06.01.2009

L'ubiquité blogueuse

De la lassitude ? Oui, sans doute, un peu. Un petit moment de "à quoi bon ?" quand Julien Coupat s'impose toujours en bouc émissaire idéal alors que la SNCF se débrouille parfaitement bien toute seule pour retarder elle-même ses trains. Un peu de neige, des sangliers sur la voie, une voiture abandonnée et il n'en faut pas plus. Curieux, on ne crie plus au terrorisme. M'enfin !

Bref, reprenons donc le cours de Vialation en 2009. C'était hier la journée des séminaires. Non, il ne s'agit pas d'une nouvelle commémoration nationale, simplement d'une journée où l'on vous appelle de toute part pour vous proposer d'assister à des séminaires formidables qui ont tous lieu en même temps. C'est tout de même incroyable quand on pense au nombre de séminaires sans intérêt qui jalonnent une vie d'étudiant que ceux qui semblent passionnants se tiennent exactement au même moment !

Hier donc, le choix cornélien se situait entre "Madame Elisabeth" par Philippe Boutry à la Sorbonne ou bien "les tigres anatoliens" dans le séminaire Anatolie de l'ENS. Ne cherchez pas le rapport entre les deux, il n'y en a aucun. L'Anatolie l'a emporté parce qu'elle devait pouvoir me réserver plus de surprises. En effet, loin de vouloir remettre en cause la qualité des interventions de Boutry, le fait est que Vialation vous aura plus souvent entretenu d'Elisabeth que d'Anatolie et que le premier terrain est donc un peu plus battu que le second.

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Pour l'Anatolie, Olivier Decottignies recevait Marie-Elisabeth Maigre. Il y fut question du livre de Patrick Haenni, L'Islam de marché (Editions du Seuil, 2005) qui s'interroge notamment sur la pertinence de l'application à l'Islam des théories que Weber avait développées à propos du protestantisme. Il y fut encore question du MUSIAD, l'équivalent turc du MEDEF, et de ses relations orageuses avec les fameux "tigres anatoliens", jeunes entrepreneurs musulmans  qui s'imposent comme une seconde élite à côté de l'élite laïque et urbaine issue du kémalisme. Les tigres anatoliens sont apparus suite à l'action de divers mouvements dont certains sont aujourd'hui devenus de véritables trusts. Le plus connu d'entre eux est proabablement le mouvement de Fethullah Gülen. A l'origine, c'est l'initiative d'un homme qui pense que le premier besoin de l'Anatolie est l'éducation. Il fonde une école, convainc des intellectuels réputés et connaît un rapide succès. Aujourd'hui, le mouvement possède des écoles dans le monde entier, mais également une chaîne de télévision, un journal et une banque. Mettant en avant des valeurs de tolérance et de dialogue inter-culturel, le mouvement Gülen s'efforce de séduire des universitaires dans le monde entier, les invitant en Turquie pour découvrir leurs institutions. Certains n'hésitent pas à les comparer aux jésuites, quitte à développer les mêmes théories du complot*. En effet, une grande partie du l'élite laïque turque vit dans une véritable paranoïa entretenue  par le souvenir de l'exemple iranien. Alors, Fetullah Gülen, gentil mouvement philanthropique ou entrisme réactionnaire ? Le séminaire ne faisait que poser la question.

Toujours est-il que, pendant ce temps, au séminaire de la Sorbonne, les étudiants de Boutry pouvaient lire une édition commentée d'un extrait des mémoires de Pétion que les habitués de Vialation connaissent déjà bien puisqu'il s'agit de celle-là. Comme quoi, quand on le veut vraiment, on peut toujours avoir le don d'ubiquité !

*Sur le discours et la paranoïa du marquis d'Argenson face aux jésuites, cf l'étude de Bernard Hours dans Louis XV et sa cour, PUF, 2002