25.10.2009

La saison des caténaires

Avec le retour de l'automne et surtout le début des vacances, on connaît désormais la chanson : les caténaires tombent sur les voies de chemin de fer. Eh oui, ça y est, l'ultra-gauche is back ! Un petit tour à Poitiers pour justifier Edvige 2, pardon, la création de bases de données et un beau capharnaüm à la gare de l'Est pour la Toussaint. Que de rebondissements ! Avec tout le mal qu'on se donne pour vous distraire avant les régionales, vous auriez quand même mauvaise grâce de vous en tenir à la seule affaire du prince Jean.

Bloquée à la gare de l'Est, j'ai donc pris la chose avec philosophie. Après tout, je le sais bien que je joue de malchance quand je me rends au théâtre en province, il n'y a qu'à se souvenir de l'OTAN en avril. Profitant de l'occasion pour observer le ballet des journalistes, je n'ai pas été déçue. Toutes ragaillardies à l'idée d'avoir leur quart d'heure de gloire, les jeunes femmes employées par la SNCF pour informer les voyageurs affichent un large sourire. En fait, ces mêmes voyageurs, elles ne les voient même plus tant elles sont occupées à se précipiter devant la moindre caméra pour annoncer fièrement que : non, décidément, elles savent faire face, elles ont déjà vu bien pire... Parfois, tout de même, un voyageur se fraye un chemin jusqu'à elles. Et non, hélas, ce n'est pas encore pour demander un autographe mais bien pour savoir si l'on sait quelque chose à propos des trains pour Metz. Armez-vous de patience toutefois, avant que vous n'ayez pu finir de formuler votre question, la journaliste vous aura interrompu trois fois sans façon parce qu'elle n'en avait pas tout à fait fini avec la jeune femme de la SNCF. Bien sûr cette dernière ne verra aucun inconvénient à snober son public et si vous n'avez le réflexe de la rattraper par la manche,  elle vous tournera les talons et vous laissera en plan avec votre question.

Mais à la fin, tout rentre dans l'ordre et vous quittez Paris à l'heure où vous auriez dû arriver à Metz. Mais pourquoi donc aller au théâtre à Metz ? La ville ayant tout misé sur la programmation musicale avec l'acoustique exceptionnelle de l'Arsenal, le théâtre y est plutôt indigent. C'est oublier que Metz est une ville qui a aussi fourni son lot d'auteurs dramatiques ces dernières années avec Philippe Minyana, Jean-Paul Wenzel et surtout Bernard-Marie Koltès. Et c'est justement pour commémorer les vingt ans de la disparition du dernier que l'opéra-théâtre a organisé "l'intégrale Koltès" qui s'achevait hier avec Roberto Zucco.

La mise en scène de Christophe Perton pour le CDN de Valence aura au moins eu le mérite de secouer un public messin très conservateur, si conservateur même que je ne pensais même plus qu'on en trouvait de ce genre-là. Un public impatient qui n'aime pas qu'on le fasse attendre et qui exige qu'on use avec lui des conventions les plus traditionnelles du théâtre comme un signe de respect. A vrai dire, Christophe Perton est bien loin de le brutaliser, son public, mais c'était déjà trop semble-t-il. Enfin, laissons là les Messins et retournons à la pièce.

 

