25.02.2009

Etrange revue de presse

Les temps sont troublés, on ne sait plus trop où on est ni où on va, et ça se voit.

Dans ma précédente note, j'avais volontairement occulté la polémique qui avait précédé la diffusion du téléfilm L'Evasion de Louis XVI. Commencée près de deux mois auparavant, elle avait gagné peu à peu en importance sur le net. De quoi s'agit-il ? D'une lettre ouverte émanant de certains membres du CERMTRI (Centre d'Etudes et de Recherches sur les Mouvements Trotskystes et Révolutionnaires). Elle avait le mérite de poser des questionnements intéressants et nécessaires mais souffrait de ne s'appuyer que sur les quelques lignes d'accroche du dossier de presse. Dans ces circonstances, elle promettait surtout de réveiller les bonnes vieilles polémiques qui avaient fait les heureux jours de la presse au moment du Bicentenaire de la Révolution française. Eh oui ! 20 ans déjà ! Et les enfants à qui l'on faisait planter des arbres de la liberté dans la cour des écoles ont grandi, cette génération à laquelle j'appartiens...

Dans les faits, il suffira d'une rapide revue de presse pour se rendre compte que non, 2009 n'est pas 1989. Alors que la crise économique laisse redouter à certains une crise sociale, que d'autres attendent dans les DOM le grand soir et que la paranoïa autour de l'"ultra gauche" n'est pas finie, les lignes se brouillent, les points de repères se perdent. Les polémiques d'autrefois sont rejetées à un temps où la seule action tenait dans les mots, où les lézardes s'agrandissant dans le mur de Berlin devaient être le nouvel horizon de toute révolution. En 1989, on pouvait sincèrement croire à la fin de l'histoire. En 2009, la France sauve les apparences en colmatant grossièrement les brèches. Vous avez dit "rupture" ? Circulez, y a rien à voir... Louis XVI aura sa place, à côté de Guy Môquet, dans le nouveau mythe national écrit par Max Gallo. Reprenez donc une cuillerée d'identité nationale ! Et les royalistes tombent dans le panneau et en profitent pour remonter au créneau avec le "génocide vendéen" ! On lira de-ci, de-là que l'on nous montre enfin les "choses en vérité". Je crois tout de même utile de rappeler à ceux qui semblent avoir oublié pourquoi ils se réunissent pour manger de la galette le 21 janvier, que Louis XVI est bien mort et que, par conséquent et ce, quel que soit le propos, il sera bien difficile de présenter autre chose qu'une interprétation de Louis XVI, fût-elle de qualité.

 

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Mais revenons au propos, la revue de presse. Le premier étonnement provient certainement de la critique de Libération, "Louis XVI, le désarroi de Varennes", signée par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts. On aurait pu l'attendre très virulente, elle n'est que très gentiment ironique : "Si le téléfilm pousse un peu dans sa vision attendrie de la famille royale opposée à des révolutionnaires sales comme des peignes et assoiffés de sang bleu, il présente aussi Louis XVI sous un nouveau jour, moins neuneu que le cliché, moins poussah monomaniaque de la serrure." Loin de la polémique évoquée, la conclusion regrette simplement le traitement d'un nouvel épisode appartenant à l'histoire moderne. Faudrait peut-être tout bonnement dire à Libé que non, il n'y a pas que des contemporanéistes et que les jeunes modernistes, ça existe.

Quant au Nouvel Observateur en ligne, il se contente de relayer une dépêche AFP qui ne fait évidemment aucun écho au traitement particulier de l'épisode.

Plus d'ambivalence dans Télérama où la critique de Samuel Douhaire précise : "raconté essentiellement du point de vue de Louis XVI, le film donne une image du roi guillotiné que nombre d'historiens de la Révolution française trouveront exagérément positive". Elle s'accompagne d'un article du même Samuel Douhaire et de François Ekchajzer, "Quelle Histoire ?", posant la classique question du traitement de l'histoire à la télévision.

