12.03.2009
Retour au cinéma
Pour vous dégoûter du cinéma à jamais, je ne connais rien de mieux que les cours organiques spécialité cinéma de l'Ecole du Louvre. Trois ans de ce régime et promis, juré, vous n'aurez plus de ces envies de vous faire une toile comme d'autres veulent des fraises. En ces temps de crise, c'est une belle économie.
On peut parfois cependant déroger à la règle mais pour cela, il ne faut rien de moins qu'une raison professionnelle. Et, malheureuse que je suis, j'ai une affreuse tendance à pousser un peu loin la conscience professionnelle, jusqu'à aller voir Eden à l'Ouest par exemple.

Costa Gavras, on peut aimer ou non, on peut être terrassé par l'excès de miel et de bons sentiments ou bien, au contraire, prendre plaisir en retrouvant le joyeux temps des Bisounours mais, dans un cas comme dans l'autre, on aimerait surtout au moins avoir, comme dans Amen, un scénario. Ca ne semble pas trop demander pour le prix du billet. Vous me direz, dans Eden à l'Ouest, on n'a pas de scénario mais on a un Riccardo Scamarcio tout ce qu'il y a de plus craquant, c'est déjà ça. Malheureusement pour lui, c'est un peu "sois beau et tais-toi", on en fait un migrant tellement neuneu qu'on se demande bien comment il a pu faire tout ce chemin sans que personne lui tienne la main. Les autres personnages relevant tous de la même finesse, on est soulagé quand vient la fin terriblement téléphonée. Soulagé ? Oui, un instant, mais plutôt consterné l'instant suivant. Est-il vraiment besoin de donner ainsi du grain à moudre aux xénophobes de tous poils ?

Heureusement, la même conscience professionnelle m'aura aussi conduite à une projection de Welcome. Et là, on respire... Enfin, on respire, façon de parler. Certes, au moins on a vraiment du cinéma, mais il serait plus juste de dire qu'on est oppressé. Pas d'éphèbes candides à l'horizon chez Philippe Lioret, mais bien plutôt des êtres humains avec leurs préoccupations, leurs objectifs personnels et leurs sentiments au milieu. Un regard juste et intelligent, il était temps, pour éclairer certaines réalités. A la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, l'exposition France-Allemagne, à chacun ses étrangers présente des photos de Sangatte, juste avant la fermeture du centre : des hangards, déserts. Et après ? Après il y a Welcome, une belle réponse à ceux qui trouvent l'exposition trop pessimiste, à ceux qui sourient quand des historiens démissionnent pour protester contre un "ministère de l'immigration et de l'identité nationale". Quand on sort de la salle, on ne peut pas se dire que l'on retourne à une réalité plus riante, on a simplement une conscience plus aigüe de cette réalité.

Alors finalement, même après l'Ecole du Louvre, on n'a qu'une envie : retourner au cinéma. Et le MK2 Beaubourg nous est alors d'une aide précieuse avec sa reprise du Plaisir de chanter, film d'Ilan Duran-Cohen sorti en novembre 2008. Ilan Duran-Cohen c'est déjà lui qui avait réalisé Les Amants du Flore pour la télévision, avec Anna Mouglalis et Lorant Deutsch. Dans Le Plaisir, c'est Deutsch sans Mouglalis mais avec Jeanne Balibar (ça dépayse pas trop, on reste dans la brune intello, celles que j'aime précisément, avec Amira Casar) et Marina Foïs. Tout cela, dans un film de gangsters plein d'humour sur fond de chant lyrique. Mais plus que le plaisir de chanter, c'est aussi le plaisir de voir Lorant Deutsch dans un vrai rôle d'adulte, Marina Foïs d'autant plus drôle qu'on la prend au sérieux, Jeanne Balibar en nunuche et Antoine Gouy en gros dur qui vous chante l'air de Nadir dans toute la fraîcheur de sa voix juvénile de contre-ténor (eh oui, c'est là qu'on regrette vraiment que Louis XVI ait chanté comme un pied ! C'est criminel de ne pas faire chanter ce garçon !) En matière de chant, on a d'ailleurs une autre révélation avec Julien Baumgartner dont la voix exrpime une très belle maîtrise et ce, même en pleine nudité. Pour ceux qui ont déjà tenté le chant lyrique au lit, ça leur rappellera de bons souvenirs. Pour moi, c'est incontestablement une position à ajouter au kamasutra moderne.
21:03 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : costa-gavras, philippe lioret, ilan duran-cohen

