29.10.2009
Lettre ouverte à Monsieur Eric Besson
A Monsieur le ministre de l'immigration et de l'identité nationale
Monsieur le ministre,
Je vous félicite grandement d'avoir eu le courage d'ouvrir le débat que tout le monde attendait sans oser le réclamer.
Grâce à vous, nous allons enfin aborder d'importantes questions concernant l'identité nationale. En effet, Monsieur le ministre, depuis quelque temps, je suis profondément troublée et ce plus encore depuis vos récents propos puisqu'il m'apparaît de plus en plus vivement que j'usurpe la nationalité française. Née en France de parents nés en France, j'ai désormais la confirmation que mon identité profonde est incompatible avec l'identité nationale française.
Monsieur le ministre, je suis au regret de vous dire que je n'ai jamais chanté la Marseillaise parce que dès mon plus jeune âge, ce chant a provoqué chez moi de profonds traumatismes quand on a voulu me forcer à le chanter à l'école primaire. Depuis, comme je me suis toujours refusée à le chanter et que je compte continuer ainsi, j'en ignore la plupart des paroles. Aussi, si je ne sifflais pas si mal, il me serait parfaitement indifférent de le siffler ou non.
D'autre part, Monsieur le ministre, l'épisode de la Marseillaise ayant eu pour effet d'éveiller chez moi une vocation d'historienne, je dois encore vous dire que je ne me retrouve nullement dans votre conception de l'histoire et que je manque donc là aussi de me sentir pleinement française. Je peine en effet à saisir la continuité qui me relie directement à nos ancêtres les Gaulois et il me semblait qu'il s'agissait là d'une conception désuette me ramenant au Second Empire et à la IIIe République, deux périodes qui, je l'avoue, me séduisent peu.
De ces réflexions m'est venue une petite suggestion que je voulais vous soumettre. Puisqu'il apparaît que je suis vraisemblablement française par erreur et que je ne suis peut-être pas la seule dans ce cas, il pourrait être utile de proposer un contrat d'accueil et d'intégration à l'ensemble de la population résidant en France et non pas seulement aux étrangers désireux d'obtenir la nationalité française. Néanmoins, je crois déjà savoir que mon cas est désespéré puisque je suis un peu trop exigeante pour souscrire "aux valeurs de la République" sous forme de vastes abstractions qui peuvent recouvrir à la fois tout et n'importe quoi et que je trouve ridicule de poser pour une photo avec un buste de Marianne, autre abstraction qui ne m'est rien.
Je souscris en revanche à une valeur qui est l'honnêteté mais qui, pour mon malheur, n'est pas inscrite dans la Constitution française et n'est donc pas susceptible de me sauver. Suivant cette valeur, je terminerai donc en vous disant que je suis française sans l'avoir choisi et que je profite néanmoins aujourd'hui de cette situation en ayant une carte de sécurité sociale, en allant voter quelquefois, en n'excluant pas de devenir un jour fonctionnaire même si le nombre de ces derniers ne cesse de baisser. Toutefois, étant encore jeune et redoutant de devoir payer un jour une dette publique qui se creuse toujours plus, je m'interroge sur l'utilité de mettre mon statut plus en conformité avec mon incompatibilité irrémédiable avec l'identité nationale. Or il m'est impossible, dans l'état actuel des choses, d'être démise de ma nationalité française. C'est pourquoi je vous prie, Monsieur le ministre, de m'aider, ainsi que mes compatriotes malheureux qui sont dans le même cas, en réfléchissant à notre situation. Je me risque à cette proposition d'un échange qui permettrait d'offrir la nationalité française, que nous ne méritons pas, à un étranger désireux de l'obtenir et qui, au terme de son contrat d'intégration, correspondra bien mieux que nous à l'identité nationale que vous définirez.
C'est donc avec grande impatience, Monsieur le ministre, que j'attends les conclusions de votre débat sur l'identité nationale.
Eurydice Vial
20:01 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : identité nationale, marseillaise, eric besson
30.03.2009
L'échec annoncé d'une inauguration : la médiathèque Sayad de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration
Au moment de l'ouverture de la CNHI en 2007, son inauguration avait été reportée au motif que tous les espaces n'étaient pas encore accessibles. En effet, la médiathèque Abdelmalek Sayad n'était pas encore achevée. C'est aujourd'hui chose faite et l'inauguration devenait inévitable.
11h30 : Xavier Darcos, Eric Besson, Christine Albanel et Valérie Pécresse sont attendus à la Cité pour la fameuse inauguration. On a sorti les petits-fours et les mignardises, les portiques de sécurité et les CRS.
En arrivant au métro Porte Dorée, des agents de la RATP vous invitent à emprunter la sortie la plus éloignée du musée, les barrière et les manifestants qui commencent à arriver en rendent l'accès difficile : impossible de passer sans invitation.
A l'intérieur, on se presse dans le forum, l'ancienne salle des fêtes du Palais de la Porte Dorée. Ce n'est pas vraiment l'affluence des grands jours. Est-ce une manière de marquer son opposition ou bien le nombre d'invitations a-t-il été restreint ? Néanmoins, une rumeur se fait bientôt entendre. Darcos et Besson sortent de la médiathèque, Albanel et Pécresse ont renoncé, question d'emploi du temps paraît-il. Suivis d'une cohorte de journalistes, ils sont également vivement interpellés par des invités qui entendaient bien faire entendre la voix des manifestants. Quand Jacques Toubon, président de la Cité, tente de prendre la parole, il est immédiatement apostrophé et ne peut pas ignorer le tumulte qui enfle. Il se lance alors dans un discours pathétique dans lequel il reproche aux manifestants de ne pas avoir visité le musée et de bafouer les valeurs républicaines, ainsi que le travail de recherche et de dialogue effectué au sein de la Cité. Il s'enferre, en perd presque la voix. Darcos l'incite à passer rapidement au discours officiel mais il ne veut pas lâcher le morceau.
Du côté de la sécurité, on ne sait trop que faire : évacuer des invités sous les caméras des journalistes, ça fait un peu désordre. Néanmoins, alors que le vacarme ne semble pas devoir cesser, on évacue violemment un manifestant. Toubon essaye toujours d'en appeler au respect des ministres : Eric Besson est copieusement hué et déclenche une raffale de "Ministère de la honte". La situation est bloquée, les ministres se retirent, on évacue encore quelques manifestants parmi les plus virulents. Dans la salle, c'est la consternation. Certains sont proprement horrifiés que l'on ait pu porter atteinte au sacro-saint pince-fesses et applaudissent Toubon à tout rompre, d'autres tout aussi nombreux, se refusent à toute manifestation d'approbation de la manière dont l'affaire a été réglée (au fond, ce qui se dit tout bas c'est qu'ils l'ont bien cherché).
Malgré un moment de flottement, en l'absence des ministres et de Toubon, tout le monde finit par se diriger vers le buffet. Il faut toutefois un peu plus de temps à certains pour retrouver l'appétit. On rit jaune ou on joue les vierges effarouchées. Entre deux macarons, les manifestants scandent à nouveau des "On est solidaires des sans-papiers" ou des "Sayad tu nous manques". Puis le service de sécurité a soudain l'idée lumineuse de prendre note de l'identité des trouble-fête qui sortent ostensiblement leur carte d'identité en criant des slogans hostiles aux contrôles d'identité qui visent les sans-papiers. La chose faite, ils sont évacués dans le calme, suivis par les journalistes qui recueillent leurs propos à la sortie.
14:45 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cnhi, médiathèque sayad, xavier darcos, éric besson