Sur l'Express.fr, le lapsus de Marion Festraëts est assez révélateur. Elle rebaptise en effet le téléfilm en Fuite de Louis XVI, gommant ainsi l'aspect polémique de celui de Sélignac

Il est indéniable que le téléfilm bénéficie de la présence d'Antoine Gouy dont l'interprétation allège le propos et dont l'image, plutôt marquée "théâtre public", contribue à le tempérer.

Mais n'oublions pas Le Figaro ! Non, non, ils n'auront pas demandé à Jean-Christian Petitfils de s'y coller cette fois-ci. C'est donc Jean-Michel Maire qui nous parle d'un "surprenant Louis XVI" qui n'oublie pas non plus de préciser que "certains pourront le trouver pour le moins contre-révolutionnaire tant il met en valeur les qualités du roi, minimise ses erreurs et présente le bon peuple sous des dehors pas franchement sympathiques..."  Le Figaro demeure en conséquence un peu perdu entre l'ancienne image de Louis XVI offerte par la droite, une droite qui stigmatisait les erreurs d'un roi faible et donc incompétent, et l'image de droite renouvelée : il est toujours faible mais c'est au service du progressisme. Ceux qui auront pu écouter Jean-Christian Petitfils, sur France Inter hier, auront peut-être noté qu'il avait mis un peu d'eau dans son vin. On soulignera un manque notoire dans la bibliographie mentionnée, c'est évidemment la biographie de Joël Félix sortie chez Payot en 2006. Parce qu'elle a été saluée par Jean-Clément Martin et qu'elle est l'oeuvre d'un ancien de l'EHESS, certains la disent à gauche. Le fait est qu'en présentant un Louis XVI qui n'est pas faible et qui réagit en véritable chef d'Etat avec ce que cela implique de compromissions, elle ne correspond pas aux schémas décrits ci-dessus. La volonté de l'ignorer ici pour lui préférer celle de Bernard Vincent montre que, probablement, ce n'est pas là une image porteuse de Louis XVI actuellement. Mais c'est aussi ce qui lui vaut d'avoir ma préférence.

14.02.2009

Louis XVI devient bobo

Vous avez déjà entendu parler d'une oeuvre de fiction dans laquelle Louis XVI était le personnage principal ? Cherchez bien ! A ma connaissance, il n'y en a pas. Il faut dire que, spontanément, comme ça, dans le genre anti-héros, c'est encore pire que Julien Sorel même si c'est la même fin.

Et pourtant, on néglige trop souvent le potentiel de séduction bobo de Louis XVI. Après tout, lui aussi a résidé dans le IIIe arrondissement de Paris, juste à côté de la rue de Bretagne, comme tout bon bobo qui se respecte. Bref, il aura fallu la sortie de la bio de Petitfils en 2005, un succès de librairie, pour qu'on prenne toute la mesure de ce potentiel. C'est donc aujourd'hui naturellement la fiction qui s'en empare avec Arnaud Sélignac, réalisateur d'une Evasion de Louis XVI, diffusée sur France 2 le 24 février prochain dans le cadre de la série "Ce jour-là, tout a changé".

Le château de Fontainebleau en proposait une avant-première et, en résumé : historiquement, c'est à droite (succès oblige, c'est Petitfils qui a servi de conseiller historique) et visuellement, avec les clins d'oeil à Chéreau, c'est à gauche. Quand je vous disais que c'était tout à fait bobo !


 

Dans le détail, on sort enfin Louis XVI de la naphtaline ! Ouf, il était temps ! C'est Louis XVI, (interprété par Antoine Gouy) le mouvement en plus, Louis XVI avec quelque chose entre les jambes, un homme, un vrai, quoi ! Un Louis XVI avec des idées, avec son sens de l'humour, un peu hâbleur même parfois... Bon c'est aussi le Louis XVI de Petitfils, un Louis XVI parfois très idéalisé (et pour que ce soit moi qui le dise !) parce que bon Louis XVI qui se réclame de la pure philanthropie quand il vient en aide aux Américains, faut pas charrier ! Rien que pour la com, vu le prix que ça a coûté, vaudrait mieux que ce soit pas par simple charité chrétienne et qu'il y entre aussi un peu de Realpolitik. Mais c'est ça, à pas vouloir présenter Louis XVI en "sale type", on le montre un peu concon ! De la même manière, c'est un Louis XVI un peu vite rallié à l'idée d'une monarchie constitutionnelle. Faudrait voir qu'on part quand même de la déclaration du 23 juin 89 et qu'après ça, il y a un peu de pragmatisme et de lucidité et que la Constitution n'est donc pas une aspiration tout à fait spontanée.

