15.10.2008

L'empereur malgré lui

"A toute chose, malheur est bon" dit la sagesse populaire. Et si l'on parle du château de Lunéville, on doit bien lui donner raison.

Alors qu'il dépérissait aux mains de la municipalité, un incendie opportun est venu rappeler au monde qu'il existait toujours. A la faveur de l'intérêt médiatique, le conseil général de Meurthe-et-Moselle a fini par s'en porter acquéreur et s'occupe désormais, à côté des travaux, de le valoriser.

Le château de Lunéville a désormais vocation a accueillir des expositions de qualité. Jusqu'au 11 novembre prochain, c'est le duc François III qui est à l'honneur.

Nous l'avons déjà croisé dans les pages de ce blog.

François fait partie de ces gens à qui tout sourit. Né en 1708 dans la famille de Lorraine  et en position intermédiaire, il n'est a priori pas appelé à régner sur le petit duché. Au fond, il n'y voit pas trop d'inconvénients ; il trouve bien assez à s'occuper sans cela. François sait bien qu'on ne vit qu'une fois et qu'il faut en profiter. Au cours de sa vie, il s'intéressera aux sciences, aux arts, aux femmes et aux placements financiers.

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Seulement, on l'envoie étudier à la cour de Vienne. C'est toujours bon d'avoir des amitiés du côté de l'empire en cas de besoin. A Vienne, on l'aime bien, François, et Marie-Thérèse, la fille de l'empereur Charles VI, en pince un peu pour lui. Mais surtout, François perd bientôt ses frères aînés et là, on l'aime encore mieux à Vienne, parce qu'on ne cracherait pas sur la Lorraine si on pouvait la faire passer du côté Habsbourg.  Le problème, c'est que la France aussi aimerait bien récupérer la Lorraine. François, lui, il s'en fiche : il n'est pas pressé de rentrer, il laisse les affaires à sa mère et attend de voir d'où vient le vent. Il finit par se marier avec Marie-Thérèse et il accepte, sans trop rechigner (contrairement à maman qui est dans tous ses états), un certain nombre de transactions diplomatiques : il laisse la Lorraine à Stanislas, en échange, on lui offre la Toscane. Comme il a envie de voyager et qu'il trouve que la Toscane c'est sympa et plus ensoleillé que la Lorraine, il dit banco.

Tout aurait pu s'arrêter là, mais on avait encore besoin de lui. Marie-Thérèse ayant succédé à son père avec bien du mal, elle comptait bien récupérer désormais le Saint Empire qui allait avec l'héritage. Le détail qui cloche, c'est que la couronne impériale est élective et qu'elle est réservée aux hommes : Marie-Thérèse demande donc tout naturellement à son François de se porter candidat. Comme il est très doué en transactions financières, il a réussi à faire gagner beaucoup d'argent à sa nouvelle famille, et tout cela c'est bien utile pour acheter les votes des grands électeurs. Du coup, François se retrouve empereur sans trop de difficultés et comme il n'a pas plus envie de régner sur l'empire que sur la Lorraine, il laisse les affaires à sa femme.

Aussi, si François est mort d'une crise cardiaque à Innsbruck en 1765, il est peu probable que le surmenage en soit responsable.

 

Exposition François de Lorraine, du duc à l'empereur, jusqu'au 11 novembre 2008.

Château de Lunéville

54300 Lunéville

Entrée gratuite.

Catalogue : 15 euros.

 

 

20.08.2007

Pile ou face

Léopold était le troisième fils de l'impératrice Marie-Thérèse. Il est devenu Léopold II en succédant pour peu de temps à son frère Joseph. Mais en cinq ans, il a tout de même eu du pain sur la planche, étant donné que Joseph avait allumé le feu un peu partout. Pensez donc, un empereur qui vous supprime la moitié des jours fériés d'une année, qui vous impose le cercueil recyclable (cf celui de Mozart dans l'Amadeus de Milos Forman) et comptabilise le nombre de notes dans les opéras de Mozart, voilà qui pouvait difficilement faire beaucoup d'heureux.
Léopold a donc hérité de cette situation et, qui plus est, en 1790, d'une Révolution française toute fraîche. Ayant déjà fort à faire de son côté et ne se revendiquant point aussi belliqueux que Joseph, il fit poliment comprendre à sa soeurette de France, qui le harcelait de ses appels au secours, qu'elle se débrouille toute seule comme une grande.  
 
Mais bien auparavant, Léopold s'était marié avec Marie-Louise, une infante d'Espagne avec qui il n'a pas chômé : seize enfants, aussi bien que maman.
 
En souvenir de ce mariage célèbré à Innsbruck en 1765, on a élevé un arc de triomphe.
 
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La majeure partie de la famille s'était transportée dans le Tyrol pour l'occasion, à l'exception des petits derniers. Or, papa, l'empereur François Ier, a eu l'indélicatesse de mourir en plein pendant les festivités ; une crise cardiaque à cinquante-sept ans. Il nous en reste une image traditionnelle, digne d'un soap-opera, de ses adieux à la petite Maria Antonia, une chapelle à la Hofburg d'Innsbruck construite dans la chambre où il a expiré et un arc de triomphe légèrement modifié : d'un côté le mariage, de l'autre le décès de papa. 
 
 
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