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Une fois de plus, on nous sert la ficelle du théâtre dans le théâtre. Bien sûr, le dispositif est mené avec finesse et sert parfaitement le texte de Koltès, bien sûr chez Perton, on est plutôt tenté d'y voir de l'honnêteté mais il n'empêche qu'au bout d'un moment, on aimerait aussi que les théâtreux arrêtent de se regarder perpétuellement le nombril pour qu'ils se posent un instant la question bêtassouille de savoir, qui plus est pour une pièce inspirée d'un fait divers, ce qui resterait du théâtre sans le monde autour. De fait, ce n'est pas non plus sans incidence sur le jeu des comédiens qui semblent parfois être plus portés par le texte de Koltès qu'ils ne portent eux-mêmes le texte. Il n'y a pas de place pour une pseudo-sacralité du texte sans l'humain qui se déploie finement pour lui donner son sens. Au final, si la performance d'Olivier Werner en Zucco est bien remarquable, si les comédiens sont tous bons, ils ne jouent malheureusement pas tous _et c'est pourtant essentiel_ la même partition d'où des chevauchements et souvent une impression d'inaboutissement. Le meilleur exemple en est très certainement le trio formé par la Gamine (Agathe le Bourdonnec), l'Otage (Christine Gagnieux) et l'Enfant (Simon Perton). La Gamine et l'Otage sont les deux femmes pour lesquelles la rencontre de Zucco va agir comme un révélateur. C'est grâce à lui qu'elles trouvent la force, ou l'excuse, pour se dégager des pesanteurs sociales et familiales. De l'ado à la femme mûre, Zucco aime toutes les femmes et fait figure de gourou pour celles qui sont dignes de se mesurer à lui. D'une telle expérience radicale, on ne ressort pas indemne et c'est ce dont rend bien compte l'interprétation de Christine Gagnieux. Dès lors, il est dommage que son pendant, la Gamine, ne connaisse pas une évolution similaire. Agathe le Bourdonnec est sans aucun doute touchante par sa vivacité et ses airs mutins mais en restant tout au long de la pièce dans une représentation très stéréotypée de l'adolescence, elle ne parvient pas à en devenir bouleversante. Elle manque alors le personnage et empiète du même coup sur le rôle plus abstrait de l'Enfant et c'est ainsi que le trio s'effondre.

Peut-être faut-il imputer ce manque d'harmonie chorale des comédiens à la précipitation qui semble avoir affecté l'unique représentation messine. J'ai regretté cependant que cela m'ait souvent empêché d'entendre un texte qui perdait ainsi de sa force. J'en garderai néanmoins quelques beaux moments comme l'interprétation de Pierre Baillot en vieillard du métro ou encore le final d'Olivier Werner.

Souhaitons donc plus de chance et un public plus avenant aux représentations genevoises à venir.

25.09.2009

Eloge de la folie mystique

En allant voir, Ordet, la pièce du Danois Kaj Munk, on peut choisir de s'arrêter exclusivement au propos religieux, le trouver ennuyeux et décider de partir assez rapidement.

On peut aussi y aller parce qu'on garde un souvenir ému du film de Dreyer et qu'on espère renouer avec ce sentiment.

De cette ambivalence sont probablement nées les nombreuses réticences auxquelles Arthur Nauzyciel s'est dans un premier temps heurté en proposant sa mise en scène. Puis finalement soutenu par Marie Darrieussecq pour la traduction et l'adaptation, Ordet s'est imposé au festival d'Avignon en 2008.

 

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Aujourd'hui, la pièce est reprise dans le cadre du festival d'Automne à Paris, au théâtre du Rond-Point jusqu'au 10 octobre. Précisons-le tout de même, à la première scène, vous vous mettez à regretter les 2h30 pour lesquelles vous avez signé. Catherine Vuillez, en Inger Borgen, ne s'échappe jamais d'un formalisme froid qui relève du cliché du théâtre scandinave. Aussi, Inger n'étant jamais véritablement incarnée, la fameuse résurrection finale tombe à plat et confine au ridicule. Mais paradoxalement, ça n'est pas si gênant parce qu'on peut alors mieux se rendre compte qu'Ordet ne se résume pas à cette résurrection. Dans la mise en scène de Nauzyciel, c'est incontestablement Xavier Gallais en Johannes Borgen qui restera. L'expérience mystique d'Ordet, c'est bien son interprétation qui la permet. Faisant tomber toutes les barrières, terrassant le rationalisme qui vous fait afficher un sourire en coin à l'écoute des innombrables débats théologiques, il vous bouleverse littéralement et c'était là une expérience théâtrale que je n'avais plus vécue depuis bien longtemps.

Il a d'autant plus de mérite à la chose que rien n'est là pour l'aider. Outre, comme nous l'avons vu, qu'Inger n'est pas plus vivante après qu'avant la résurrection, le rôle de l'enfant est lui aussi totalement annihilé, réduit à un simple figurant mal à l'aise. Au lieu de s'efforcer d'apprivoiser son malaise, Nauzyciel s'est contenté de l'entériner en enregistrant tous les dialogues où intervient la petite Maren Borgen. C'est certes compliqué de travailler avec des enfants, ça demande du temps et l'enregistrement est sans conteste une sécurité mais, si bien balisé, le rôle perd tout son sens et peut-être eût-il mieux valu le supprimer tout simplement dans de telles conditions.