Le pragmatisme et la lucidité, c'est justement tout ce qui semble échapper à Marie-Antoinette (Estelle Skornik). Voilà qui va faire hurler les fans ! En effet, tout comme dans le Marie-Antoinette d'Alain Brunard, c'est la thèse d'une politique différente menée, chacun de leur côté, par le roi et la reine  (seule partisane d'un appel aux troupes étrangères) qui est retenue. Elle trouve son origine dans les écrits, assez controversés, des Girault de Coursac et est reprise par Petitfils. Depuis un bon moment, Jean-François Kahn s'en est fait le vulgarisateur et même si je la partage moi-même, je tiens à préciser qu'elle n'est pas la thèse officiellement défendue par le Modem. Il me semble également juste de préciser qu'elle est encore loin de faire l'unanimité et, si elle paraît désormais être plébiscitée par la fiction, c'est aussi qu'elle apparaît plus dramatique et qu'elle peut donner lieu à de franches engueulades.

Plus anecdotique, l'affaire Fersen, également controversée, n'est pas oubliée. Là encore, ressort dramatique oblige, nous avons droit à un Louis XVI franchement jaloux. On peut juger peu pertinent de s'y arrêter si longuement, le fait est qu'elle donne lieu à de très belles scènes qui permettent d'illustrer une certaine brutalité de Louis XVI, un aspect souvent ignoré de sa personnalité. A ce titre, la scène de la chasse est parfaitement mais magnifiquement surréaliste.

En définitive, si l'ensemble se ressent parfois d'un petit côté "on n'est pas naturels parce qu'on se demande encore comment ça cause une famille royale", qui touche probablement les premières scènes tournées, on peut noter la performance des acteurs qui se sont prêtés avec talent à ce tournage express. Même Madame Elisabeth (Adélaïde Bon) sait se rendre présente sans passer, comme souvent, pour l'illuminée de service. On notera aussi que le montage est heureusement parvenu à se débarrasser de la plupart des lourdeurs qui avaient affectées le premier épisode sur l'assassinat d'Henri IV en dépit des cinq dernières minutes, tout à fait imbuvables par leur excès de royalisme dans le plus pur style XIXème. Une heure trente pour comprendre que Louis XVI était un gars bien, c'est suffisant, en rajouter une couche, c'est contre-productif.

Bref, si je me suis sentie plus d'une fois chatouillée historiquement, on se laisse tout de même facilement prendre et ce pour mon plus grand plaisir parce qu'évidemment, en bonne bobo que je suis aussi, l'enthousiasme l'a emporté et je meurs déjà d'envie de le revoir.

23.01.2009

Le billet du 23 janvier

Mais pourquoi le 23 ?

- Parce que je n'aime pas être là où l'on m'attend.

- Parce que quand les cons saturent le discours de paroles gelées sur le sujet, mieux vaut ne pas s'ajouter au concert et préférer le silence.

- Parce que Louis XVI et son grand-père me prennent un peu trop de temps cette année pour qu'en plus il faille en trouver pour en parler.

- Et parce que je n'ai même pas trouvé le temps d'être à Washington DC le 20 janvier pour me faire oublier le mauvais souvenir d'y avoir été le 20 janvier 2001.

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Néanmoins, parmi les voix habituelles, plus ou moins bêtes et plus ou moins aigries, l'une d'elles a témoigné d'un léger infléchissement de la légende en ce 21 janvier 2009. En cela, elle ne suit au fond qu'une pente déjà suivie par l'historiographie de Charles Ier. Ainsi, au XVIIIe siècle, Voltaire, parmi d'autres, en faisait une figure libérale, victime de l'obscurantisme puritain. Au demeurant, on y trouvait surtout l'illustration du soutien longtemps exprimé aux Stuarts par les Bourbons.

