25.02.2009
Etrange revue de presse
Les temps sont troublés, on ne sait plus trop où on est ni où on va, et ça se voit.
Dans ma précédente note, j'avais volontairement occulté la polémique qui avait précédé la diffusion du téléfilm L'Evasion de Louis XVI. Commencée près de deux mois auparavant, elle avait gagné peu à peu en importance sur le net. De quoi s'agit-il ? D'une lettre ouverte émanant de certains membres du CERMTRI (Centre d'Etudes et de Recherches sur les Mouvements Trotskystes et Révolutionnaires). Elle avait le mérite de poser des questionnements intéressants et nécessaires mais souffrait de ne s'appuyer que sur les quelques lignes d'accroche du dossier de presse. Dans ces circonstances, elle promettait surtout de réveiller les bonnes vieilles polémiques qui avaient fait les heureux jours de la presse au moment du Bicentenaire de la Révolution française. Eh oui ! 20 ans déjà ! Et les enfants à qui l'on faisait planter des arbres de la liberté dans la cour des écoles ont grandi, cette génération à laquelle j'appartiens...
Dans les faits, il suffira d'une rapide revue de presse pour se rendre compte que non, 2009 n'est pas 1989. Alors que la crise économique laisse redouter à certains une crise sociale, que d'autres attendent dans les DOM le grand soir et que la paranoïa autour de l'"ultra gauche" n'est pas finie, les lignes se brouillent, les points de repères se perdent. Les polémiques d'autrefois sont rejetées à un temps où la seule action tenait dans les mots, où les lézardes s'agrandissant dans le mur de Berlin devaient être le nouvel horizon de toute révolution. En 1989, on pouvait sincèrement croire à la fin de l'histoire. En 2009, la France sauve les apparences en colmatant grossièrement les brèches. Vous avez dit "rupture" ? Circulez, y a rien à voir... Louis XVI aura sa place, à côté de Guy Môquet, dans le nouveau mythe national écrit par Max Gallo. Reprenez donc une cuillerée d'identité nationale ! Et les royalistes tombent dans le panneau et en profitent pour remonter au créneau avec le "génocide vendéen" ! On lira de-ci, de-là que l'on nous montre enfin les "choses en vérité". Je crois tout de même utile de rappeler à ceux qui semblent avoir oublié pourquoi ils se réunissent pour manger de la galette le 21 janvier, que Louis XVI est bien mort et que, par conséquent et ce, quel que soit le propos, il sera bien difficile de présenter autre chose qu'une interprétation de Louis XVI, fût-elle de qualité.

Mais revenons au propos, la revue de presse. Le premier étonnement provient certainement de la critique de Libération, "Louis XVI, le désarroi de Varennes", signée par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts. On aurait pu l'attendre très virulente, elle n'est que très gentiment ironique : "Si le téléfilm pousse un peu dans sa vision attendrie de la famille royale opposée à des révolutionnaires sales comme des peignes et assoiffés de sang bleu, il présente aussi Louis XVI sous un nouveau jour, moins neuneu que le cliché, moins poussah monomaniaque de la serrure." Loin de la polémique évoquée, la conclusion regrette simplement le traitement d'un nouvel épisode appartenant à l'histoire moderne. Faudrait peut-être tout bonnement dire à Libé que non, il n'y a pas que des contemporanéistes et que les jeunes modernistes, ça existe.
Quant au Nouvel Observateur en ligne, il se contente de relayer une dépêche AFP qui ne fait évidemment aucun écho au traitement particulier de l'épisode.
Plus d'ambivalence dans Télérama où la critique de Samuel Douhaire précise : "raconté essentiellement du point de vue de Louis XVI, le film donne une image du roi guillotiné que nombre d'historiens de la Révolution française trouveront exagérément positive". Elle s'accompagne d'un article du même Samuel Douhaire et de François Ekchajzer, "Quelle Histoire ?", posant la classique question du traitement de l'histoire à la télévision.
Sur l'Express.fr, le lapsus de Marion Festraëts est assez révélateur. Elle rebaptise en effet le téléfilm en Fuite de Louis XVI, gommant ainsi l'aspect polémique de celui de Sélignac
Il est indéniable que le téléfilm bénéficie de la présence d'Antoine Gouy dont l'interprétation allège le propos et dont l'image, plutôt marquée "théâtre public", contribue à le tempérer.
Mais n'oublions pas Le Figaro ! Non, non, ils n'auront pas demandé à Jean-Christian Petitfils de s'y coller cette fois-ci. C'est donc Jean-Michel Maire qui nous parle d'un "surprenant Louis XVI" qui n'oublie pas non plus de préciser que "certains pourront le trouver pour le moins contre-révolutionnaire tant il met en valeur les qualités du roi, minimise ses erreurs et présente le bon peuple sous des dehors pas franchement sympathiques..." Le Figaro demeure en conséquence un peu perdu entre l'ancienne image de Louis XVI offerte par la droite, une droite qui stigmatisait les erreurs d'un roi faible et donc incompétent, et l'image de droite renouvelée : il est toujours faible mais c'est au service du progressisme. Ceux qui auront pu écouter Jean-Christian Petitfils, sur France Inter hier, auront peut-être noté qu'il avait mis un peu d'eau dans son vin. On soulignera un manque notoire dans la bibliographie mentionnée, c'est évidemment la biographie de Joël Félix sortie chez Payot en 2006. Parce qu'elle a été saluée par Jean-Clément Martin et qu'elle est l'oeuvre d'un ancien de l'EHESS, certains la disent à gauche. Le fait est qu'en présentant un Louis XVI qui n'est pas faible et qui réagit en véritable chef d'Etat avec ce que cela implique de compromissions, elle ne correspond pas aux schémas décrits ci-dessus. La volonté de l'ignorer ici pour lui préférer celle de Bernard Vincent montre que, probablement, ce n'est pas là une image porteuse de Louis XVI actuellement. Mais c'est aussi ce qui lui vaut d'avoir ma préférence.
