13.07.2008

Pau, une ville suédoise en Béarn

Quand on arrive de Tarbes, le contraste est plus saisissant encore : Pau est une belle ville. Mais oui, je suis parfaitement objective. Dès qu'on sort de la gare, son funiculaire à l'ancienne nous plonge dans une atmosphère agréablement désuette. Certes, il ne faut pas arriver à l'heure du déjeuner, car alors le funiculaire ne fonctionne pas et vous êtes bon pour faire l'expérience de la dénivelée avec vos valises. Quoiqu'il en soit, avec ou sans funiculaire, Henri IV vous accueillera sur la place royale, à l'ombre réconfortante de ses tilleuls et de son kiosque. Elle paraît tout droit sortie des années 1900. L'office de tourisme est à deux pas, même pas besoin de courir pour trouver un plan de la ville. 
 
S'il est évidemment difficile de manquer Henri IV à Pau, je ne pensais pas cependant y croiser des membres de la famille qui me sont plus proches. Or, en route vers le château, dans une vitrine de la place de la Libération, c'est Madame Elisabeth qui m'a fait un clin d'oeil sous la forme d'une excellente copie d'un portrait de Vigée-Lebrun par un talentueux artiste palois. Comment résister à Pau dans ces conditions ? 
 
Certes, tout n'avait pas commencé sous les meilleurs auspices. Le tourisme, c'est bien, mais le but du voyage, c'était tout de même la recherche. Quelle drôle d'idée d'aller à Pau pour des recherches sur Louis XVI, n'est-ce pas ? Oui, mais tout cela s'explique parfaitement bien quand on sait que le château possède un très important fonds Henri IV et  quand on précise que Henri IV a été successivement le Guy Môquet de Louis XVI, puis de Louis XVIII, et aussi un peu de Bayrou. Mes courriers pour entrer à la bibliothèque de recherche restant lettres mortes, le mieux était d'aller sur place. Très gentiment accueillie, j'eus l'espoir que la situation se débloquerait. Le conservateur en chef déjeunaît, il me fallait donc attendre et je pris mon mal en patience en suivant la visite du château, obligatoirement guidée. Le conférencier faisait ce qu'il pouvait, glissait quelques traits d'humour un peu trop mécaniques, soignait sa diction, tentait de cacher sa lassitude en récitant sa leçon. On eut droit aux incontournables de la visite grand public : de la taille des lits à celle des gens, et la médecine et la toilette et les odeurs... Peu de pièces de la collection Henri IV étaient exposées, aucune du XVIIIème siècle, c'était un peu décevant. A la fin de la visite, toujours pas d'appel du conservateur en chef. Direction donc le centre-ville et le musée Bernadotte. 
 
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En effet, Henri IV aurait tendance à le faire oublier, mais Pau est une ville doublement royale puisqu'elle a également vu naître Jean-Baptiste Bernadotte, fondateur de l'actuelle dynastie suédoise. Le musée Bernadotte est tout petit, il occupe l'ancien immeuble dans lequel la famille Bernadotte avait un appartement. Si les collections sont surtout symboliques, ce n'en est pas moins une visite émouvante quand on pense à cet étonnant parcours, sorte d'American dream à la béarnaise : fils d'avocat, Jean-Baptiste devient officier sous la Révolution, il est ensuite fait maréchal et prince de Ponte-Corvo par Bonaparte puis, adopté par Charles XIII, il abjure le catholicisme et devient roi de Suède en 1818 sous le nom de Charles XIV. On notera que les Béarnais ne sont jamais trop regardants sur les questions religieuses quand il s'agit de devenir roi. Enfin, ils ne doivent pas être les seuls. A noter également : la situation n'est pas transposable. Ainsi, il n'aura pas suffi à Yves Urieta de changer de parti pour conserver la mairie de Pau. Le musée Bernadotte, inauguré en 1951, a été financé par la ville et par la famille royale suédoise. 
 