Aussi, l'infléchissement du 21 janvier relève d'un autre tour de force qui, à mon avis, tient surtout du manque d'inspiration. On aura ainsi vu René Dosière, député socialiste de l'Aisne, ironiser sur la réforme du travail parlementaire, votée dans la nuit du 21 janvier, en rebaptisant le "temps global" des débats "temps guillotine" et en précisant "c'est très symbolique de faire ça ce jour-là", le tout alors que les députés socialistes ont quitté l'hémicycle après avoir entonné la Marseillaise. Au final, ça fait du bruit, ça fait un beau gloubi-boulga de symboles et on n'est pas certain que ce soit efficace.

 

21.09.2008

Le patrimoine derrière le rideau

En écho à ma note sur Tarbes, je voulais mentionner cet article de LADEPECHE.fr qui m'a fait sourire :

 

Patrimoine : le testament de Louis XVI

LaDepeche.fr | 21 Septembre 2008 | 10h34

 

Le testament de Louis XVI trône dans l'oratoire de la cathédrale de la Sède. Photo Laurent Dard.
Le testament de Louis XVI trône dans l'oratoire de la cathédrale de la Sède. Photo Laurent Dard.

« Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi, qu'il se doit de songer tout entier au bonheur de ses concitoyens. » Cette formule est extraite du testament de Louis XVI qui trône au-dessus de l'autel de l'oratoire de la cathédrale de la Sède. Longtemps masquée par un rideau, la lourde plaque de marbre, actuellement dévoilée, ne manque pas de surprendre le visiteur égaré en ces journées du patrimoine. Encadré par deux colonnes entrelacées de fleurs de lys, le testament fut offert par le conseil général des Hautes-Pyrénées à l'église en 1816. Il prit sa place à Tarbes en pleine Restauration alors même que Bertrand Barère, l'ancien président de l'assemblée nationale qui a voté la mort du roi, est en plein exil. Les amateurs de patrimoine, qui vont se presser ce matin à la cathédrale de la Sède pour tout savoir du baldaquin surplombant l'autel, feront peut-être un crochet par la petite chapelle (située à droite en entrant) afin de découvrir cette curiosité. Le rideau devrait être très prochainement remplacé par un autre dispositif de protection qui devrait le masquer à nouveau. Ar.P.

03.09.2008

Sur la route de Cherbourg (4)

