12.08.2009

L'escorting, le rose en moins

Depuis la sortie de l'enquête d'Eva Clouet, La prostitution étudiante, on nous ressort le sujet périodiquement : un thème rêvé pour Mireille Dumas et ses disciples. Il est tellement plus plaisant de suivre une étudiante escort girl plutôt que la même, employée chez Mc Do. On fait mine de s'apitoyer et puis on se dit finalement que ce n'est pas une si mauvaise chose : mêler plaisir et argent facile, il y a tout de même pire comme situation ! D'autant qu'avec l'inversion de la pyramide des âges, cela pourrait être un bon compromis pour éviter les situations à la David Lurie, le professeur quinqua démangé par le démon de midi dans le Disgrâce de Coetzee.

 

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Au fond, ce n'est plus tellement l'aspect moral qui dérangerait aujourd'hui mais plutôt le rapport strict à l'argent : travailler moins pour gagner plus, voilà qui n'est pas tout à fait dans l'air du temps, et surtout pas s'il s'agit de financer ainsi des lectures commentées de La Princesse de Clèves. Alors pour toutes ces raisons, on préfère renvoyer l'escorting à la vulgarité, se réclamer du féminisme pour le vouer aux gémonies.

Cela dit, en surprenant ces propos échangés entre deux jeunes femmes péroxydées dans le tgv, on peut bien se demander de quel côté se trouve la vulgarité :

"- Ce qui m'angoisse vraiment, c'est que je n'aime plus Cannes !

- Mais pourquoi tu n'irais pas sur la plage "Machin" ?

- Ah non, pas possible, c'est une plage publique. Non, je ne peux pas, c'est pas confortable, il faut prendre sa serviette.

(...)

- J'ai rencontré Jérémie à la soirée de la semaine dernière et il m'a plu tout de suite. Il a commencé à me parler de sa piscine bio et je me suis dit : Ca c'est un mec pour moi, un mec qui aime l'argent."

 

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Aussi, on peut sans doute se réjouir de la manière dont Soderbergh traite le sujet dans The Girlfriend Experience. En confiant le premier rôle à Sasha Grey, actrice jusqu'ici plutôt connue pour ses performances dans des films X, il était d'autant plus difficile de ne pas succomber aux sirènes sulfureuses pour leur préférer un traitement tout en pudeur. Chelsea, la jeune escort du film, est une femme élégante qui évolue dans le New-York huppé. Sous sa froideur apparente, véritable femme d'affaires, elle croit encore néanmoins aux signes et à la possibilité de rencontrer l'amour fou. Loin d'idéaliser la situation, Soderbergh refuse toutefois le moralisme et les excès fantasmatiques : nul psychopathe mais pas de client type non plus ; le plus charmant jeune homme peut côtoyer le pire goujat.