14.02.2009

Louis XVI devient bobo

Vous avez déjà entendu parler d'une oeuvre de fiction dans laquelle Louis XVI était le personnage principal ? Cherchez bien ! A ma connaissance, il n'y en a pas. Il faut dire que, spontanément, comme ça, dans le genre anti-héros, c'est encore pire que Julien Sorel même si c'est la même fin.

Et pourtant, on néglige trop souvent le potentiel de séduction bobo de Louis XVI. Après tout, lui aussi a résidé dans le IIIe arrondissement de Paris, juste à côté de la rue de Bretagne, comme tout bon bobo qui se respecte. Bref, il aura fallu la sortie de la bio de Petitfils en 2005, un succès de librairie, pour qu'on prenne toute la mesure de ce potentiel. C'est donc aujourd'hui naturellement la fiction qui s'en empare avec Arnaud Sélignac, réalisateur d'une Evasion de Louis XVI, diffusée sur France 2 le 24 février prochain dans le cadre de la série "Ce jour-là, tout a changé".

Le château de Fontainebleau en proposait une avant-première et, en résumé : historiquement, c'est à droite (succès oblige, c'est Petitfils qui a servi de conseiller historique) et visuellement, avec les clins d'oeil à Chéreau, c'est à gauche. Quand je vous disais que c'était tout à fait bobo !


 

Dans le détail, on sort enfin Louis XVI de la naphtaline ! Ouf, il était temps ! C'est Louis XVI, (interprété par Antoine Gouy) le mouvement en plus, Louis XVI avec quelque chose entre les jambes, un homme, un vrai, quoi ! Un Louis XVI avec des idées, avec son sens de l'humour, un peu hâbleur même parfois... Bon c'est aussi le Louis XVI de Petitfils, un Louis XVI parfois très idéalisé (et pour que ce soit moi qui le dise !) parce que bon Louis XVI qui se réclame de la pure philanthropie quand il vient en aide aux Américains, faut pas charrier ! Rien que pour la com, vu le prix que ça a coûté, vaudrait mieux que ce soit pas par simple charité chrétienne et qu'il y entre aussi un peu de Realpolitik. Mais c'est ça, à pas vouloir présenter Louis XVI en "sale type", on le montre un peu concon ! De la même manière, c'est un Louis XVI un peu vite rallié à l'idée d'une monarchie constitutionnelle. Faudrait voir qu'on part quand même de la déclaration du 23 juin 89 et qu'après ça, il y a un peu de pragmatisme et de lucidité et que la Constitution n'est donc pas une aspiration tout à fait spontanée.

Le pragmatisme et la lucidité, c'est justement tout ce qui semble échapper à Marie-Antoinette (Estelle Skornik). Voilà qui va faire hurler les fans ! En effet, tout comme dans le Marie-Antoinette d'Alain Brunard, c'est la thèse d'une politique différente menée, chacun de leur côté, par le roi et la reine  (seule partisane d'un appel aux troupes étrangères) qui est retenue. Elle trouve son origine dans les écrits, assez controversés, des Girault de Coursac et est reprise par Petitfils. Depuis un bon moment, Jean-François Kahn s'en est fait le vulgarisateur et même si je la partage moi-même, je tiens à préciser qu'elle n'est pas la thèse officiellement défendue par le Modem. Il me semble également juste de préciser qu'elle est encore loin de faire l'unanimité et, si elle paraît désormais être plébiscitée par la fiction, c'est aussi qu'elle apparaît plus dramatique et qu'elle peut donner lieu à de franches engueulades.

Plus anecdotique, l'affaire Fersen, également controversée, n'est pas oubliée. Là encore, ressort dramatique oblige, nous avons droit à un Louis XVI franchement jaloux. On peut juger peu pertinent de s'y arrêter si longuement, le fait est qu'elle donne lieu à de très belles scènes qui permettent d'illustrer une certaine brutalité de Louis XVI, un aspect souvent ignoré de sa personnalité. A ce titre, la scène de la chasse est parfaitement mais magnifiquement surréaliste.

En définitive, si l'ensemble se ressent parfois d'un petit côté "on n'est pas naturels parce qu'on se demande encore comment ça cause une famille royale", qui touche probablement les premières scènes tournées, on peut noter la performance des acteurs qui se sont prêtés avec talent à ce tournage express. Même Madame Elisabeth (Adélaïde Bon) sait se rendre présente sans passer, comme souvent, pour l'illuminée de service. On notera aussi que le montage est heureusement parvenu à se débarrasser de la plupart des lourdeurs qui avaient affectées le premier épisode sur l'assassinat d'Henri IV en dépit des cinq dernières minutes, tout à fait imbuvables par leur excès de royalisme dans le plus pur style XIXème. Une heure trente pour comprendre que Louis XVI était un gars bien, c'est suffisant, en rajouter une couche, c'est contre-productif.

Bref, si je me suis sentie plus d'une fois chatouillée historiquement, on se laisse tout de même facilement prendre et ce pour mon plus grand plaisir parce qu'évidemment, en bonne bobo que je suis aussi, l'enthousiasme l'a emporté et je meurs déjà d'envie de le revoir.