C'est le 23 juin 1786 vers une heure du matin que Louis XVI arrive enfin à Cherbourg. Evidemment, pas question de perdre du temps avant de voir la mer. Un rapide passage par l'abbaye du Voeu, reconvertie depuis 1774 en hôtel du gouverneur de Normandie, pour prendre un peu de repos et on est reparti. Il reste encore quelques éléments de cette abbaye mais, une fois de plus, la guerre a durement frappé.
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Dès trois heures et demie, Louis XVI entend la messe à la basilique de la Trinité et à quatre heures du matin, c'est le bonheur : Louis XVI a embarqué sur un canot pour aller assister à l'immersion d'un des immenses cônes du projet de Cessart. Celui-ci avait en effet prévu d'immerger côte à côte 90 cônes en bois d'une taille impressionnante pour délimiter la grande rade du nouveau port. Projet ambitieux mais trop aléatoire et coûteux, il sera finalement abandonné au moment de la Révolution.
Si pour Louis XVI le voyage de Cherbourg fait figure de vacances bienvenues, autour de lui tout le monde est sous pression. En effet, les quatre premiers cônes immergés n'ont pas résisté aux tempêtes et il faut néanmoins convaincre le roi de la validité du projet de Cessart. Et on joue décidément de malchance du côté de l'équipe Cessart : on a voulu tester un nouveau cabestan pour tracter une caisse emplie de matériaux destinés à lester le cône qui, bien évidemment, effet Bonaldy avant la lettre, ne donne pas les effets désirés. On prend du retard, la mer monte, la caisse est entraînée par les courants, la tension monte, on finit par faire un peu n'importe quoi et l'accident survient. Dans un premier temps, on espère le dissimuler au roi mais l'affaire est trop sérieuse, le roi le remarque et fait immédiatement envoyer sur place son médecin et son chirurgien. On comptera finalement  quatre blessés dont un décèdera le lendemain, les familles seront indemnisées. Autant dire que Cessart devait penser son projet définitivement enterré, c'était sans compter sur le fait que, à 31 ans, Louis XVI réalisait son rêve d'enfant: il était en mer, sur son petit nuage, et le projet le plus absurde aurait probablement trouvé grâce à ses yeux. Ce jour-là, Louis XVI aime le monde entier et il remercie chaleureusement Harcourt, et il complimente Cessart, qui ne doit pas en croire ses oreilles, et il salue en souriant tous les gens qu'on lui présente. Il passe sa journée à aller visiter les cônes déjà en place, prend son petit-déjeuner sur l'un d'eux, sous une tente qu'avait fait préparer la duchesse d'Harcourt. Il se rend enfin sur l'île Pelée, rebaptisée un temps le "Fort royal" en souvenir de sa visite.
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Le lendemain matin, il est pressé d'y retourner et il monte cette fois à bord du vaisseau Le Patriote. Il veut tout visiter et déjeune à bord. Il veut alors absolument goûter le pâté de morue que tout le monde semble dédaigner et dont il prétend le préférer à tous ceux de Versailles. De là, il assiste à des manoeuvres qu'il suit attentivement et il s'étonne que Le Patriote ne tire pas. Comme on lui répond qu'on aurait pensé contrevenir à l'étiquette, il ordonne qu'on fasse tirer plusieurs boulets pour "voir l'effet du ricochet dans l'eau".
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Le jour suivant encore, il se rend sur Le Patriote puis sur tous les autres bâtiments de rang inférieur où rien n'a pourtant été prévu pour l'accueillir. Il utilise les échelles ordinaires, tout le monde redoute de le voir tomber à l'eau, il s'en amuse. Il tache de poix son habit rouge de cérémonie et dit qu'il ne lui en sera que plus cher. De fait, c'est l'habit qu'il emportera pour se rendre à Montmédy et autour duquel Ettore Scola a construit une partie de l'intrigue de La nuit de Varennes.
Bref, en quittant Cherbourg Louis XVI est tellement content qu'il déclare son intention d'aller visiter tous les ports de son royaume. En dépit de l'habit rouge, à Montmédy, la mer est encore loin pourtant... Et à Cherbourg, si Louis XVI a sa rue, Napoléon, quant à lui, a sa statue.

02.09.2008

Harcourt, Cherbourg et le dauphin

Un certain nombre de mes visiteurs du jour arrivant par ce lien, qui ne s'intéresse au duc d'Harcourt que pour en médire, j'ai jugé qu'une petite note à son propos pouvait s'avérer utile avant de poursuivre le périple jusqu'à Cherbourg.

François Henri d'Harcourt est donc né en 1726 dans l'une des plus puissantes familles de la noblesse française. Il entama très tôt une brillante carrière militaire et devint maréchal de camp puis, comme nous l'avons vu, gouverneur de Normandie.

Il s'intéresse de très près à l'art des jardins et laissera un Traité de la décoration des dehors, des jardins et des parcs. Dans sa propriété près de Lillebonne, il joue les paysagistes. Harcourt aime aussi les lettres et particulièrement le théâtre. En 1769, il est représenté en personnage de la comédie italienne par Fragonard.

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Prenant très à coeur ses fonctions de gouverneur de Normandie, il suivit attentivement les travaux du port de Cherbourg, rencontrant de nombreux ingénieurs et savants pouvant l'éclairer sur le sujet. En effet, ces travaux, d'une ampleur alors inégalée, suscitaient de nombreuses polémiques et le voyage de Louis XVI avait principalement pour but d'apporter son soutien au projet controversé de l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart. Nul doute que Louis XVI aura apprécié le sérieux et les compétences déployés par Harcourt dans cette mission. Harcourt devenait ainsi l'un des hommes les mieux informés du royaume sur ce qui était le grand projet du règne, un projet d'autant plus cher à Louis XVI qu'il touchait à la marine. Les plans présentés dans la thèse de Pascale Mormiche* attestent de l'importance que Louis XVI souhaitait accorder à la marine dans l'éducation du dauphin puisque ce n'est pas moins d'un bâtiment entier qui devait être dédié à une approche pédagogique de cette matière. Seul le manque de fonds a empêché la réalisation de ce "Disneyland" de la marine.