 

Ordet de Kaj Munk. Adapté par Marie Darrieussecq, mis en scène par Arthur Nauzyciel

Avec : Pascal Greggory, Jean-Marie Winling, Catherine Vuilliez, Christine Vézinet, Pierre Beaux, Xavier Gallais, Benoît Giros, Frédéric Pierrot, Laure Roldan de Montaud, Marc Toupence, Julia Camps de Medeiros, Marie et Loriane Conort.

03.04.2009

OTAN pour moi

Ah qu'elle était fine mon idée d’aller à Strasbourg le 1er et le 2 avril ! Juste avant le sommet de l’OTAN, on peut pas mieux tomber ! Remarquez, il y a pire, on peut aussi y aller en plein sommet : Strasbourg, ville morte. On ne parle que de ça en ville. Il y a ceux qui s’empressent de fuir avant la fermeture des gares et ceux qui n’auront d’autre choix que de se terrer chez eux. A ma décharge, tout s’est fait au dernier moment. Quel sale coup, on vérifie les jours et les horaires d’ouverture des musées, on réserve bien en avance ses billets de train et vingt-huit chefs d’Etat s’invitent dans votre dos mettant les services de sécurité internationaux sur les dents. Résultat : musées ouverts au compte-goûte quand ils ne sont pas fermés pour la semaine, tente de décontamination qui occupe toute la place Gutenberg et chemins balisés dans le centre ville. Pas moyen de faire dix pas sans croiser des CRS. D’ailleurs, la couleur est annoncée dès la gare de l’Est : destination Strasbourg c’est contrôle obligatoire sur le quai !

 

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Paysage de carte postale avec option OTAN : une camionnette bleue à gauche.

Au TNS, pas mieux : fermeture obligatoire du 2 au 5 avril. On aura eu chaud pour la représentation de La Cagnotte le 1er avril. Le Dieu du théâtre existe, ce jour-là il était avec moi et ce n’était pas un poisson d’avril. Et La Cagnotte par Julie Brochen, ça vous dédommage de tous les sommets de l’OTAN, ça devrait même pouvoir réconcilier avec Labiche tous les traumatisés de la version soporifique et insipide récemment diffusée sur France 2. Julie Brochen retrouve avec un plaisir non dissimulé la mise en scène et les principaux comédiens de la version de 1994. Le mieux est de la laisser parler :

« Le texte est incroyablement riche. C’est de la littérature, et poétique de surcroît, qui m’évoque l’univers de Buster Keaton. Dans le premier acte, les personnages sont à table en train de jouer aux cartes, et c’est tout. Et il faut tenir ça. Le premier acte était justement le plus dur à trouver. On s’est ensuite cassé les dents sur le dernier acte, tellement abstrait ! Puis, quand on commence à entrevoir les rouages de la mécanique infernale contenue dans le texte, on joue avec des rythmes qui sont aussi écrits. On se sent remontés comme des mécaniques… quelque chose nous prend au corps. »

Ses propos sont extraits du programme et on pourra passer sur les passages moins inspirés, notamment quand elle s’extasie sur l’  « analyse féroce et très drôle de la France et du caractère français » ou quand elle se lance dans la digression historique : « La défaite de Sedan a différé de 70 ans la promesse de la Révolution française. Il a fallu attendre la IIIe République. » La Commune, on comprendrait,  la IIIe République, c'est plus discutable. Tout dépend à quelles promesses on pense.

 

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Bon évidemment, depuis 1994, il y a tout de même quelques changements, de nouveaux visages, Antoine Gouy… Oui, je vous vois venir : elle va pas encore nous faire une note avec Antoine Gouy, ça devient une obsession sur ce blog ! Oui, mais c'est comme ça, c'est une phase comme vous aurez la phase Noiriel. Et puis, vous verrez dans quelques années si on n’en parlera pas. Ils sont plusieurs à le suivre attentivement depuis ses premières armes au conservatoire. Ses qualités tiennent finalement en peu de mots : il est aussi à l’aise dans le jeu que dans le chant tout en faisant ce qu’il veut de son corps, un comédien accompli pourrait-on dire. Il joint à cela une grande finesse d’analyse, probablement liée à son ouverture d’esprit et à sa curiosité naturelle, et travaille avec un enthousiasme d’autant plus grand qu’il le fait toujours par plaisir. Dans le rôle de Sylvain, il transforme le final de La Cagnotte en véritable feu d’artifice. Comme il a un cerveau et qu’il sait s’en servir, il est probable que ce ne sont pas le cinéma ou la télévision qui lui procureront ses meilleurs rôles, le théâtre offre encore (pour combien de temps ?) un véritable espace de liberté dans lequel il peut sincèrement s’épanouir. Mais on pourrait aussi noter le sadisme exquis de François Genty ou la Léonida très lyrique de Marie Desgranges. Ce serait donc dommage de se priver de cette superbe Cagnotte qui, en outre, n'oublie pas les intermèdes musicaux.

