29.06.2009

1789-2009

1789-2009, La Révolution en héritage, c'est le titre du hors-série du Monde sorti le 18 juin dernier. On y trouve bien sûr la traditionnelle revue des grands événements de la Révolution mais aussi des entretiens non dénués d'intérêt et notamment avec Timothy Tackett. Historien américain, une petite controverse autour de son Le Roi s'enfuit _ Varennes et l'origine de la Terreur, publié en 2004, a beaucoup contribué à sa renommée en France. En effet, Tackett estime que des signes avant-coureurs de la Terreur se trouvent dès l'été 1791 suite au départ du roi, et il réaffirme, contre Furet, que la Terreur est plus le fruit de circonstances exceptionnelles qu'un dommage collatéral des Lumières. Avant Tackett, il restait assez difficile de partager son point de vue sans être immédiatement renvoyé à la pensée marxiste et à la reductio ab Stalinum. Lui-même, déçu des polémiques continuelles du bicentenaire, se réjouit que les choses semblent s'apaiser en France et qu'elles privilégient une recherche plus pragmatique. Il faut l'espérer.

Est-ce pour autant que les "géants de l'histoire" vont disparaître ? C'est ce que semble penser un Pierre Serna désabusé et qui succède à Jean-Clément Martin à la tête de l'Institut d'Histoire de la Révolution Française (IHRF). Evoquant ses illustres devanciers, tels Aulard, Mathiez ou Soboul, Serna explique qu'il est lucide et que son ambition est avant tout de "refaire de l'IHRF un lieu de sociabilité". Pour cela, une grande réalisation : un repas réunissant collègues et étudiants le 21 janvier. On peut douter, en effet, que la seule perspective d'un repas annuel bien arrosé soit propre à faire rêver d'éventuels "géants".

On lira également avec intérêt l'entretien accordé par Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes, qui nous affirme que la "mémoire de la Révolution est pacifiée" dans sa ville. A mon avis, pour pacifier quoi que ce soit, il faudrait probablement dépasser la mémoire et nous avons vu, ici et à plusieurs reprises, qu'on était loin de parvenir à ce résultat au musée d'histoire du château des ducs de Bretagne. La pacification, selon Jean-Marc Ayrault, se limiterait à un dosage minutieux des mémoires : on célèbre la naissance de la République mais on dépose une gerbe en l'honneur de Charette, on promeut les valeurs de la gauche mais on permet aux royalistes de se rassembler au pied de la statue de Louis XVI.

 

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Mais Jean-Marc Ayrault n'est pas le seul politique à s'exprimer. Depuis vingt ans, on ne se lasse pas de demander aux hommes politiques ce qu'ils pensent de la Révolution et c'est généralement sans grande surprise. On aurait bien aimé un François Bayrou mieux inspiré ou sinon, ce sont bientôt les dix-huitièmistes qui vont quitter le MoDem. Bref, qu'il instrumentalise la Révolution dans son opposition au sarkozysme, c'est compréhensible, c'est dans son rôle et, comme disait naïvement Henri Guaino : "quand on utilise l'histoire en politique, on ne cherche pas la vérité." mais stigmatiser la monarchie tout en essayant de sauver le soldat Henri IV, ça finit par donner du grand n'importe quoi. Déjà, François, il a du mal avec Louis XV, on l'avait remarqué quand il en a perdu son latin sur France Culture, en voulant évoquer le Discours de la flagellation. Remarquez, ça arrive à des gens très bien et en plus, Henri IV, c'était pas tellement son truc à Louis XV. Mais dans Le Monde, ça donne des perles : "La Révolution est programmée dans l'affirmation de l'absolutisme. Elle est la fille de l'abolition de l'Edit de Nantes. Elle s'écrit dans la vénalité des offices. Elle se lit, tant de décennies à l'avance, dans l'installation du roi et de sa cour à Versailles, c'est-à-dire loin du peuple. Elle est tout entière dans la dérive de Louis XV et elle devient imparable dans les hésitations de Louis XVI entre l'invention d'une monarchie à l'anglaise et la restauration d'une monarchie impérieuse." Un sursaut de lucidité tout de même : "C'est un événement aux mille causes, dont le cours paraît impossible à détourner." Ouf, on sauve les meubles. François, un conseil tout de même : Henri IV, c'est bien, mais ça va être difficile de faire l'économie de ceux qui ont utilisé la ficelle auparavant, et ça comprend Louis XVI et la Restauration.

Allez, pour se remettre de ses émotions, on pourra finir en lisant l'entretien accordé par Jean-Fabien Spitz, une des stars de l'UFR de philo de Paris I, qui s'efforce avec assez de talent, de réconcilier les idées de liberté et d'égalité.