Par conséquent, quoique cette place attirât les convoitises, qui mieux qu'Harcourt pouvait prétendre à l'obtenir ? Il ne s'agissait pas là d'une simple charge purement honorifique comme a semblé le penser le comte de Vaudreuil qui se porta candidat. Outre qu'il ne pouvait revendiquer les mêmes compétences qu'Harcourt, son caractère porté à la violence le disqualifiait pour occuper une quelconque fonction auprès d'un enfant.

Et pourtant, je lis que certains déplorent le choix d'Harcourt. Pourquoi donc ? Parce que l'enfant en question adressait des reproches à sa mère, un trait qu'il partageait d'ailleurs avec sa soeur. Quel rapport, me direz-vous ? Eh bien ce rapport que Marie-Antoinette étant universellement connue pour être une excellente mère, si ses enfants ne l'aiment pas, c'est  nécessairement qu'on la calomnie et le coupable, bien sûr, ne peut être qu'Harcourt. La chose est commode, elle évite de se remettre en question. Objectivement pourtant, les raisons ne manquent pas: trop absente, capricieuse, Marie-Antoinette ne comprend pas son fils. Alors qu'il est à l'agonie et qu'il se console à l'idée de voir l'ambassade  de Tipou Sahib dont on lui parle tant, sa mère le lui interdit : elle ne veut pas que son fils paraisse en public dans cet état. Il aura fallu la mort de ce premier dauphin en 1789 pour que Marie-Antoinette interroge enfin sa conception de la maternité.

 

* L'éducation des princes français de Louis XIII à Louis XVI, thèse soutenue en 2005 à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

 

31.08.2008

Sur la route de Cherbourg (3)

Après un passage par Falaise, la première journée de voyage de Louis XVI s'acheva au château d'Harcourt qui avait l'avantage de se trouver en face d'un relais de poste. D'autre part le duc d'Harcourt, gouverneur de Normandie, était l'organisateur du voyage. On peut supposer qu'il fut à la hauteur de la tâche puisqu'il devint gouverneur du dauphin quelques mois plus tard.
Difficile aujourd'hui de se représenter ce château puisqu'il fut en grande partie détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Seule la façade principale a été conservée. Pour assurer la sécurité du souverain, ses gardes-du-corps s'étaient installés au château la veille tandis que pour assurer la surveillance extérieure, on avait fait appel à un détachement de grenadiers du régiment d'Artois. Il ne s'agissait pas de précautions vaines puisqu'on venait de tous les environs pour voir le roi. Le château fut rapidement envahi et Louis XVI accepta de souper en public. Il était cependant pressé d'arriver à Cherbourg et reprit la route à huit heures le lendemain matin.
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Il se rendit alors à Caen où l'accueillirent près de 30 000 personnes. Au cris de "Vive le roi !", il répondait "vive mon bon peuple", du pur Henri IV qui rencontra un certain succès. C'est probablement également au cours du voyage de  Normandie que Louis XVI inaugura les bains de foule dont il fit un utile usage dans les premiers temps de la Révolution.
La route se poursuit et passe par Bayeux, puis à proximité du château de Balleroy, oeuvre de Mansart, qui abrite aujourd'hui un musée de la montgolfière et des ballons.
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Puis, au village de Sainte-Croix près de Saint-Lô, c'est la pause déjeuner, toujours dans une auberge. On se demande bien ce que l'on va pouvoir servir au roi. " - Avez-vous des oeufs ? demande-t-il à l'aubergiste - Oui, tout chauds.  - Et du beurre ? - Il sort de la barate." L'affaire était réglée et va pour une tournée générale. C'est à ce moment-là qu'une jeune fille se dit qu'elle ne doit pas laisser passer la chance de sa vie. Prenant son air le plus contrit, elle s'arrange pour se laisser voir du roi. Puisqu'il était dans une disposition d'humeur à faire des heureux, elle ne doutait pas qu'il chercherait à s'informer de ses malheurs et c'est ce qu'il fit en effet, elle tomba alors à ses genoux en pleurant et lui dit : "Monseigneur, je suis enceinte d'un garçon que ma mère me refuse pour mari, daignez me l'accorder." Après l'avoir sermonnée pour la forme, il ordonna qu'elle fût mariée à son retour et lui accorda une dot. La mère récalcitrante était coincée mais la dot aida à faire passer la pilule. Sainte-Croix avait désormais sa scène de Greuze et le cabaret devint de ce jour "l'auberge fortunée".