Le musée du château de Pau, quant à lui, est un musée national, il dépend donc du ministère de la culture. Il a  participé à l'expérimentation de la gratuité dans les musées jusqu'au 30 juin dernier. A priori, un musée qui dépend du ministère de la culture sous Sarkozy Ier, le tout dans une municipalité dont les conseillers municipaux sont presque tous à gauche ou au MoDem, ce n'est pas bon signe. L'appel tant attendu de la part du château allait le confirmer : la bibliothèque de recherche est inaccessible. En effet, la bibliothécaire a pris sa retraite et n'a pas été remplacée. Résultat, on parle de déplacer les fonds Henri IV mais où et quand ?, c'est un mystère. On parle peut-être de remplacer cette personne, qui était présente trois jours par semaine, sans avoir plus de précisions sur la date. Par conséquent, le ministère de la culture a les moyens d'expérimenter la gratuité dans le musée pendant six mois, il a les moyens de payer toute une équipe pour réfléchir à une stupide reconstruction des Tuileries, mais les moyens pour remplacer une bibliothécaire à Pau pour une dizaine d'heures par semaine, il ne les a pas. Nous remercierons donc le ministère pour le soutien qu'il apporte ainsi aux chercheurs en sciences humaines dont on savait déjà la considération dont ils jouissent en France.
 
Résumons-nous : Pau est la ville d'Henri IV mais il est plus facile d'accéder aux archives Bernadotte qu'au fonds Henri IV.
Et rattacher Pau à la Suède, on y a déjà pensé ? 

 

12.07.2008

Tarbes, ma ville est tellement de gauche...

Ah, le Béarn ! Pays du MoDem et des Bourbons par le détour de Jeanne d'Albret ! S'il doit y avoir un paradis sur terre, c'est nécessairement là qu'il se trouve ! Et tant pis si Maiki dit que les Béarnais sont des Basques dégénérés.

Cependant, avant de nous aventurer dans le Béarn, nous ferons escale en Bigorre voisine. Vous connaissez très certainement la Bigorre et sa mémé de Bagnères largement popularisée par les Guignols de l'info. Toutefois, nous réserverons Bagnères pour un autre séjour et nous contenterons de Tarbes, capitale historique de la Bigorre et patrie de tant de grands noms : Lautréamont, Théophile Gautier, Foch, Barère de Vieuzac (si, si celui que Burke surnommait "l'Anacréon de la guillotine" et qui présidait la Convention au moment du procès de Louis XVI), Yvette Horner, Charles Dantzig et, allez pour lui faire plaisir, c'est aussi la patrie d'Aurélien Molas, un grand nom du futur.

La liste, quoique non exhaustive, est assez impressionnante. Le vent de la réussite souffle-t-il à Tarbes ? A en juger par la ville elle-même, on pourrait se demander s'il ne s'agit pas plutôt d'une irrépressible envie de la fuir à tout prix en devenant quelqu'un. Parce que le problème c'est quand même qu'il n'y a plus que les noms pour être grands à Tarbes.  Quand les Pyrénées retiennent les nuages au-dessus de la ville, que tout est triste et gris, c'est plus déprimant que la Moselle en hiver. La ville s'enfonce dans la morosité et la reconversion se fait attendre. Les immeubles affichent de lugubres panneaux : "à vendre", "à louer", la population vieillit et le dynamisme est à l'avenant. 

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 On tente bien de réagir, un peu, et l'ouverture du Rexhotel, en 2006 le grand hôtel design de Tarbes, est une de ces tentatives. Malheureusement, tout ce qui est grand ne peut être que fantômatique ici. On se sent aussi confortablement installé au bar du Rexhotel que dans la vitrine d'un magasin Habitat. Le design rime ici avec passe-partout. Au menu : Starck et l'inévitable Louis ghost (en même temps, c'est un peu normal pour une ville fantôme). Bref, pour la singularité, on repassera. Mais soudain déboule à la réception un Julien Lepers tout en short et tongs. Ciel, on donne donc aussi dans le revenant ! Je devais apprendre plus tard que Tarbes participait ce soir-là à Intervilles et que ceci expliquait cela. M'est avis cependant que ce n'est pas Intervilles qui va suffire à revaloriser l'image de la ville. Devrait-on même en avoir besoin quand on a Théophile Gautier et Lautréamont ? Mais passons...

