25.09.2009
Eloge de la folie mystique
En allant voir, Ordet, la pièce du Danois Kaj Munk, on peut choisir de s'arrêter exclusivement au propos religieux, le trouver ennuyeux et décider de partir assez rapidement.
On peut aussi y aller parce qu'on garde un souvenir ému du film de Dreyer et qu'on espère renouer avec ce sentiment.
De cette ambivalence sont probablement nées les nombreuses réticences auxquelles Arthur Nauzyciel s'est dans un premier temps heurté en proposant sa mise en scène. Puis finalement soutenu par Marie Darrieussecq pour la traduction et l'adaptation, Ordet s'est imposé au festival d'Avignon en 2008.
Aujourd'hui, la pièce est reprise dans le cadre du festival d'Automne à Paris, au théâtre du Rond-Point jusqu'au 10 octobre. Précisons-le tout de même, à la première scène, vous vous mettez à regretter les 2h30 pour lesquelles vous avez signé. Catherine Vuillez, en Inger Borgen, ne s'échappe jamais d'un formalisme froid qui relève du cliché du théâtre scandinave. Aussi, Inger n'étant jamais véritablement incarnée, la fameuse résurrection finale tombe à plat et confine au ridicule. Mais paradoxalement, ça n'est pas si gênant parce qu'on peut alors mieux se rendre compte qu'Ordet ne se résume pas à cette résurrection. Dans la mise en scène de Nauzyciel, c'est incontestablement Xavier Gallais en Johannes Borgen qui restera. L'expérience mystique d'Ordet, c'est bien son interprétation qui la permet. Faisant tomber toutes les barrières, terrassant le rationalisme qui vous fait afficher un sourire en coin à l'écoute des innombrables débats théologiques, il vous bouleverse littéralement et c'était là une expérience théâtrale que je n'avais plus vécue depuis bien longtemps.
Il a d'autant plus de mérite à la chose que rien n'est là pour l'aider. Outre, comme nous l'avons vu, qu'Inger n'est pas plus vivante après qu'avant la résurrection, le rôle de l'enfant est lui aussi totalement annihilé, réduit à un simple figurant mal à l'aise. Au lieu de s'efforcer d'apprivoiser son malaise, Nauzyciel s'est contenté de l'entériner en enregistrant tous les dialogues où intervient la petite Maren Borgen. C'est certes compliqué de travailler avec des enfants, ça demande du temps et l'enregistrement est sans conteste une sécurité mais, si bien balisé, le rôle perd tout son sens et peut-être eût-il mieux valu le supprimer tout simplement dans de telles conditions.
Ordet de Kaj Munk. Adapté par Marie Darrieussecq, mis en scène par Arthur Nauzyciel
Avec : Pascal Greggory, Jean-Marie Winling, Catherine Vuilliez, Christine Vézinet, Pierre Beaux, Xavier Gallais, Benoît Giros, Frédéric Pierrot, Laure Roldan de Montaud, Marc Toupence, Julia Camps de Medeiros, Marie et Loriane Conort.
10:07 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ordet, arthur nauzyciel, xavier gallais


