais pour les vacances, ce sont aussi les alertes google qui ont eu pitié de moi. Sur Louis XVI, c'est rarement follichon : on enregistre une suractivité autour du 14 juillet mais ensuite, ce sont surtout des comptes-rendus de ventes aux enchères et des allusions à notre président préféré. On peut les faire défiler sans grand enthousiasme, sauf que, sans elles, je n'aurais probablement pas pensé à aller explorer les productions musicales de Jason Schwartzman sous le nom de Coconut Records. What a pity ! Pour en savoir plus,  le mieux est encore d'aller consulter cette note très informée.


 

Comme quoi, contre l'idéal de l'artiste maudit, on peut parfaitement avoir été bercé par toutes les bonnes fées d'Hollywood et faire de très bonnes choses. Et sur le tournage de Marie-Antoinette, les petits Français auront certainement préféré l'après-midi musical avec Jason à la séquence shopping and giggling dans le Marais avec Sofia et Kirsten. Quant à moi, si je dois reconnaître que les réalisateurs me gâtent en ce moment, j'aimerais bien ne pas attendre de savoir si le Louis XVI de Binisti sera ou non musicien pour faire d'autres découvertes musicales.

02.03.2008

LE concert de Théodore

Il est des moments où il faut bénir le spam.
Certes, je ne cherche pas spécialement à augmenter la taille de mon pénis et je n'ai pas non plus la moindre envie d'aller ouvrir un compte pour l'orpheline d'un diplomate africain. Je me passerais bien, d'autre part, des invitations de la cousine du frère de Bidule qui a un ami de son concierge qui fait du théâtre amateur, mais il faut bien convenir que parfois, de rares foi, quand on suit le lien mentionné dans le message, on se dit qu'on n'a pas complètement perdu sa journée. 
 
C'est exactement ce qui s'est passé avec Théodore. Le virus est parfait, dès les premières notes de piano, j'étais certaine d'aller plus loin. Il suffisait d'enchaîner avec Chanson jouet et le poisson était ferré. Le 1er mars, au Connétable, j'y serais. 
 
Dans une petite cave sombre, Théodore surgit d'un film de Tim Burton en redingote, haut de forme et mitaines blanches. Il installe son univers entre Isaac Asimov, Higelin et Philip Glass.
Malheureusement, pour l'instant Théodore ne donne qu'un concert par an : merci donc le spam ! 
 

 
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Mais avec Théodore, quand on croit que c'est fini, ça n'est jamais vraiment le cas. Quittant son habit d'Edward aux mains d'argent, il se transforme en pianiste de Patrice Mercier. Univers un peu moins fantastique mais tout aussi délirant, surtout quand il chante Les Epaves devant les piliers de bar locaux, il en perd les paroles. 
 
Il a un air familier, ce Patrice Mercier... Et pourtant, il n'était même pas mentionné dans le spam, c'est dire que je ne risquais pas de l'avoir croisé. Alors où ? Impossible d'avoir la moindre idée avant de penser à dimanche. La Chanson du dimanche est en vacances mais il reste Action discrète. Euréka ! Patrice Mercier ! Action Discrète ! bon sang mais c'est bien sûr ! Il fait partie du groupe d'Action discrète ! Celui qui parvient à se faire passer pour un groupe de militants CGT pour les photographes de La Croix, celui qui envahit la Fête de l'Huma ou les bureaux du 118 218 !
 
Une soirée pleine de surprises au Connétable.

16.01.2008

Moi je pense comme Grégoire

Qui se souvient encore de Grétry ? Il faut bien le dire, pas grand monde. Il n'a pas laissé d'oeuvres majeures, ses opéras sont peu représentés et peu enregistrés et ne le seraient même probablement pas du tout si André-Ernest-Modeste, de son petit nom, n'avait eu la bonne idée de naître à Liège. Les compositeurs belges ne sont pas si nombreux. 
 
Grétry a cependant laissé des mémoires dans lesquels il donne une aperçu musical de la Révolution française. Il a d'ailleurs traversé la Révolution sans trop de difficultés grâce à ses merveilleuses facultés d'adaptation. Après avoir chanté la gloire de Louis XVI et de Necker dans La Jeunesse de Pierre le Grand, après avoir été l'auteur malgré lui de l'un des plus célèbres airs royalistes : "O Richard, O mon Roi" extrait de son Richard Coeur de Lion, Grétry a composé des opéras aussi inoubliables que La Rosière républicaine, Joseph Barra ou Denys le Tyran.
 