La Cagnotte, Théâtre National de Strasbourg, Hall Kablé, jusqu'au 13 mai 2009

Mise en scène de Julie Brochen, avec Christophe Bouisse, Marie Desgranges, Pierre Diot, Bernard Gabay, Flavien Gaudon, François Genty, Antoine Gouy, Vincent Leterme, Gildas Milin, Natacha Mircovich, Jean-Michel Portal, Jean-Christophe Quenon, Philippe Thibault.


06.06.2008

Ricercar

C'est au théâtre du Quai d'Angers, que François Tanguy a déposé la grande boîte de Ricercar jusqu'au 6 juin. Une grande boîte ou une camera oscura qui nous saisis au premier abord par son étonnante profondeur et son impressionnant plafond. A l'intérieur se tient un petit chaos poétique, un non-espace semé, ça et là, de roses séchées : onirisme et teintes sépia, symbolisme et Parnasse ; de la topaze de Gadda à la contemplation de Büchner, c'est l'art pour l'art qui règne. La musique, le ricercar est le précurseur de la fuguer, nous ramène à ce qui serait un Fantasia du spectacle vivant. 
 
Si Kantor est à l'horizon, ce sont bien les codes cinématographiques qui prennent le pas et s'imposent naturellement avec le mouvement virevoltant. Et c'est bien le mouvement qui fait la force de ce ricercar dont les textes, collés, ne gagnent pas leur nécessité. Malgré les éblouissements, tout est doux, et donc un peu insipide, car toute émotion est soigneusement mise à distance. Personne, ici, n'est vraiment concerné, les références mythologiques sont autant de pierres précieuses semées au vent et le son seul prévaut sur tout sens ou même non-sens. 
 
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Ricercar, mise en scène de François Tanguy avec le théâtre du Radeau. 
A Avignon, du 17 au 25 juillet, lycée Frédéric Mistral.
A Paris, du 23 septembre au 19 octobre, aux Ateliers Berthier.

 
 
 
 
 
 

27.03.2008

Dans le miroir des Bonnes

Dans notre série sur la sculpture, laissons une petite place au théâtre pour retrouver Henry-Anne Eustache qui s'était fait connaître par une excellente mise en scène de l'Amant de Pinter. Pour une première, Pinter était un véritable défi quand tant d'autres, déjà chevronnés, s'y cassent les dents. Alors, la chance du débutant ? Le mieux est encore d'aller le vérifier avec le deuxième opus, sa mise en scène des Bonnes de Jean Genet. 
 
Claire Der Hovannessian, la scénographe, transforme le plateau de l'Aktéon en boudoir pailleté, en une petite galerie des glaces pour star hollywoodienne de pacotille. C'est qu'il faut à Madame de quoi glorifier sa douleur, de quoi permettre à ses larmes de scintiller en place des diamants qu'elle refuse de porter depuis que Monsieur est en prison. 
 
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Et ce sont deux spectres de bonnes, oies trop blanches pour être vraiment sincères, qui prennent une consistance en se glissant dans les costumes de Madame, comme on essaye, enfant, les escarpins trop grands de maman. C'est cette innocence outrancière, cette fraîcheur du petit meurtre entre soeurs que vise avec justesse Henry-Anne Eustache. Dommage que l'ambition du metteur en scène ne soit pas toujours très bien servie par les comédiennes. L'effet des miroirs peut-être : quand cette innocence se regarde trop jouer on n'y croit plus. 
 
Nous répondrons cependant sans hésiter à notre première question : Henry-Anne Eustache s'affirme décidément comme une valeur montante.  
 
Les Bonnes de Jean Genet par Henry-Anne Eustache, avec Marion Flament, Muriel Poletti et Laetitia Vercken. 
A l'Aktéon Théâtre jusqu'au 12 avril 
 
 

28.01.2008

Cadet Roussel a trois saisons

Pour ceux qui seraient passés à côté, la troisième saison de La Tour, prends garde ! démarre le 10 février pour six représentations exceptionnelles.