Tarbes, c'est amusant aussi car si les Fatals Picards ont chanté Mon père était tellement de gauche, les Tarbais, quant à eux, pourraient chanter Ma ville est tellement de gauche... que la droite s'appelle le PRG, qu'elle récupère les monuments célébrant la Révolution dont personne ne veut (Cf le monument 1792, place Jean Jaurès, devant l'hôtel de ville), que même la cathédrale est à gauche. En effet, quand on la visite, une chapelle semble plus récente et plus simplement aménagée. C'est probablement là qu'on célèbre les messes ordinaires. Un sorte de cube en pin fait office d'autel, le mur en arrière-plan est presque entièrement couvert par un rideau bariolé qu'on pourrait prendre pour un cache-misère. Mais si la curiosité vous y pousse, ce ne sont pas les résultats d'un dégât des eaux que vous trouverez derrière le rideau mais bien un autre autel en parfait état. A en juger par sa décoration chargée en fleurs de lys, il date très probablement de la Restauration et n'est certes pas de bien meilleur goût que le rideau qui le dissimule. Un autre indice permet de le dater : au-dessus de l'autel, gravé dans l'ardoise, on trouve le testament de Louis XVI. 

02.05.2008

Lost in translation

Bientôt la fin du périple européen pour post-partum théâtral. Vialation sera de retour très prochainement. 

En attendant, ce dimanche, le Fil de l'histoire de France Inter diffusera Evariste Galois, des maths au mythe, une pièce radiophonique de Caroline de Kergariou. Mathématicienne de formation, l'auteur relève, depuis quelques temps déjà, le défi de faire connaître, en vingt-huit minutes et sous un angle inattendu, un personnage célèbre. 

L'empathie de Caroline de Kergariou, qui se passionne pour chacun de ces personnages de la petite ou de la grande histoire, contribue pour beaucoup au succès de la formule. 

Rendez-vous dimanche, à 13h30, sur France Inter. 

 

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20.04.2008

Quittez Sarkozy, trouvez...

Quand vient la fin d'un projet, ce sont encore les voyages qui sont les plus efficaces pour éviter le post-partum. Alors, Vialation s'endort en avril. Chaque note écrite donne des envies de départ : la conjonction de Carlo Marochetti et d'une opportune promotion de la SNCF m'a conduit à Turin en plein week-end électoral. Quittez Sarkozy, trouvez Berlusconi.
 
Pour le trouver, on le trouvait. Il était même impossible de le manquer, il suffisait de suivre les camions. Son nouveau parti, "Il Popolo della Liberta", avait envahi la place du Palais royal. Au programme : variété italienne, écran géant, baraque à frites et un clip de campagne que je vous laisse savourer. 
 
 
A Turin, cependant, l'enthousiasme n'était pas au rendez-vous. Au plus pouvait-on compter cent cinquante badauds pour applaudir les chanteurs.

Quelques mètres plus bas, même scène mais autre ambiance. La variété a laissé place aux discours et la foule est plus nombreuse sur la Piazza San Carlo. C'est la gauche qui tient compagnie à la statue d'Emmanuel-Philibert.
 
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Dans le café Torino, les militants et sympathisants se pressent au comptoir pour avaler un expresso avant de retourner sur la place. 
 
Plus bas encore, sur une petite place, c'est cette fois l'extrême-droite de la Destra qui s'exprime. Daniela Santanche, la tête de liste, joue la carte glamour pour exiger de rendre "l'Italie aux Italiens". 
 
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 Daniela Santanche
 
Pas trace des autres partis dans nos pérégrinations. Il aura bien été possible de trouver le local de campagne de l'Unione di Centro mais rien vu pour le centre-gauche de Veltroni. Pas d'autre Emmanuel-Philibert non plus que celui de Marochetti : l'héritier des Savoie et son nouveau parti "Valori e Futuro" étaient aux abonnés absents. Si même le fief historique de Turin ne le soutient pas, le chemin risque d'être long pour lui...