04.08.2009

Versailles, fantasmes et cie

Versailles, en général ça vous vient tout petit. Pour ceux qui sont sensibles à ce genre de choses, c'est une des premières grandes émotions de la jeunesse. Après cela, il y a ceux que ça ne quitte plus : ils enchaînent Ecole du Louvre, Ecole des Chartes et INP pour finalement se retrouver, au terme de ce dur labeur, en poste au musée de l'horlogerie de Saint-Nicolas d'Aliermont. Bien entendu, il ne faudrait pas oublier un certain nombre d'autres qui ont échoué au concours et rumineront leur frustration tout au long de leur vie.

Mais il est également possible qu'on finisse par se lasser, le premier émoi de la jeunesse passé. Quand, une quinzaine d'années plus tard, vous avez subi la Société des Amis de Versailles, les mêmes anecdotes constamment répétées et surtout quand l'euphémisme du couteau de Toto (on change la lame, on change le manche mais que reste-t-il du premier couteau à la fin ?) ne fonctionne plus et que vous trouvez absurdes les querelles infinies sur les questions de conservations et les expos Jeff Koons alors là, votre plus grand plaisir, ce n'est plus le château mais plutôt de voir renaître la lueur de l'émerveillement dans l'oeil de ceux que vous aimez et que vous y emmenez. En bref, l'architecture c'est bien mais l'humain, c'est mieux.

Et pour l'humain, Versailles est un formidable terrain. Il suffit d'élargir un peu le champ pour revenir à la passion initiale, les films des frères Podalydès en sont un très bon exemple. Cela dit, je ne sais si c'est lassitude là aussi mais le dernier opus de la trilogie versaillaise, Bancs publics, m'a paru nettement moins bon que les précédents. Il faut dire que le côté "brochette de tout le cinéma français"  me déplaît, ça m'ennuie généralement de voir des têtes connues, je préfère découvrir de nouvelles personnalités.

 

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Mais la littérature revient aussi périodiquement à Versailles. En février dernier, notamment, Adrien Goetz nous a donné une Intrigue à Versailles chez Grasset. Supposé être un roman policier à clés, les clés comme l'intrigue sont un peu grosses, on y voit surtout un plaidoyer amusant contre les dernières restaurations et on sourit du portrait au vitriol des personnalités versaillaises ou plus largement du monde de la culture. Ce n'est pas tant que les personnages soient parfois trop atteints pour être crédibles, non, bien au contraire, ce sont de magnifiques exemples de vrais barges tels que seul Versailles sait en produire. Si, si, des conservateurs du patrimoine élevés à Versailles qui pensent sérieusement, en suivant le marquis de la Franquerie, que le Russes vont envahir la France dans les prochaines années et jettent du sel pour se préserver de l'Antéchrist quand ils croient l'avoir reconnu, ça existe. Ok, Versailles est le lieu rêvé pour accueillir toutes les théories du complot possibles mais nous exhumer le complot janséniste, pitié ! Certes, on ne peut pas dire que les jansénistes aient été les champions de l'absolutisme et on peut parfaitement comprendre qu'ils aient trouvé inadmissibles que le roi puisse intervenir dans la relation entre Dieu et ses sujets mais de là à nous recycler toutes les absurdités qui ont fait florès avec les francs-maçons...  D'ailleurs, tout y passe, même les mythes sur les Templiers. Bah oui, figurez-vous que Louis-Adrien Le Paige, janséniste bien connu, était bailli du Temple avant la Révolution, ce qui nous vaut cette remarque croustillante d'un personnage :

"Pourquoi croyez-vous que Le Paige, qui était avocat au Parlement de Paris et aurait dû habiter un joli hôtel particulier à la mode, avait voulu loger au Temple à l'ombre d'un donjon sinistre ? Vous ne pensez pas que les Templiers et les jansénistes, c'est un peu la même histoire ?"

Enfin, moi, je sais pas, mais quand vous avez votre ami le prince de Conti qui vous propose un hôtel particulier tout confort dans son enclos,  loisirs de qualité à volonté et le tout exonéré d'impôts, c'est plutôt si vous ne voulez pas résider au Temple qu'il y a un problème.

Bref, l'intrigue sent surtout son mauvais Da Vinci Code, c'est dire. On peut espérer que c'était un pastiche intentionnel de la part d'Adrien Goetz mais le problème, c'est que l'éditeur, lui, le prend et le vend au premier degré. Enfin, à défaut d'intrigue, pour une lecture de vacances, on pourra toujours garder Versailles.

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