04.11.2009

Petit point sur les sectes

Voilà un petit moment que nous n'avions pas abordé le sujet ici mais l'article du Canard enchaîné de la semaine du 28 octobre : "Les flics antisectes maraboutés par Sarko", est l'occasion d'y revenir.

S'il convient de ne pas succomber à la paranoïa du complot, on est tout de même en droit de s'en inquiéter quelque peu. L'article a au moins le mérite d'éclairer d'un jour nouveau les tractages inopinés des scientologues pour l'UMP pendant la dernière campagne des municipales. Nous en avions parlé .

Mais outre la scientologie, ce sont les affichettes et les tracts de la Nouvelle Acropole qui continuent de fleurir en ce moment et il est particulièrement intéressant d'analyser les stratégies mises en place par ces mouvements sectaires pour leur communication sur le net. Dans tous les cas, c'est évidemment le brouillage des pistes qui est privilégié mais pas toujours sur le même mode.

Ainsi, la Nouvelle Acropole choisit généralement de s'inspirer de la charte graphique de ses adversaires pour mieux les contrer. Elle cherche en effet l'appui d'une caution scientifique virtuelle et crée pour cela des sites singeant le caractère institutionnel des centres de recherche. Sous une apparente neutralité, on n'y trouve que des articles constituant des plaidoyers pro domo. Dans le même ordre d'idée, le mouvement a cherché à phagocyter la page Wikipédia qui lui est consacrée ou bien a ouvertement incité les visiteurs de son site web à faire des dons à l'UNICEF, une manière de redorer son blason à peu de prix.

 

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Néanmoins, dans la recherche de respectabilité dans l'association avec des institutions,  le cas le plus troublant est sans doute celui du Club de Budapest que nous avions pointé et qui avait fait débat. Un article de Patrick Tort (section : Une université du Nouvel Âge. PS : ne pas prêter attention à sa photo très série B) permet d'aller un peu plus loin en soulignant notamment la manière dont le mouvement change régulièrement de nom (de l'Université Populaire de Paris à l'Université intégrale aujourd'hui) et ses pratiques pour faire croire aux partenariats d'institutions et de grands noms. Mieux encore, la meilleure défense étant l'attaque, le mouvement se propose d'être un rempart contre les sectes. Ainsi, la 3ème journée inaugurale de l'Université intégrale, organisée en janvier 2009, se proposait notamment de réfléchir à "Comment échapper aux différentes formes de dérives sectaires et aux dépendances physiques, psychologiques et spirituelles contemporaines ?". Une véritable réussite pour la communication web : une rapide recherche sur Google en tapant "Club de Budapest secte" vous renverra inévitablement vers les prétendues ambitions anti-sectes du mouvement. Plus inquiétant, on est également renvoyé vers une page de la section vosgienne de Désirs d'Avenir. Manifestement, l'UMP n'est pas seule à entretenir des liens confus avec les sectes et Ségolène Royal, qui joue de malchance avec le web, devrait au moins en profiter pour demander au Club de Budapest de l'aider dans sa communication virtuelle.

15.06.2008

Les sectes sont un non-problème bis

Cette semaine, l'Elysée recevait Louis-Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou, le Louis XX des légitimistes. Installé depuis quelques années au Venezuela, il venait exceptionnellement en France sur l'invitation de son ami, le père de la Morandais, prêtre médiatique à qui l'on remettait la légion d'honneur. Les séjours du prince en France, c'est un peu son service minimum. Sans cesse flanqué d'un conseiller en communication qui lui dicte la plupart de ses réponses, il s'efforce de tenir, avec un enthousiasme fortement tempéré, le discours qui doit rassasier ses partisans pour les six mois à venir. Il n'empêche : un Bourbon à l'Elysée, ça n'arrive pas tous les jours, surtout entre Jacques Verges et Steevy Boulay. Tout le monde réclama donc un cliché avec sa trombine à côté du prince ; Emmanuelle Mignon, très discrète depuis ses propos maladroits sur les sectes, ne fut pas en reste. 
 
Problème ou non, il se trouve que les sectes se trouvent relativement souvent sur mon parcours. Nous avions déjà évoqué les curieuses campagnes électorales de la scientologie, c'est par des propos tenus en soirée que j'ai découvert les agissements de la Nouvelle Acropole. En effet, poussées par une curiosité intellectuelle qui les a ouvertes à la danse buto aussi bien qu'à la philosophie, deux jeunes femmes me racontaient la visite qu'elles venaient de faire avec une association à laquelle elles appartenaient. Au fur et à mesure de leur récit le "Paris gallo-romain" s'avérait de plus en plus ésotérique : curieux... Elles m'apprirent que cette visite s'inscrivait dans le cadre de conférences qu'elles suivaient avec cette association, conférences portant sur "la philosophie, l'histoire et l'art" : "philosophie occidentale" la première année, "philosophie orientale" la deuxième. Si le contenu des conférences s'avérait aussi suspect que celui de la visite, ça faisait cher des 55 euros par mois. Dans ces étranges conférences, on croisait apparemment aussi quelques amateurs de bouddhisme qui, avant chaque début de séance, se mettaient ostensiblement à méditer. Tout cela paraissait au final un joyeux gloubi-boulga, pas très sérieux, vaguement new-age, mais pas bien dangereux. 
 
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L'une d'entre-elles émettait tout de même quelques doutes : "les gens de l'association exigent un peu plus de nous au bout de deux ans. Ils veulent qu'on ouvre un local près de chez nous, qu'on tienne une permanence et qu'on organise des conférences. Ca m'a paru bizarre alors je suis quand même allée voir si ce n'était pas une secte, mais apparemment non, c'est juste la vie associative." Je ne sais quelles étaient les sources qui lui permettaient d'affirmer qu'il ne s'agissait pas d'une secte et je ne pus en apprendre plus puisqu'elles craignirent d'évoquer leurs doutes alors qu'arrivait l'un de leur amis, "Acropolitain" depuis un certain temps. Le grand jeune homme have qui prit place à mes côtés me glaça immédiatement. Avec lui, de simples présentations tournaient à l'interrogatoire et vous procuraient des sensations aussi agréables qu'un oral avec Reynald Abad dit "La Machine", à Paris IV. De là, il me fit un éloge de Max Gallo, me parla de la nécessité d'une redéfinition identitaire dans la mondialisation, du rôle de l'Etat dans la cohésion des groupuscules, enfin d'ordre et de valeurs le tout sous le prétexte d'une pseudo-philosophie dont les fondements s'effondrent au premier souffle. Si l'accusation de fascisme me semble avoir été galvaudée par son utilisation à tort et à travers, je n'en voyais pas beaucoup d'autres pour qualifier le discours qu'il me tenait avec la plus parfaite tranquillité comme étant la seule solution envisageable. Toutes choses très rassurantes qui sont donc un non-problème. Pour ma part, je me suis contentée de conseiller Buridan aux deux jeunes recrues dans le doute pour leurs prochaines visites guidées.