19.08.2008

Sur la route de Cherbourg (2)

Après Houdan, la route de Louis XVI passait par Verneuil-sur-Avre. Un nouveau petit détour par le Nord de Verneuil pourra vous permettre de découvrir Condé-sur-Iton, petite bourgade qui a notamment séduit le poète chilien Pablo Neruda. Il y avait acheté une maison. Quant aux évêques d'Evreux, ils avaient leur résidence d'été au château qui prend des allures mystérieuses en sortant des brumes de l'Iton. 
 
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La pause déjeuner eut lieu dans une auberge de l'Aigle et ce fut comme si la maîtresse de maison avait gagné au loto. Ne se tenant plus de joie, elle sauta au cou du roi. Il faut dire qu'elle avait tout à y gagner  : elle en retirait une publicité formidable et n'avait rien à faire puisque tout avait été préparé au préalable par la bouche du roi. Il est probable cependant que, depuis lors, son auberge aura été victime des bombardements et pour déjeuner aujourd'hui à l'Aigle en plein mois d'août, mieux vaut également avoir emporté de quoi. Le château de l'Aigle, dont les plans pourraient être d'Hardouin-Mansart, existe toujours. Il est aujourd'hui occupé par la mairie.
En continuant votre route, vous arriverez à Aube, où se trouvent les Nouettes, le château de la comtesse de Ségur, aujourd'hui devenu une école. 
 
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En ville, un petit musée retrace l'oeuvre de la comtesse et une statue, placée devant la mairie veut lui rendre hommage. Elle pourrait avoir pour titre : Et comment Cadichon eut un jour envie de marcher sur l'eau. 
 
 
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A suivre...
   

18.08.2008

Sur la route de Cherbourg

En-dehors des châteaux royaux des environs de Paris, Louis XVI a très peu voyagé. Une excursion à Reims pour le sacre, une nouvelle expédition pleine de rebondissements dans l'Est qui se termine à Varennes et, entre les deux, un voyage à Cherbourg en juin 1786, un souvenir inoubliable pour ce roi qui aurait certainement adoré être officier de marine. Alors, cet été, comme j'aime aussi les Parapluies de Demy, j'ai pris la route de Cherbourg en suivant l'itinéraire de Louis XVI.
 
Parti de Rambouillet à 5 heures du matin, le 21 juin 1786, Louis XVI fait un premier arrêt à Houdan à 7h30. Comme le roi ne passe pas souvent, il ne faut surtout pas manquer l'occasion de le voir. En France, la tradition des placets est restée bien vivace et beaucoup voient le roi comme une solution à tous leurs problèmes personnels. A chaque arrêt au relais de poste pour changer les chevaux, c'est la cohue. Il n'y voit aucun inconvénient, bien au contraire, il est de parfaite humeur et a besoin de se sentir indispensable et aimé. Va donc pour étudier une demande de grâce qu'on lui présente à Houdan.
 