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Cependant, se passer de Grétry, c'est un peu manquer l'ancêtre d'Offenbach. Les mièvreries sont rarement à prendre au premier degré, notamment quand Antonio, au début de Richard, chante : "La danse n'est pas ce que j'aime mais c'est la fille à Nicolas". Non, il faut goûter au moins une fois dans sa vie au : "Moi je pense comme Grégoire, j'aime mieux boire." ou au : "Et zic et zic et zoc / Et fric et fric et froc, / Quand les boeufs vont deux à deux, / Le labourage en va mieux."
 
Tchaïkovski ne s'y est pas trompé qui cite Grétry dans sa Dame de Pique en y intégrant l'air de Laurette "Je crains de lui parler la nuit", toujours extrait de Richard.
 
 
 
 
 
 

04.12.2007

Ritournelle dominicale

Ils aiment le vélib et Bertrand Cantat, ils aiment s'asseoir sur le trottoir autour d'une guitare et d'un clavier.

Il y avait Le Jour du Seigneur et il y a maintenant La Chanson du dimanche

Renouant avec la tradition des chansonniers des rues, Alexandre Marchand et Olivier Castagnetti ont peu à peu fait leur trou sur la toile abordant tantôt les grèves (Petit cheminot), Rachida Dati (Nicolas et Rachida) ou encore le pouvoir d'achat (Super pouvoir d'achat). 

 

 
Ce qui fait leur succès : une bonne dose d'humour, des mélodies entraînantes, quelques gimmicks et surtout une grande part d'improvisation.  
 
http://www.myspace.com/lachansondudimanche

07.11.2007

Khodorkovski victime de Facebook

Non, vous ne trouverez rien chez Aurélien. Son blog est tombé sous les lâches coups d'un puissant ennemi nommé Facebook. Tandis, qu'en première page s'exhibent encore fièrement les portraits de la Panaf et de Villepin, Khodorkovski se contentera de la musique, mais c'est ce qu'Aurélien pouvait lui donner de meilleur.
 
En ce 29 octobre, c'est d'abord une ritournelle bien creuse qui résonna dans la salle Adyar. La moderne disputatio  droit-de-l'hommiste de Moïra Guilmart, adjointe au Maire de Paris, et de Pierre Lellouche ressemblait à un avatar fantômatique de son ancêtre humaniste. Mais il nous fallait la sainte Trinité : Glucksmann vint clore le débat, en tant qu'ami de la regrettée Anna Politkovskaya. C'est probablement pour saluer sa mémoire, pour honorer ce symbole de la liberté de la presse, que ce grand révolutionnaire s'est fait le soutien indéfectible de notre Sarkoléon. 
Pierre Lellouche s'éclipsa pour cause de vote du budget, les deux autres lui emboîtèrent le pas. J'ignorais qu'ils fussent députés aussi.  
 
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Mais venons-en aux faits : le programme concocté par Aurélien Pontier était bien évidemment russe et les interprètes, à la hauteur de son propre talent (Marc Coppey au violoncelle, Alexandra Grot à la flûte, Liana Gourdjia au violon).
 
Peu de concerts m'ont procuré une telle émotion et les mots seront vains pour la retranscrire parfaitement, aussi contentons-nous d'évoquer l'omoplate de Liana Gourdjia. "Chostakovitch, sors de ce corps !" Cette jeune femme est si complètement habitée par la musique qu'elle interprète qu'elle en deviendrait contorsionniste. Le Trio n°2 opus 67 de Chostakovitch et le mouvement d'omoplate de Liana Gourdjia et je ne réponds plus de rien. Le mouvement d'omoplate de Liana Gourdjia comme un autre battement d'aile du papillon.
 
 

23.09.2007

Un air de folies

Pour cause de rénovation de l'Opéra royal, le Centre de musique baroque de Versailles fête, cette saison, ses vingt ans hors les murs.
C'est presque tant mieux pour l'Air de folies que proposait Béatrice Massin ce samedi au théâtre Montansier. Dégagée de la pesanteur des ors de Gabriel, la folia, ce thème qui traverse l'histoire de la musique depuis le XVème siècle et qui inspirait le spectacle, avait ainsi un peu plus de chance de nous rappeler ses origines populaires. 
 
Nul autre décor que le plateau nu et noir du théâtre sur lequel prennent place, côté jardin, une joueuse de luth et un gambiste. Entre bientôt le chanteur qui allume les chandelles en interprétant quelque air de cour. L'arrivée des danseurs annonce le leitmotiv, les folies d'Espagne de Marin Marais, leur chorégraphie par Feuillet. Les folies de Marais éveillent doucement le spectateur aux différents caractères de la danse puis, peu à peu, ce sont les airs qui lui emboîtent le pas. Soudainement, ils rappellent plus volontiers Rabelais que Racine, les grandes journées Louis XIV regardent vers le passé.
Et la machine s'emballe, les chorégraphies de Massin prennent le relais : les pas sont baroque, la forme générale plus contemporaine, la pastorale frôle parfois le hip hop.
 
