02.09.2008

Harcourt, Cherbourg et le dauphin

Un certain nombre de mes visiteurs du jour arrivant par ce lien, qui ne s'intéresse au duc d'Harcourt que pour en médire, j'ai jugé qu'une petite note à son propos pouvait s'avérer utile avant de poursuivre le périple jusqu'à Cherbourg.

François Henri d'Harcourt est donc né en 1726 dans l'une des plus puissantes familles de la noblesse française. Il entama très tôt une brillante carrière militaire et devint maréchal de camp puis, comme nous l'avons vu, gouverneur de Normandie.

Il s'intéresse de très près à l'art des jardins et laissera un Traité de la décoration des dehors, des jardins et des parcs. Dans sa propriété près de Lillebonne, il joue les paysagistes. Harcourt aime aussi les lettres et particulièrement le théâtre. En 1769, il est représenté en personnage de la comédie italienne par Fragonard.

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Prenant très à coeur ses fonctions de gouverneur de Normandie, il suivit attentivement les travaux du port de Cherbourg, rencontrant de nombreux ingénieurs et savants pouvant l'éclairer sur le sujet. En effet, ces travaux, d'une ampleur alors inégalée, suscitaient de nombreuses polémiques et le voyage de Louis XVI avait principalement pour but d'apporter son soutien au projet controversé de l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart. Nul doute que Louis XVI aura apprécié le sérieux et les compétences déployés par Harcourt dans cette mission. Harcourt devenait ainsi l'un des hommes les mieux informés du royaume sur ce qui était le grand projet du règne, un projet d'autant plus cher à Louis XVI qu'il touchait à la marine. Les plans présentés dans la thèse de Pascale Mormiche* attestent de l'importance que Louis XVI souhaitait accorder à la marine dans l'éducation du dauphin puisque ce n'est pas moins d'un bâtiment entier qui devait être dédié à une approche pédagogique de cette matière. Seul le manque de fonds a empêché la réalisation de ce "Disneyland" de la marine.

Par conséquent, quoique cette place attirât les convoitises, qui mieux qu'Harcourt pouvait prétendre à l'obtenir ? Il ne s'agissait pas là d'une simple charge purement honorifique comme a semblé le penser le comte de Vaudreuil qui se porta candidat. Outre qu'il ne pouvait revendiquer les mêmes compétences qu'Harcourt, son caractère porté à la violence le disqualifiait pour occuper une quelconque fonction auprès d'un enfant.

Et pourtant, je lis que certains déplorent le choix d'Harcourt. Pourquoi donc ? Parce que l'enfant en question adressait des reproches à sa mère, un trait qu'il partageait d'ailleurs avec sa soeur. Quel rapport, me direz-vous ? Eh bien ce rapport que Marie-Antoinette étant universellement connue pour être une excellente mère, si ses enfants ne l'aiment pas, c'est  nécessairement qu'on la calomnie et le coupable, bien sûr, ne peut être qu'Harcourt. La chose est commode, elle évite de se remettre en question. Objectivement pourtant, les raisons ne manquent pas: trop absente, capricieuse, Marie-Antoinette ne comprend pas son fils. Alors qu'il est à l'agonie et qu'il se console à l'idée de voir l'ambassade  de Tipou Sahib dont on lui parle tant, sa mère le lui interdit : elle ne veut pas que son fils paraisse en public dans cet état. Il aura fallu la mort de ce premier dauphin en 1789 pour que Marie-Antoinette interroge enfin sa conception de la maternité.

 

* L'éducation des princes français de Louis XIII à Louis XVI, thèse soutenue en 2005 à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

 

31.08.2008

Sur la route de Cherbourg (3)

Après un passage par Falaise, la première journée de voyage de Louis XVI s'acheva au château d'Harcourt qui avait l'avantage de se trouver en face d'un relais de poste. D'autre part le duc d'Harcourt, gouverneur de Normandie, était l'organisateur du voyage. On peut supposer qu'il fut à la hauteur de la tâche puisqu'il devint gouverneur du dauphin quelques mois plus tard.
Difficile aujourd'hui de se représenter ce château puisqu'il fut en grande partie détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Seule la façade principale a été conservée. Pour assurer la sécurité du souverain, ses gardes-du-corps s'étaient installés au château la veille tandis que pour assurer la surveillance extérieure, on avait fait appel à un détachement de grenadiers du régiment d'Artois. Il ne s'agissait pas de précautions vaines puisqu'on venait de tous les environs pour voir le roi. Le château fut rapidement envahi et Louis XVI accepta de souper en public. Il était cependant pressé d'arriver à Cherbourg et reprit la route à huit heures le lendemain matin.
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Il se rendit alors à Caen où l'accueillirent près de 30 000 personnes. Au cris de "Vive le roi !", il répondait "vive mon bon peuple", du pur Henri IV qui rencontra un certain succès. C'est probablement également au cours du voyage de  Normandie que Louis XVI inaugura les bains de foule dont il fit un utile usage dans les premiers temps de la Révolution.
La route se poursuit et passe par Bayeux, puis à proximité du château de Balleroy, oeuvre de Mansart, qui abrite aujourd'hui un musée de la montgolfière et des ballons.
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Puis, au village de Sainte-Croix près de Saint-Lô, c'est la pause déjeuner, toujours dans une auberge. On se demande bien ce que l'on va pouvoir servir au roi. " - Avez-vous des oeufs ? demande-t-il à l'aubergiste - Oui, tout chauds.  - Et du beurre ? - Il sort de la barate." L'affaire était réglée et va pour une tournée générale. C'est à ce moment-là qu'une jeune fille se dit qu'elle ne doit pas laisser passer la chance de sa vie. Prenant son air le plus contrit, elle s'arrange pour se laisser voir du roi. Puisqu'il était dans une disposition d'humeur à faire des heureux, elle ne doutait pas qu'il chercherait à s'informer de ses malheurs et c'est ce qu'il fit en effet, elle tomba alors à ses genoux en pleurant et lui dit : "Monseigneur, je suis enceinte d'un garçon que ma mère me refuse pour mari, daignez me l'accorder." Après l'avoir sermonnée pour la forme, il ordonna qu'elle fût mariée à son retour et lui accorda une dot. La mère récalcitrante était coincée mais la dot aida à faire passer la pilule. Sainte-Croix avait désormais sa scène de Greuze et le cabaret devint de ce jour "l'auberge fortunée".