Houdan est aujourd'hui une commune des Yvelines qui a conservé quelques maisons à colombages.
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Non loin de là, se trouve le château d'Anet. Louis XVI ne s'y est pas arrêté, pour cause d'agenda chargé. Il en a cependant été propriétaire un bref moment en 1775, juste avant de le céder aux Penthièvre. C'est ce qui explique qu'on y trouve une réplique du portrait de la famille de Penthièvre. On y voit notamment la princesse de Lamballe qui a passé un moment à Anet.
 
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Mais laissons le XVIIIème siècle car Anet est avant tout un joyau Renaissance. Diane de Poitiers était une femme de goût et elle a fait appel aux plus fameux artisans de l'époque : philibert de l'Orme, Jean Goujon, Benvenuto Cellini, Germain Pilon... La chapelle est particulièrement remarquable ; inspirée du Panthéon de Rome avec son oculus, le marbre du sol répond à la disposition des caissons du plafond. 
 
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Malheureusement, il ne vous faudra pas compter sur la "conférencière" pour en savoir plus sur l'architecture, elle préfèrera vous présenter les photos de famille des actuels propriétaires dont on se contrefiche absolument. Qu'Anet procure des emplois aux locaux, c'est tant mieux, mais encore faudrait-il qu'ils aient une certaine connaissance de l'histoire de l'art. Anet vaut tout de même mieux qu'une visite digne d'un petit manoir de hobereau désargenté. Et qu'on ne m'oppose pas des questions de budgets serrés : l'Ecole du Louvre regorge d'étudiants qui seraient prêts à passer l'été en stage à Anet pour l'amour de l'art.
 
A suivre...

25.03.2008

Le baron François-Joseph Bosio, sculpteur officiel

Bosio n'a pas eu à se demander longtemps ce qu'il ferait de sa vie. Issu d'une famille d'artistes monégasques, la sculpture s'imposa puisque son frère aîné avait déjà pris la peinture. C'est très tôt également qu'il acquit toutes les qualités de l'artiste officiel ; remarqué par les Grimaldi, il leur doit ses débuts. Emmené à Paris par Honoré III en 1786, il devient l'élève de Pajou, sans grand succès semble-t-il.
 
Avec les débuts de la Révolution, Bosio pense prudemment qu'il est grand temps d'aller faire un tour en Italie. Plus que jamais, comprend-il, il est urgent de n'avoir aucune opinion. En attendant le retour au calme, il étudie l'antique et croise probablement Canova. On commence à faire son éloge et, à Paris, on reparle sérieusement du projet du Louvre. Bref, les conditions sont réunies pour réapparaître opportunément. Et en effet, sa réputation n'a pas échappé à Vivant-Denon qui le propulse sculpteur officiel de la famille impériale.
 
 
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Louis XVI par Bosio, chapelle expiatoire
 
Après s'être fait la main sur les Bonaparte, il eût été dommage de gâcher ce savoir-faire : au Salon de 1814, Bosio expose un buste de Louis XVIII. Un rallié de la première Restauration, voilà qui méritait reconnaissance : les Bourbons effacent les abeilles mais gardent le sculpteur. Il leur devra beaucoup : des commandes officielles (notamment le Louis XVI du grand chantier de la chapelle expiatoire), un fauteuil à l'Institut, un poste de professeur aux beaux-arts, le titre de premier sculpteur du roi, l'ordre de Saint-Michel, la légion d'honneur, le titre de baron. Quand vient 1830, il ne reste plus rien à raffler et, quoique plus discret, il n'est pas pour autant totalement oublié et reçoit encore quelques commandes de la nouvelle administration. 
 
Nul ne sait s'il aurait réitéré l'exploit en 1848 puisqu'il est mort en 1845. On peut penser, du moins, qu'il aurait tenté de relever le défi.  
 
Son plus grand succès, quoique un peu oublié aujourd'hui, est sans conteste son Henri IV enfant qu'il réalise pour la ville de Pau. On n'en compte plus les reproductions en diverses matières et Louis XVIII en commanda une pour sa chambre. Aujourd'hui, outre celui du Louvre en argent, des reproductions se trouvent à l'hôtel de ville de Pau ou dans le bureau du proviseur du lycée Henri-IV. 
 
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 Henri IV enfant par Bosio, exemplaire en bronze
 
 

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