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Les corps se mêlent et s'entremêlent, portée par la dive bouteille, la danse retrouve ses racines folkloriques.  
Mais pas plus que dans l'Astrée de Rohmer, rien de grossier, jamais. Rien d'autre que le souffle de l'humanité retraçant, bien mieux que Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, la vérité d'un certain XVIIème siècle. 
 
A deux pas du classicisme vert des jardins de Le Nôtre, l'un des plus beaux spécimens de perle irrégulière s'est révélé.  

01.01.2007

Carmen

Faire du chant son métier c'est aussi bien danser sur un fil. C'est accepter de se conserver fragile, de mener une vie de vestale au service de la préservation d'une dernière petite flamme de pureté. Celle qui fera que vous serez toujours accessible à l'émotion nécessaire pour trouver le vibrato naturel. 
C'est aussi accepter d'être constamment menacé par cette petite flamme ; d'être à ce point torturé par elle dans votre corps entier qu'on en devient paralysé, que la mâchoire en perd sa souplesse, que le ventre est flasque, que la note devient laide et que les cordes vocales fatiguent. 
 
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C'est donc aussi souvent renoncer à la passion pour lui préférer un plaisir régressif : apprendre, désapprendre, réapprendre les gestes élémentaires, les réflexes vitaux. C'est étudier la prononciation d'une multitude de langues dans le but de se jouer toujours mieux des résonateurs. C'est pratiquer l'onanisme ventriloque du bel canto. 
 
C'est prendre des risques pour étendre son répertoire en sachant éviter d'être trop gourmand : avoir la lucidité de reconnaître son impuissance face à un rôle avant l'apparition du fatal nodule.
 
Passez une excellente année 2007 égarés par le chant des sirènes.  
 

27.06.2006

Musique et grégarité

Prenez une petite salle, installez-y un public et une troupe de théâtre, vous obtenez une expérience de Grotowsky, faites de même avec la musique classique, vous obtenez une formation de chambre dans un salon.

Le théâtre, en effet, a besoin d'un decorum pour s'embourgeoiser : il lui faut un public relativement nombreux qui puisse pavoiser sur fond rouge, pour l'héritage du XIXème siècle, ou sur fond noir pour celui du XXème.

La musique, en revanche, et du moment que la qualité des instruments et des interprètes est au rendez-vous, peut se contenter d'un salon défraîchi, à mi-chemin entre le tout bois à l'anglaise et les conseils d'Art et décoration dans les années 70 ; cela suffira pour que le tout respire la bonne compagnie, l'entre-soi. 

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Les salons subsistant à Paris s'inscrivent dans la droite ligne de celui des Verdurin : on y croise des artistes en quête de mécènes pour les soulager de leur job alimentaire, des notables balzaciens, des cathos très susceptibles, des publicitaires sans scrupule. Salon des Verdurin donc car aucune véritable rencontre n'y est possible ; le salon se résume à une collection de clichés. Il faudrait sans doute gratter un peu mais l'essence du salon consiste justement à créer cette grégarité stérile des "gens bien", imposant à l'art sa servitude.

Samedi, j'entendais du Liszt et du Chopin dans un appartement quasi nu, j'étais seule face au piano à queue, un ami me jouait des extraits de son récent récital. L'émotion alors était complète. Le lendemain, j'entendais en petit comité une autre amie interprétant Mozart et Schubert au sein d'un trio, impossible de renouer avec le sentiment de la veille, et ce n'était certainement pas l'interprétation qui péchait. Non, simplement il y a toujours cette pesanteur de ceux qui sont fiers de montrer aux ignares là où il faut applaudir, de ceux qui ont peur de rater le coche, de ceux qui sont perdus dans le programme mais qui rougiraient de le laisser paraître, de ceux qui entraînent de force toute la famille alors que certains s'y ennuient profondément, de ceux qui ont mal aux fesses sur les chaises en bois, de ceux enfin qui se retiennent de tousser. Bref, toute une retenue collective qui fait envisager comme un soulagement la fin du morceau. Peut-on vraiment apprécier la musique dans ces conditions ?

L'attitude du public de l'opéra au XVIIIème siècle était-elle finalement si irrespectueuse que cela ?