10:37 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : louis xvi, varennes, arnaud sélignac, antoine gouy
14.02.2009
Louis XVI devient bobo
Vous avez déjà entendu parler d'une oeuvre de fiction dans laquelle Louis XVI était le personnage principal ? Cherchez bien ! A ma connaissance, il n'y en a pas. Il faut dire que, spontanément, comme ça, dans le genre anti-héros, c'est encore pire que Julien Sorel même si c'est la même fin.
Et pourtant, on néglige trop souvent le potentiel de séduction bobo de Louis XVI. Après tout, lui aussi a résidé dans le IIIe arrondissement de Paris, juste à côté de la rue de Bretagne, comme tout bon bobo qui se respecte. Bref, il aura fallu la sortie de la bio de Petitfils en 2005, un succès de librairie, pour qu'on prenne toute la mesure de ce potentiel. C'est donc aujourd'hui naturellement la fiction qui s'en empare avec Arnaud Sélignac, réalisateur d'une Evasion de Louis XVI, diffusée sur France 2 le 24 février prochain dans le cadre de la série "Ce jour-là, tout a changé".
Le château de Fontainebleau en proposait une avant-première et, en résumé : historiquement, c'est à droite (succès oblige, c'est Petitfils qui a servi de conseiller historique) et visuellement, avec les clins d'oeil à Chéreau, c'est à gauche. Quand je vous disais que c'était tout à fait bobo !
Dans le détail, on sort enfin Louis XVI de la naphtaline ! Ouf, il était temps ! C'est Louis XVI, (interprété par Antoine Gouy) le mouvement en plus, Louis XVI avec quelque chose entre les jambes, un homme, un vrai, quoi ! Un Louis XVI avec des idées, avec son sens de l'humour, un peu hâbleur même parfois... Bon c'est aussi le Louis XVI de Petitfils, un Louis XVI parfois très idéalisé (et pour que ce soit moi qui le dise !) parce que bon Louis XVI qui se réclame de la pure philanthropie quand il vient en aide aux Américains, faut pas charrier ! Rien que pour la com, vu le prix que ça a coûté, vaudrait mieux que ce soit pas par simple charité chrétienne et qu'il y entre aussi un peu de Realpolitik. Mais c'est ça, à pas vouloir présenter Louis XVI en "sale type", on le montre un peu concon ! De la même manière, c'est un Louis XVI un peu vite rallié à l'idée d'une monarchie constitutionnelle. Faudrait voir qu'on part quand même de la déclaration du 23 juin 89 et qu'après ça, il y a un peu de pragmatisme et de lucidité et que la Constitution n'est donc pas une aspiration tout à fait spontanée.
Le pragmatisme et la lucidité, c'est justement tout ce qui semble échapper à Marie-Antoinette (Estelle Skornik). Voilà qui va faire hurler les fans ! En effet, tout comme dans le Marie-Antoinette d'Alain Brunard, c'est la thèse d'une politique différente menée, chacun de leur côté, par le roi et la reine (seule partisane d'un appel aux troupes étrangères) qui est retenue. Elle trouve son origine dans les écrits, assez controversés, des Girault de Coursac et est reprise par Petitfils. Depuis un bon moment, Jean-François Kahn s'en est fait le vulgarisateur et même si je la partage moi-même, je tiens à préciser qu'elle n'est pas la thèse officiellement défendue par le Modem. Il me semble également juste de préciser qu'elle est encore loin de faire l'unanimité et, si elle paraît désormais être plébiscitée par la fiction, c'est aussi qu'elle apparaît plus dramatique et qu'elle peut donner lieu à de franches engueulades.
Plus anecdotique, l'affaire Fersen, également controversée, n'est pas oubliée. Là encore, ressort dramatique oblige, nous avons droit à un Louis XVI franchement jaloux. On peut juger peu pertinent de s'y arrêter si longuement, le fait est qu'elle donne lieu à de très belles scènes qui permettent d'illustrer une certaine brutalité de Louis XVI, un aspect souvent ignoré de sa personnalité. A ce titre, la scène de la chasse est parfaitement mais magnifiquement surréaliste.
En définitive, si l'ensemble se ressent parfois d'un petit côté "on n'est pas naturels parce qu'on se demande encore comment ça cause une famille royale", qui touche probablement les premières scènes tournées, on peut noter la performance des acteurs qui se sont prêtés avec talent à ce tournage express. Même Madame Elisabeth (Adélaïde Bon) sait se rendre présente sans passer, comme souvent, pour l'illuminée de service. On notera aussi que le montage est heureusement parvenu à se débarrasser de la plupart des lourdeurs qui avaient affectées le premier épisode sur l'assassinat d'Henri IV en dépit des cinq dernières minutes, tout à fait imbuvables par leur excès de royalisme dans le plus pur style XIXème. Une heure trente pour comprendre que Louis XVI était un gars bien, c'est suffisant, en rajouter une couche, c'est contre-productif.
Bref, si je me suis sentie plus d'une fois chatouillée historiquement, on se laisse tout de même facilement prendre et ce pour mon plus grand plaisir parce qu'évidemment, en bonne bobo que je suis aussi, l'enthousiasme l'a emporté et je meurs déjà d'envie de le revoir.
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