A 15h30, les 10, 17 février et 9 mars

A 17h30, les 16, 23 et 30 mars 2008.

 

Résumé :  La Tour, prends garde !, fresque historique décalée

Mettez une famille royale, des révolutionnaires et deux rigolos venus du futur dans une tour. Agitez-bien ! Que se passe-t-il ?

Automne 1792, Louis XVI et les siens sont emprisonnés dans la sinistre tour du Temple ; une vie de famille peu commune s'instaure alors, s'efforçant de revêtir des apparences de normalité mais rythmée, en résonance, par les événements de la Révolution et la disparition successive des membres de la famille.

Entre espoirs d'évasion et désir de vengeance, les enfants de Louis XVI se prennent d'affection pour leurs geôliers républicains. Comment imagine-t-on l'avenir entre quatre murs ? Comment construire sur un passé en ruines ?

Dans ce tableau tragique surviennent deux individus surgis du XXIème siècle...

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Au théâtre des Deux rêves,

5 passage de Thionville

75019 PARIS

Tarif plein : 16 euros

Tarif réduit : 10 euros

Site web : http://latourprendsgarde.free.fr/ 

 

25.11.2007

Et le texte ? Bordel !

Interpréter un de ses propres textes est un exercice périlleux. La tentation est grande, pour ne point se sentir trop découvert, de se réfugier dans les facilités du psychologisme, de se fondre dans les projections de son moi, de compenser par un pseudo-conformisme une singularité qu'on en vient à redouter. 
 
Est-il donc plus sage de laisser à d'autres ce soin ? Le texte doit vivre sa propre vie. Encore faut-il qu'il soit au coeur du propos.
Les metteurs en scène coupent souvent sans scrupules dans les morts ; "des propos abscons aujourd'hui", "un rythme à retrouver", ils ménageront moins encore le vivant qui craindra de prendre la pose du grand écrivain. Un vieux fond d'idéalisme persiste qui veut croire encore aux grands jours des créations collectives du Théâtre du Soleil, il n'en faudra pas plus pour perdre l'auteur dramatique.
 
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Et les comédiens ?
 
Où peuvent-ils donc placer le texte entre la course aux cachets et leur vénération de l'Actors Studio ? 
Nous ne parlons plus texte, mais prétexte, prétexte à virtuosité. L'ai-je bien descendu ? Ai-je bien étalé toute ma palette d'émotions sur vos quelques mots dont je vous fais la grâce de me préoccuper ? Répondez-moi enfin et finissons de nous répandre en ces futilités, en ce rythme dont sans cesse vous m'entretenez ! Changez cette phrase si je ne puis la dire sans risquer plus d'une fois de m'y asphyxier. 
 
C'est leur manquer de respect que de demander qu'en l'ordre où vous l'avez écrit vos mots soient prononcés. Ces méthodes, voyez-vous, sentent trop leur fascisme et ce texte, dans le fond, était-il bien français ? 
 
Il est des perles, c'est vrai, et c'est peut-être comme on pêche les huîtres qu'on se prend, un beau jour, à recommencer.  
 
 
"Qu'on en finisse avec cette histoire d' "enseignement de l'art dramatique" ! Comment réduire le théâtre à une formation académique, alors que sa matière est la vie même, que les acteurs sont des hommes censés s'exprimer devant des hommes en leur racontant des histoires d'hommes... Parfois, de très jeunes acteurs sans aucune expérience sont bien meilleurs que des comédiens expérimentés. Jouer, c'est simplement un don de l'être, une présence, une existence.
Faut-il en conclure qu'on ne doit rien enseigner ? Non, parce que tout être est susceptible de progrès. Seulement je ne voudrais pas que la formation de l'acteur réponde à des critères de rentabilité, comme la plupart des domaines artistiques aujourd'hui. Ne nous donne-t-on pas à tout bout de champ, à nous autres metteurs en scènes, des leçons de "gestion"... Ne veut-on pas apprendre aux jeunes comédiens à être "naturels" pour mieux passer au cinéma ou à la télévision, pour être plus consensuels et faire davantage monter l'audimat ? Mais je me fiche, moi, du naturel, du consensus et de l'audimat ! Je ne cherche pas à rassurer. Je souhaite juste développer ce que ces apprentis acteurs portent en eux, ce qu'ils ont d'inexploré et de vierge.
" (Claude Régy)
 
 

11.10.2007

Dada au théâtre privé

Vitrac au théâtre Antoine en 2007, de quoi être rebuté au premier abord.

Un doute s'installe : serait-il possible que le théâtre Antoine ait décidé de renouer avec sa glorieuse époque ? 

L'affiche nous prévient d'emblée, ce ne sera qu'une parenthèse : "100 représentations exceptionnelles".

Victor ou les enfants au pouvoir est LA pièce de Vitrac, celle que l'on représente presqu'exclusivement. Dada, d'autre part, restera bien contenu entre Alain Sachs à la mise en scène et Lorant Deutsch en tête d'affiche.

Il n'empêche, les grands théâtres privés semblaient totalement perdus pour de telles audaces tant ils se complaisaient dans le pur divertissement redoublé de noms vendeurs. 

Si la mise en scène n'a rien de dépaysant pour les habitués _ elle s'inscrit dans la continuité du Fil à la patte d'Alain Sachs la saison dernière _ elle ne dessert néanmoins en rien le texte qui s'accommode relativement bien des affinités avec Feydeau. 

On passe donc un bon moment, mais surtout, et cela devenait rare, c'est le théâtre, et non l'un de ses avatars sans saveur, qui prend place sur le plateau.  

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Cette rencontre inattendue du théâtre privé et du surréalisme ressemble à une réconciliation. On remerciera Lorant Deutsch, décidément de plus en plus présent au théâtre pour notre plus grand bonheur, de se joindre à de telles entreprises.
 
Quelques grincheux, ne pouvant sans doute plus concevoir le théâtre sans portes qui claquent et amants dans le placard, auront bien quitté la salle, que cela n'empêche en rien d'ouvrir d'autres parenthèses du genre. Et qui sait ? D'être plus audacieux encore, de devancer le théâtre subventionné en nous présentant d'autres textes de Vitrac. Il est plus que temps que tombent les barrières. 
 
Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac par Alain Sachs
au Théâtre Antoine
du mardi au vendredi à 20h30, samedi 17h et 21h, dimanche 15h30 

14.05.2007

Persona

Quand les cernes sont profondément creusés et que les rendez-vous dans votre agenda sont autant de montagnes à gravir, la bonne représentation est celle qui donne un second souffle. 

Votre personnage est dans une situation désespérée mais, sans illusions, il y croit encore. Pour lui, vous savez puiser une énergie qui n'existait plus car vous, avec vos illusions, vous n'y croyiez plus.

D'autres, tout à leur déception, ne penseront pas à la France mais à son nouveau président ; ils n'auront jamais été plus effrayants. 
 
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L'auteur peut également compter sur un état de grâce quand un véritable dialogue s'instaure avec son personnage, quand la sympathie éprouvée n'est plus le reflet de ses propres projections mais se trouve confirmée en une singularité qui lui est fondamentalement étrangère et pour cela, d'autant plus proche.
 
Votre personnage n'est pas seulement tel que vous l'avez imaginé mais bien tel que vous n'auriez pu le décrire autrement. Ses actions vous surprennent mais viennent appuyer, en les surpassant, vos intuitions. Compagnon de route jusqu'à présent, le personnage devient alors un ami ; ami fidèle mais toujours menacé. A quand le retour de l'état de grâce ? Il n'est, en ce domaine, nulle certitude. Il ne s'annonce pas plus que ne le ferait Hermès ; pour qu'il advienne, le personnage doit avoir un message à délivrer à son auteur. 

21.04.2007

Comme on passe en été le torrent sans danger

Ce n'est le fleuve tusque mais peut-être bien un long fleuve tranquille.  

 

 

La Touraine s'était longtemps dérobée... Mais comment l'éviter quand un matin de Pâques un château se jette à votre figure ? 

"Le château, les six enfants, la 806, les deux labradors et les chevaux. Rien ne manque au tableau." Les Le Quesnoy sont toutefois plus charmants quand ils ont conscience de jouer leur propre rôle. 

 

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Tout cela fera le plus grand bien à notre famille royale reconstituée : petit stage de maintien pour tout le monde.

La Tour, prends garde ! on tour cet été. Bientôt les dates !

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